Un week-end à Kiev pour les européens mais pas pour les Américains.
JHM Cohen 29 mai 2026
Sur les ondes RCF: https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=689677
La chronique d’actualité avec le Professeur Jacques Cohen avec nous par téléphone. Bonjour Jacques.
Bonjour.
Jacques, aujourd’hui votre chronique d’actualité pose cette question : un week-end à Kiev pour les Européens, mais pas pour les Etats-Unis. D’ailleurs c’est plutôt une affirmation, Jacques. Que voulez-vous dire par là Professeur ?
Et bien, vous avez vu que les Russes, quand ils ont commencé à bombarder Kiev, ont donné un avertissement aux diplomates de toutes nationalités de ne pas se retrouver sous les bombardements. Les Américains ont enregistré et transmis l’information à leurs ressortissants, en constatant que les Russes annonçaient clairement qu’ils allaient continuer à bombarder la ville.
L’Union Européenne n’a pas réagi du tout de cette façon. Elle a déclaré que ses diplomates continueraient à aller se promener sans problème à Kiev. Ce à quoi d’ailleurs, Medvedev, qui est chargé de faire le méchant chez les Russes, a dit que s’ils ont des excès de personnel à résorber, c’est tant pis pour eux. On peut les aider.
En fait, il faut regarder cela d’un peu plus loin. Parce que, finalement, les Européens font des rodomontades de préparatifs militaires mais en sont en fait incapables, et les Russes ont là une occasion de marquer le coup d’une faiblesse stratégique derrière des déclarations tonitruantes qui ne pourront pas être suivies d’effets.
Et du côté US, on constate, c’est le moins qu’on puisse dire, une sérieuse retenue. Et cette sérieuse retenue, elle est en phase avec l’annonce de Trump que les troupes américaines en Europe vont être réduites, que les financements vont l’être également sauf si les Européens payent, etc, etc.
En fait on retrouve, hélas, une conjonction d’intérêts US et Russie pour coincer les Européens à dépenser beaucoup et à ne pas pouvoir suivre ce qu’ils prétendent assurer. Donc, en plus, il y a un problème pour aller à Kiev, c’est que, bien sûr les avions ce n’est plus possible, mais la voie ferrée reste ouverte parce que les Russes le veulent bien.
Les voies ferrées sont le point faible du réseau ukrainien. Autant les lignes électriques sont en étoiles dans tous les sens et très solides parce que cela date de la Guerre froide, cela avait été préparé pour la guerre. Autant le point faible de l’Ukraine c’est que c’est un grand pays où il n’y a pas tellement de voies ferrées. Et si on détruit quelques ouvrages, et bien ce n’est pas si simple que cela de remettre les rails comme si c’était en terrain plat et ainsi de suite. Donc, c’est aussi un point faible, et les Russes ont une position d’escalade à plusieurs coups possibles qui est tout simplement de dire que « cela suffit comme cela, les trains n’arrivent plus à Kiev de toute façon, comme cela vous n’irez plus vous faire tuer bêtement ». Donc, on va voir si cette conjonction et cette collusion entre les USA et la Russie se confirme par l’attitude différenciée des uns et des autres sur le fait de dire que les bombardements de Kiev conduisent à éloigner son personnel ou pas.
Professeur Jacques Cohen, vous nous avez parlé effectivement de voyages, de distances. Mais est-ce qu’on parle plutôt de voyage en avion ou de voyage en train alors ?
Et bien, il n’y a pas d’avion actuellement. Bien sûr, il y a une interdiction aérienne complète de part et d’autre. Et pour les trains, il y a une voie ferrée, mais comme je viens de vous le dire, c’est une voie ferrée qui n’est pas très très maillée, il est parfaitement possible de l’interrompre assez facilement, et je pense que cela sera l’étape suivante s’il y a escalade. Il se peut très bien que tout simplement après avoir fait savoir qu’il serait dommage de buter, si je puis dire, des diplomates européens, la Russie fasse comprendre que de toute façon ils ne pourront pas y aller donc cela va se calmer. Cela va se tasser comme cela . Bon, on va voir en fait le résultat, mais c’est un point important parce c’est une divergence US-Union Européenne et le début d’une pression US contre l’Union Européenne. Comme vous savez, il y a également l’ouverture des fréquences radio pour Starlink pour l’Europe qui vont changer, et qui vont obliger les Américains à laisser un tiers du marché à des firmes européennes, ce que Trump va certainement très très mal accepter. Donc, nous allons bientôt voir une escalade à mon avis sur la guerre, pour l’instant une guerre froide et une guerre de communiqués, entre l’Union Européenne et les USA.
Et pour savoir ce qu’il se passera après, Professeur, il va falloir être attentif à la situation, mais vous n’avez pas encore de boule de cristal pour nous dire exactement ce qu’il va se passer évidemment.
Je ne peux pas vous le dire avec une boule de cristal, mais j’ai quand même quelques idées.
Et bien, on vous retrouvera pour évoquer tous ces sujets dans la chronique d’actualité. Merci Professeur et à très bientôt.
Merci !
