Présidentielle : une seconde place en or ou cauchemardesque ?

CHRONIQUE du mercredi 12 avril 2017

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Bonjour à tous, chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques !

Bonjour.

AV : On va s’intéresser à l’élection présidentielle. La campagne a officiellement débuté et vous souhaitez évoquer, finalement, cette possibilité d’avoir un bon premier, un bon deuxième ou avoir un mauvais premier et un mauvais deuxième dans l’ordre d’arrivée.

Absolument. Les places de premier et second qualifient pour le second tour. Mais on peut être en situation désagréable comme premier, et surtout comme second.

Comme premier, il y a la course à part de Marine Le Pen. Elle peut être première, cela ne change rien au fait que tout le monde sera contre elle ensuite.

Si en revanche, un des autres candidats arrive premier, devant elle, même d’un cheveu, il aura une légitimité considérable, non seulement pour être élu Président, mais ensuite pour les législatives, comme on va le voir.

Pour la seconde place, l’attitude, j’allais dire simpliste serait de dire « Il suffit d’être second. Tous les seconds se valent. Une fois que l’on est qualifié, les autres sont bien obligés de voter, de faire voter pour moi contre Marine Le Pen ». Ce n’est pas si simple que cela !

Il y a des secondes places en or, c’est-à-dire d’avoir un écart significatif sur le troisième, qui fait de celui qui arrive second, dans ces conditions, le candidat naturel pour battre ou faire barrage à l’extrême droite.

Puis, il y a une seconde place beaucoup moins agréable, une seconde place de cauchemar qui est de voir les différents candidats dans un mouchoir de poche ou au moins les numéros 2, 3, 4 dans un mouchoir de poche. A ce moment-là, la légitimité du numéro 2 est compromise parce que, évidemment, tout le monde va faire voter pour lui. Mais tout le monde pourra, ensuite, rappeler qu’il n’a été élu que parce qu’il était, du point de vue constitutionnel, le seul possible pour battre Marine Le Pen. Et donc, sa légitimité ne sera pas considérable. Qui plus est, il y a très peu de chances qu’un Président élu dans ces conditions, ait ensuite un élan populaire aux législatives. Et donc cette seconde place de cauchemar, c’est d’être élu par défaut et d’être ensuite privé de majorité. Et donc, d’être élu par défaut, engagé immédiatement dans une cohabitation, ce qui serait à la limite le moins mauvais, ou dans une crise de régime avec des majorités à bascule.

Donc, il peut y avoir une deuxième place de cauchemar.

Effectivement, vous évoquez les législatives parce que c’est cela derrière, c’est finalement « élire un Président OK, mais il faut qu’il soit en mesure d’appliquer son programme ! »

La logique de la Vème République était, j’allais dire, que le Président demande aux Français de confirmer leur vote en lui donnant une majorité qui lui permette de gouverner. Cela a, jusqu’à présent, fonctionné.

Fonctionné largement puis fonctionné de façon beaucoup plus limite avec François Hollande, qui avait déjà en amont, dû négocier avec ses propres courants, ce qui lui a causé quelques misères ensuite, mais cela avait encore fonctionné.

Là, il n’est pas garanti, quel que soit le Président, que les Français aient envie de lui donner une majorité substantielle.

Après, se pose le problème de comment se recompose ou se compose une majorité ? Soit d’un gouvernement dit minoritaire, qui doit négocier le passage de chacune de ses lois avec des majorités variables. Soit d’une coalition, ce qui est le système allemand, où sur un accord de gouvernement on a une majorité qui est faite de partis dont aucun n’aurait la majorité isolément.

On peut faire une coalition ? J’ai l’impression que ce n’est pas « français compatible ».

Ce n’est pas tellement dans nos habitudes, c’est le moins que l’on puisse dire puisqu’il faut avoir des engagements précis. Il faut que leur chiffrage soit réaliste. Et ensuite, il faut tenir parole. Cela fait quand même trois conditions que nous réunissons rarement.

Parce qu’il est vrai qu’en Allemagne les institutions fonctionnent, cela veut dire que vous avez Angela Merkel, mais il y a un de ses ministres qui peut très bien être du SPD (socio-démocrate).

Non seulement qui est social-démocrate, mais qui implique un accord de gouvernement, qui va comporter un programme précis des choses à faire avec un calendrier. Et personne n’imaginerait qu’un ministre décide que finalement il retourne aux vieilles marottes de son parti et qu’il n’applique pas l’accord de gouvernement. L’on voit très bien, ici, l’énorme distance qui existe avec ce qu’on voit chez nous.

Donc, d’où l’importance de voir l’ordre d’arrivée au premier tour. Mais surtout ce que vous êtes en train de nous dire, ce sont les écarts !

Les écarts vont être tout à fait importants pour donner une crédibilité ou pas à celui qui serait élu Président.

C’est-à-dire, entre le deux et le troisième, au moins deux points pour la marge ?

C’est difficile à dire ! J’ai tendance à dire au moins 2,5 pour être à l’aise si c’est entre 3 et 4 %. Mais même si ce n’est pas quantifiable aussi facilement que cela, il faut que l’écart soit politiquement significatif, de façon à ce que l’on n’ait pas un Président par défaut.

Et si l’on a un Président par défaut, il serait miraculeux qu’il ait une grosse majorité aux législatives.

Prenons même un Président qui ne soit pas par défaut, qui soit élu comme brillant second, voire même battant, coiffant Marine Le Pen sur le fil. Il n’est pas totalement certain que les Français souhaitent ensuite qu’il ait une majorité absolue. Donc les élections législatives vont, cette fois-ci, devenir quelque chose d’important alors qu’elles se passent en juin, avec huit jours d’intervalle entre les deux tours, dans des conditions où la participation n’est pas forcément très élevée.

On a le sentiment que pour la première fois, en 60 ans, on va pousser les limites, aller jusqu’aux limites de la Vème République !

C’est possible. C’est même plus probable que le contraire. Le contraire n’est pas exclu, imaginez que quelqu’un coiffe Marine Le Pen de justesse et que les Français lui en sachent gré en lui donnant une majorité, on serait repartis de plus belle pour une Vème République rénovée.

Mais les autres hypothèses ne peuvent être exclues.

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