Covid-19: un stress test pandémique complaisant

JHMC 20/04/2020

Il peut paraître incongru et presque inconvenant quand on voit des hôpitaux débordés à New York et des cadavres dans les rues en Équateur de dire que le Covid-19 est un stress test tout à fait modéré de notre société. Et qu’il faut trouver des réponses aux menaces épidémiques sans se satisfaire des aspects positifs constatés lors des pics de Covid-19.

épidémie enfants 1636

Avioth 1636 Une décade noire de plusieurs épidémies, particulièrement en Lorraine. la peine des familles frappées est toujours la même 384 ans plus tard.

Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas eu plus de pandémies durant le demi-siècle écoulé malgré l’accroissement de la population humaine et le grignotage des espaces sauvages, habitats d’espèces qui d’habitude ne rencontrent pas les êtres humains. Il y a eu certes nombres d’épidémies, ebola sars, mers, lassa, zika…. Mais aucune pandémie avant le covid-19.

En dehors de la famille des coronavirus, celle des paramyxovirus, cousins de la rougeole, comme des avatars des virus Hendra ou Nipah seraient d’excellents candidats pour des épidémies à mortalité historique pour peu qu’ils tuent un peu moins ( 75%! ) et soient devenus d’une contagiosité interhumaine plus efficace. Mais il y a pléthore d’autres candidats, tels les arenavirus comme la fièvre de Lassa… L’étonnant l’est pas la survenue d’une épidémie à potentiel pandémique, mais qu’il n’en ait pas eu jusqu’ici d’autres, et la bénignité relative de l’actuel Sars-Cov2.

Faut il rappeler le système épidémique des grippes, en sommeil depuis 1971: une grippe annuelle de mortalité fluctuante de 5 à 20 000 personnes en France, plutôt âgées. Un grippe moyenne toute les douzaines d’années saturant les hôpitaux et tuant au minimum le double de personnes dont un peu de jeunes. Des grippes majeures 2 à 3 fois par siècle, frappant significativement les populations d’adultes jeunes telles la grippe espagnole de 1918-19 ou la grippe russe de 1889-90. Depuis 1970, les grippes moyennes et majeures ont disparu. Sans aucune explication.

Le covid-19 en a-t-il la carrure ? certainement pas malgré les apparences. Sa mortalité semble  buter sur un plafond de verre autour du 1000/Million d’habitants (Mh) . Quand la grippe espagnole pouvait atteindre le triple voire plus en passant parfois la barrière du %. Mais surtout les mortalités sélectives de l’un et de l’autre sont à l’opposé. La grippe espagnole a tué Egon Schiele, Guillaume Appolinaire et nombre de sujets jeunes. Le covid tue essentiellement des personnes âgées ou porteuses de maladies chroniques. Un exemple peut frapper les esprits: l’armée américaine en 1918 a perdu 52 000 hommes face à l’ennemi. Et plus de 60 000 victimes de la grippe.  Le covid en aurait tué dans cette tranche d’âge quelques dizaines au plus. Sur un millier de marins de notre porte avion contaminés, 24 ont dû être hospitalisés et 2 sont passés en réanimation.

Sans comparer à des épidémies de forte mortalité ( fièvres hémorragiques, typhus…) le simple déplacement de la mortalité préférentielle du covid-19 vers celle de la grippe espagnole, sans même en rejoindre la mortalité globale, lui aurait donné des conséquences radicalement différentes de ce que nous observons. Nos infrastructures logistiques des commerces aux camions, les approvisionnements des hôpitaux ( quand il y avait quelque chose  livrer… ), les maintenances essentielles ont pu continuer à fonctionner. Devant une mortalité de 10 ou 20 000 adultes jeunes, il n’aurait pas été possible de persuader camionneurs, postiers et caissières d’aller au casse-pipe sans équipement lourd.

On entend régulièrement affirmer que nos malheurs viennent de ne pas avoir gardé des capacités de production locale. Pour faire face à la plupart des épidémies anciennes ou prévisibles, c’est un contre-sens. Dans un site de pic épidémique, aucune activité ne pourrait perdurer.

Il faut bien sûr des stocks décentralisés, et des capacités de production dans plusieurs régions du globe, de préférence dans les deux hémisphères, vu la dépendance saisonnière de nombre d’agents infectieux. Mais il faut une force de réaction rapide internationale permettant de projeter des moyens d’intervention, non pas à l’échelle de quelques hôpitaux de toile des organisations humanitaires, mais d’un système de santé entier. Dont les infrastructures doivent avoir prévu cette relève de ses personnels, inévitablement frappés les premiers. Il faut être capable d’assurer une logistique planétaire, à l’opposé des illusions localistes de réfugiés parisiens confinés dans le Luberon qui oublient que les rayons du supermarché de Mallemort ne se remplissent pas par magie.

Le pilotage de la crise par le ministère de la Santé et des Solidarités, son organisation polycentrique et son mille-feuilles, n’a pas fait la preuve de sa supériorité sur la gestion préfectorale et le ministère de l’Intérieur en charge des crises précédentes, dont l’épidémie avortée H1N1. Sans tirer sur des ambulances, on ne peut pas dire que la création des postes d’ARS ait dans la plupart des cas fait la preuve de son efficacité. Il reste à la préfectorale des habitudes de faire face lorsqu’il faut par exemple faire appel au peuple pour coudre des blouses ou fabriquer des visières ou des valves en impression 3D , comme Carnot faisait récolter le salpêtre des caves quand la Patrie était en danger. Nombre d’ARS se sont plutôt révélés des généraux de 1940 que de l’An II.

La pitoyable fabrication en urgence de 8500 respirateurs de transport obsolètes, pour lesquels le CEA a du développer un prototype de boitier de mise à niveau, mais sans fabrication en série,  semble un remake des munitions sans canons et des canons sans munitions.

Le contraste est frappant avec notre seul succès: la capacité d’adaptation du système hospitalier, y compris privé, et de la médecine générale par une mobilisation sans précédent. S’il y a eu des déserteurs, la fraction de ceux qui voulaient se battre a suffi à faire face. A une épidémie complaisante, qui n’a tué qu’une centaine de médecins en Italie, 23 à Wuhan et une douzaine en France. Il est peu probable que notre système de santé puisse résister à un feu plus intense. Car il faudrait des troupes fraîches de relève, autochtones ou extérieures. Envisagées en très peu d’endroit.

On a certes vu dans l’épidémie de Covid-19  le très grand nombre de soignants contaminés. La plupart n’ont toussé que quelques jours , souvent en refusant de cesser leur travail. Une simple pichenette de la main du diable, du déplacement de la tranche d’âge sensible, aurait fait exploser toute la médecine de pointe. La protection des personnels doit être prévue et améliorée non seulement globalement, mais de façon dynamique en gardant ou en faisant venir des troupes sanitaires de réserve. La Chine a été confrontée à son échelle à une épidémie localisée dans un province de la taille de notre pays et n’a dû confiner qu’une centaine de millions d’habitants sur plus d’1.3 milliard. Ses productions n’ont jamais été arrêtées. Sauf dans le Hubei devenu incapable de produire quoi que ce soit. Et un envoi massif de moyens matériels et humains ( dont environ 6000 médecins ) a pu y être réalisé.

La seule structure française dont les plans sont adaptés de longue date et discrets, est la gestion de notre électricité et particulièrement de nos centrales nucléaires. Des équipes de réserve ont été confinées, destinées à reprendre le pilotage des centres dont le personnel serait frappé et hors service. Et des échelons de fonctionnement dégradé avaient été préparés de longue date. Tout cela n’a pas servi. Mais ce ne serait pas une bonne idée de prendre le covid-19 pour le tsunami le plus haut et d’abandonner  toute digue plus haute.

Loin d’une illustration du besoin du retour à une économie autarcique et fragmentée, et à des infrastructures localistes, c’est une réponse internationale, au minimum à l’échelle de notre continent qu’il faudra prévoir. Ou en étant optimiste ré-inventer l’OMS.

stress test2

Démonstration de résistance de l’aile du « Typhoon »

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