Migrants : comment démanteler un camp  ou l’illusion du coup de balai

 La CHRONIQUE du 07 septembre 2016

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AV : Bonjour à tous et bienvenue dans chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques. On va évoquer les camps de réfugiés à Calais, notamment, et puis ce que la maire de Paris a annoncé, la création d’un camp sur une ancienne friche SNCF dans le nord-est de Paris, dans le 18ème arrondissement pour être précis, qui pourra accueillir de 400 à 600 réfugiés. Ces camps, alors ce sont des camps ouverts Jacques…

Il faut d’abord préciser que la typologie des camps est multiple. Il y a des camps de transit, il y a des camps de séjour, il y a des camps ouverts (ce qui est le cas en France jusqu’à présent de tous les camps), il y a des camps fermés (c’est-à-dire en clair, des camps où l’on « boucle » les gens, et il y en a beaucoup sur la planète), il y a des camps gérés par les autorités, il y a des camps sauvages, il y a des camps gérés par des associations (un petit peu intermédiaires). Donc il y a beaucoup de sortes de camps et si l’on peut dire, il peut être utile d’avoir tel ou tel type de camps ou pas, en telle ou telle circonstance.

Le camp de Calais, c’est un camp sauvage qu’on organise peu à peu, avec d’une part des associations qui tirent à hue et à dia, avec une partie délirante genre « no border » pas de frontière, et puis des humanitaires d’autre part, et on parlera ensuite du camp de Paris.

Mais prenons d’abord l’affaire de Calais. La politique du gouvernement est le démantèlement, mais on ne peut pas démanteler en donnant un coup de pied dans la fourmilière parce que le camp se reforme immédiatement à côté. C’est ce qui s’était passé pour Dunkerque Grande-Synthe, c’est ce qu’il se passe pour Calais.

Le démantèlement, ça se fait, soit par écrémage soit par fragmentation en ayant étudié d’emblée tous les points de chute nécessaires des petits groupes que l’on va ainsi créer. Alors, il y en a aussi qui vont finir par être expulsés, parce qu’il n’y a pas que des réfugiés, bien sûr, mais un démantèlement, ça s’organise.

Le mythe du démantèlement du beau matin où on rase tout, c’est la meilleure façon pour que cela recommence immédiatement. Et donc, inéluctablement puisqu’il s’agit en quelque sorte d’un miroir aux alouettes par rapport à l’Angleterre, pour des gens qui sont en Allemagne pour beaucoup d’entre eux, la population du camp se reconstitue jusqu’à ce qu’ils se découragent ou jusqu’à ce qu’ils passent en Angleterre, assez régulièrement. Mais on ne peut pas laisser monter une zone de non-droit, non contrôlée, avec des milliers et des milliers de personnes, avec les problèmes de violence qui s’y déroulent, et les problèmes sanitaires qui peuvent en découler. Mais on ne peut que régulièrement démanteler de façon organisée, c’est ce qui a été fait précédemment sur la partie sud, la partie nord de la jungle a persisté et maintenant elle prend de l’ampleur, donc il faut à nouveau, si j’ose dire, la « dégonfler ».

Alors le cas de Paris est complètement différent. Il faut dire franchement que la maire de Paris et le ministère de l’Intérieur n’ont pas du tout la même optique. Il y a des campements sauvages à Paris et le ministre de l’Intérieur a comme politique de les démanteler en trouvant des lieux d’accueil un peu partout en France pour cette population.

La maire de Paris a comme raisonnement qu’on ne peut pas laisser des camps sauvages, il faut faire un beau camp, très chic au point de vue architecture, etc. Seulement il y a une logique des camps ! C’est-à-dire qu’à partir du moment où l’on fait un camp de ce genre, il devient un camp de séjour et qui plus est, en le mettant au nord de Paris là où il y a déjà pas mal de migrants, c’est la garantie d’un abcès de fixation qui sera très rapidement incontrôlable.

Alors on a changé un certain nombre de choses et négocié : ce sera un camp où les gens devront rester 10 jours maximum, etc. tout cela est compliqué et extrêmement dangereux, d’où également la proposition gouvernementale de dédoubler ce camp. Ce camp-là, le plus dangereux, réservé j’allais dire, aux hommes célibataires tout en extrayant ou en soustrayant, aux risques de ce camp, les familles ou les femmes et enfants vers quelque chose d’autre à Évry. Mais de toute façon, la logique gouvernementale est assez différente de la logique d’affichage qui est celle du maire de Paris. La logique gouvernementale qui, jusqu’à présent, a bien fonctionné, est qu’il ne faut pas laisser se créer de grands rassemblements de populations qu’on ne contrôle absolument pas et qu’il faut les fragmenter avec des petites structures un peu partout dans le pays, de façon à éviter la catastrophe. La catastrophe, c’est une population incontrôlée qui établit sa propre loi, ou qui établit sa propre guerre civile et où on n’a plus d’autres ressources que de boucler tout le monde dans un camp classique avec des barbelés autour. Jusqu’à présent, nous avons pu y échapper et il ne faut pas jouer avec le feu, à créer des camps, j’allais dire, de « bonne conscience ».

Il faut aussi penser peut-être à résoudre cette situation ! Pourquoi en est-on arrivé là, j’ai le souvenir d’avoir entendu Nicolas Sarkozy dénoncer les accords du Touquet, qu’il avait lui-même signé…

Par définition, de toute façon, quand il y a une frontière, c’est du côté externe de la frontière que les réfugiés s’accumulent. Donc l’histoire de dire « y a qu’à laisser partir ceux qui veulent en Angleterre », cela ne marche absolument pas. Ils ne passeront pas de toute façon et les Anglais seront fondés à dire que « ce n’est pas chez nous, on n’en veut pas, débrouillez-vous ! », c’est ce qui se passe partout, aux frontières macédoniennes, etc.

Le principal problème étant le problème de la Turquie qui a maintenant un moyen de chantage fantastique de pouvoir lâcher 200/300 000 réfugiés en quelques jours, chaque fois qu’il y a des divergences avec les Européens.

Alors pour l’instant, on a choisi de payer, du moins l’Allemagne a choisi de payer, peut-être qu’un jour nous serons obligés de faire le contraire, c’est-à-dire de fermer totalement, y compris aux ressortissants turcs, car malheureusement la dégradation de la situation en Turquie rend assez probable que l’on finisse par avoir des réfugiés turcs.

Merci Jacques Cohen, d’ailleurs cette situation turque, on pourra l’évoquer dans une prochaine émission.

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