Syrie: Trump en disciple inattendu et bouffon d’Obama

Chronique du 11 octobre 2019

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2209627

Bonjour JC.

Bonjour.

Vous êtes avec nous par téléphone aujourd’hui, puisque vous étiez sur la route, alors j’avais envie de dire la route des rois, vous nous avez dit en préparant cette chronique c’est aussi la route des universités Orléans, Versailles. En tout cas vous êtes un vrai globetrotteur.

Une petite fraction du globe aujourd’hui.

Pour aujourd’hui, mais on sait que parfois vous allez bien plus loin. Toujours est-il JC, aujourd’hui vous voulez nous parler de cette offensive turque vers le territoire Kurdes en  Syrie. JC qu’est-ce qu’il se passe ? Un petit décryptage.

Alors, il y a probablement pour commencer un accord entre les Turcs et les Américains pour que les Turcs obtiennent que les milices kurdes ne soient plus au contact sur la frontière, c’est-à-dire un retrait de 5 kilomètres. La négociation c’était entre 5 et 30 kilomètres, parce que l’autre enjeu pour les Turcs c’est de relocaliser des Syriens chez eux. Ils ont 3 millions et demi de syriens. Ils nous menacent d’ailleurs de les laisser filer vers l’Europe et ils voudraient pouvoir les installer en territoire Syrien et non pas les garder à la maison, cela commence à poser de sérieux problèmes.

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Mais les Kurdes ne le voient pas cela du tout de cette façon-là et on n’est pas très au courant des détails de l’accord entre les Turcs et les Américains, parce que tout cela a été parasité par les déclarations tonitruantes de Donald TRUMP. Le plus vraisemblable c’est que les Turcs avaient « l’autorisation de faire reculer les milices kurdes de 5 kilomètres » puis d’aller prendre les points d’appui importants à une trentaine de kilomètres maximum, comme ils l’ont fait à l’ouest de l’Euphrate. Maintenant l’enjeu est l’est de l’Euphrate, de telle sorte que les milices kurdes soient obligées de se replier de cette zone et que les turcs puissent y implanter les populations qu’ils veulent déplacer à nouveau. On a, à l’annonce d’une offensive, de grandes déclarations de presse et de l’indignation politique en France. Il faut voir malheureusement d’un point de vue cynique, ou objectif, que sur le plan des combats il n’y a pas de grande offensive. L’armée turque qui est bien plus importante que tout ce qui traîne dans la région a tiré quelques coups de canon, non pas de semonce parce qu’ils ont tué une demi-douzaine de personnes, mais sur 2-3 immeubles pour faire fuir les populations civiles. Son premier problème c’est de faire fuir les populations kurdes qui ont bien compris ce qu’il se passait ou allait se passer et qui, donc, sont en train de monter dans les camions et de se sauver. Ensuite ils vont avancer tranquillement. Éventuellement, il y a aura une bataille sur tel ou tel point d’appui, mais on est loin d’en être là. Et il faut aussi voir que la presse, d’une façon générale, a une attitude un peu étonnante, puisqu’on a au total 7 morts annoncés aujourd’hui vendredi dont plusieurs par des snipers dont on ne sait pas très bien qui tire, alors qu’il y a eu une centaine de morts en Irak dans la semaine écoulée et que tout le monde s’en fout. En réalité, on a des préliminaires d’une invasion avec une supériorité militaire écrasante de la Turquie pour dégager cette bande. Alors jusque-là on pourrait penser que tout se passe bien et puis vous allez me le demander, mais que fait le président TRUMP ?

Et oui quelle est la position des Américains JC, que fait Donald TRUMP ?

Alors justement, les Américains et Donald TRUMP, j’allais vous dire, que cette fois-ci cela fait deux, parce que TRUMP a une obsession qui est de retirer les troupes d’Irak, de Syrie, d’un peu partout et une position isolationniste, mais pas tout à fait comme on pourrait le croire. Car paradoxalement TRUMP est sur la même position que OBAMA, c’est-à-dire diriger ou imposer de l’arrière « from the back » et en « no touch » sans toucher, c’est-à-dire sans soldats au contact. Il faut d’autre part que les autochtones s’étripent entre eux dans n’importe quelle région du monde, finalement ce n’est pas leur affaire, on a les moyens à distance soit de pulvériser par voie aérienne – ce qui est arrivé quand les troupes de BACHAR, appuyée par des mercenaires, des troupes parallèles russes ont tenté de passer vers les champs pétroliers de Deir Ezzor. Et bien ils ont été pulvérisés par l’aviation américaine, alors qu’il n’y a pas de troupes américaines dans le coin – et d’autre part, il est vrai que les États-Unis ont également deux moyens d’hégémonie supplémentaires: des moyens aériens qui vont permettre de bombarder après avoir fait 12 000 kilomètres, c’est-à-dire après être parti de n’importe où et principalement de la maison, ce qui réduit l’intérêt des bases extérieures, et puis les sanctions économiques. Le raisonnement de TRUMP qui rejoint celui d’OBAMA c’est qu’ayant la force en matière financière et économique on peut mettre un pays à genou. Alors c’est vrai et pas vrai, cette tactique. Les militaires américains sont beaucoup plus réalistes, on peut mettre un pays à genou quand ce pays a des ressources et des richesses qu’il veut défendre. Quand les gens n’ont rien à perdre, cela ne marche pas très bien. De même la guerre aérienne on a vu en Serbie que cela ne marchait pas très bien, c’est à ce moment-là que la guerre économique a fait plier Milosevic et les Serbes sur le Kosovo, mais Donald TRUMP fait cela d’une façon totalement brouillonne et à sa manière. C’est-à-dire qu’il y aura un prix politique assez lourd! Son état-major avait probablement négocié un retrait limité, mais D TRUMP a expliqué que dans la foulée on se retirerait complètement, il a imaginé que la zone tampon serait créée, que les Kurdes seraient bien contents que cela n’aille pas plus loin, que tout le monde resterait sur place. En paix ou en se tirant dessus ce n’est pas très grave dans son esprit, mais que surtout il pourrait ramener enfin les GI à la maison avant les élections présidentielles. Or, la situation est beaucoup plus compliquée, d’autant plus que les troupes au sol, j’allais dire supplétives, c’étaient les Kurdes et si on commence à les faire reculer ils vont faire grève, c’est-à-dire qu’ils ne vont plus combattre Daesh, et même s’entendre avec Bachar EL ASSAD. Donc D TRUMP a mis une pagaille considérable avec ses déclarations. Lui-même a ensuite fait des déclarations à contrepied et à contresens plusieurs fois par jour jusqu’à aller leur reprocher à ces pauvres Kurdes de ne pas être intervenus pendant la Seconde Guerre mondiale – pourquoi pas dans la bataille de la baie de Chesapeake tant qu’on y est. Ceci dit il est très net que les militaires américains et probablement la communauté du renseignement, comme on dit pudiquement, ont décidé « qu’il pourra raconter ce qu’il veut, on fait différemment ».

JC, je me permets de vous interrompre, parce que le point de vue de Donald TRUMP, et bien évidemment c’est très intéressant, on va peut-être se rapprocher de chez nous, parce que le temps passe très vite, les Européens comment se positionnent-ils eux par rapport à ce conflit ?

Alors, ils se positionnent avec une véhémence considérable à la mesure, j’allais dire, de leur impuissance. D’annoncer des sanctions économiques c’est bien gentil, mais Erdogan a 3 millions et demi de gens qu’il peut laisser partir vers chez nous, cela fait déjà un moyen de pression considérable. Au plan militaire nous sommes incapables de faire quoi que ce soit contre l’armée turque en l’absence de soutien américain, donc les Européens protestent avec véhémence, mais ne feront rien de significatif.

J’ai envie de vous dire…

On peut encore ajouter…

Oui JC rapidement.

On peut ajouter un point rapide, c’est que les Kurdes sont en Europe repeints comme une organisation sympathique qui a combattu Daesh, mais dans ce Moyen-Orient lointain et compliqué, ils étaient auparavant classés comme une organisation terroriste implacable plutôt stalinienne qui chassait aussi les populations arabes du territoire qu’ils convoitaient. Donc, on n’a pas un paysage noir et blanc avec des gentils et des méchants.

Comme bien souvent dans vos chroniques JC, on va se quitter sur «  affaire à suivre… », à très bientôt.

« Affaire à suivre… » malheureusement, car elle ne pourra en rester là. À bientôt.

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