Vaccination Covid19: la longue marche des difficultés à surmonter

Chronique du 11 février 2021

Sur les ondes de RCF:https://rcf.fr/embed/2579587

Jacques Cohen, bonjour.

Bonjour.

On évoque avec vous aujourd’hui, la Covid-19 avec notamment, en grand thème, « l’échec du vaccin AstraZeneca en Afrique du Sud ou le rêve brisé », c’est en tout cas le titre que vous avez voulu donner à cette chronique que vous allez matérialiser et développer de façon orale, c’est ce que vous avez écrit dans votre blog, que l’on invite nos auditeurs à consulter: jhmcohen.com. Pourquoi ce choix JC ?

Parce que l’on pouvait espérer, avec le début brillant des vaccinations, qu’on allait enfin en finir avec cette sale bête, avec ce virus. Malheureusement c’est un peu plus compliqué ! Alors, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas vacciner maintenant avec ce que l’on a sous la main, il faut absolument vacciner les personnes à risques avec les deux catégories de vaccins existants, mais il faut se préparer. Il faut se préparer pour la mi-temps suivante, si vous voulez, parce que certains des variants soit qui existent déjà, soit qui vont émerger, échapperont à ce vaccin et il faut donc concevoir des vaccins qui ensuite pourront contrôler ces mutants connus, voir même les mutants encore inconnus, parce qu’on peut faire des prédictions de structure à partir de l’étude du virus.

A ce sujet on a aussi quelque chose d’assez étonnant, c’est que l’on voit, de façon indécente, les anti-vaccins se réjouir de l’échec. Je ne vois pas comment on peut se réjouir de l’échec d’un vaccin quand le but de ce vaccin est de sauver des vies. C’est donc parfaitement indécent et concernant ces anti-vaccins c’est aussi la preuve qu’ils ont complètement perdu le contact avec la réalité. Car les vaccins existants ont eu un succès surprenant, j’ose à peine dire sur cette antenne un succès miraculeux. Mais évidemment les miracles ne se reproduisent pas indéfiniment. Donc ensuite on va rencontrer des difficultés. Néanmoins il faut profiter, si j’ose dire, du miracle avec un spike qui est finalement extrêmement antigénique, alors que l’infection naturelle donne des anticorps qui disparaissent assez rapidement, voire qu’il n’y en a quasiment pas chez une bonne partie des gens après la maladie. Donc là le vaccin en induit, c’est déjà une très bonne nouvelle.

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Du brouillard au bout du tunnel…. Photo by Aaron Burden on Unsplash

On ne sait pas pour combien de temps les vaccins RNA induisent des anticorps protecteurs, puisqu’ils sont complètement nouveaux. Pour les vaccins Adénovirus, on peut penser que c’est un peu plus long, parce qu’on est dans un modèle relativement classique d’un vecteur viral vivant, mais c’est déjà qu’on tient le bon bout. Point très important dont on n’a pas encore la réponse: puisqu’on sait que le variant Sud-Africain échappe au vaccin AstraZeneca. reste à savoir si ce variant échappe également aux vaccins RNA: il y a de très forts risques que totalement, ou en partie il y échappe également.

La question c’est celle des vaccins à virus entier inactivé. Les virus entiers tués ont du spike, mais ils ont d’autres motifs antigéniques. Et on ne sait pas si ces motifs, qui eux ne changent pas quand le spike change, vont protéger ou pas. C’est très important et je vous rappelle que les deux vaccins chinois sont des virus entiers, que le vaccin indien est un virus entier et qu’il y en a en préparation un peu partout. Il y a même déjà un qui est produit au Brésil, il y en a un qui va passer en essai de phase 3 au 15 mars je pense, en Russie. Nous en avons un aussi, si j’ose dire, parce que la firme Valneva est franco-autrichienne, mais qui fait ses essais et qui fera sa production en Grande-Bretagne faute de financement continental. Il est très important de voir si ces vaccins traditionnels vont avoir une largeur de couverture plus grande que les vaccins basés sur le spike.

Parce que finalement tous les autres vaccins, en dehors des virus entiers, sont basés sur le spike que ce soit par l’intermédiaire du RNA, par l’intermédiaire d’un vecteur qui soit un virus recombinant, que ce soit par des protéines du spike qu’on a synthétisées et avec lesquelles on immunise directement. Tous les autres vaccins sont des vaccins anti spike. Donc, première et grande question, est-ce que les vaccins virus entiers ont une largeur de protection plus importante que la souche de référence qu’ils contiennent? Alors s’ils ont une largeur plus importante, même si par hasard ils n’avaient pas une protection individuelle aussi élevée que les vaccins dirigées uniquement contre le spike, ce serait certainement la solution à privilégier. Mais tout cela, cela demande de l’étudier le plus vite possible.

On peut aussi envisager que leur protection individuelle soit moins bonne, jusqu’à 50 %, ils n’en garderaient pas moins un intérêt collectif pour contrer le risque de voir les vaccins « anti spike » de protection individuelle de 90 % contribuer à l’émergence de variants. Demandant alors d’associer les deux.

JC, vous aviez commencé par dire que les conséquences en cascade de l’échec du vaccin AstraZeneca étaient désastreuses. Comment on l’explique ?

Mais parce qu’il faut reprendre la dynamique d’une épidémie. Quand le virus bat la campagne et qu’il est dans le Far West, qu’il ne rencontre aucune opposition, il n’a pas de raison de changer. Puis quand il commence à rencontrer des difficultés, parce qu’il se confronte quand même à une immunité qui s’installe, à ce moment-là, il y a une pression de sélection sur les variants et il génère un certain nombre de variants. Alors certains variants sont plus mortels, d’autres moins, mais la grosse question, la pierre de touche, c’est « est-ce qu’un variant donné échappe à l’immunité acquise qu’elle soit naturelle ou qu’elle soit vaccinale? ». Parce que finalement c’est un peu à cela que servent les variants du point de vue du virus. Donc tant qu’il n’échappe pas, et je crois que le variant britannique qui est mis en vitrine, n’est pas finalement un variant bien gênant. De ce point de vue-là il n’échappe pas, donc les vaccins fonctionneront contre lui comme l’immunité naturelle. En revanche, il y a déjà des variants qui échappent en Afrique du Sud, il y en a en Amazonie, il y en aura ailleurs, il y en aura chez nous. Il ne faut pas penser que les variants c’est les autres! Des variants il y en a chez nous. Voyez l’histoire de ce variant à Chauny dans une maison de retraite qui a tué 27 pensionnaires sur 110, c’est un variant probablement plus mortel. Je rappelle aussi que les variants les plus mortels ont un handicap : ils ne se propagent pas bien. Parce que quand on est mort ou qu’on est cloué au lit, on transmet beaucoup moins que quand on est en pleine peau et qu’on ne sait même pas qu’on a du virus dans le nez.

Donc, les variants avec le temps finissent par voir gagner un variant qui n’est pas bien méchant et qui est adapté à l’espèce. C’est ce qui nous est arrivé avec OC 43, le coronavirus des rhumes de l’enfant, qui a dû rentrer dans notre espèce vers la fin du 19ème siècle en étant beaucoup plus méchant, puis qui s’est assagi. Et puis beaucoup plus près de nous, chez les veaux on a eu une gastro-entérite transmissible GET, un coronavirus, qui entre 1970 et 1990 a quand même fait des dégâts puis qui a disparu. Non pas parce qu’on vaccinait. On a vacciné, mais c’était une immunité brève, il fallait recommencer régulièrement. Mais parce qu’un beau jour, c’est un variant de ce virus qui s’est mis à donner un rhume. et plus de gastro-entérite et qui ne tuait plus les veaux, qui s’est imposé. Et on a même arrêté depuis la vaccination. Si cette chose arrive pour notre Corona Sars-CoV-2, il ne faudra pas crier au miracle, certains crieront quand même au miracle, mais c’est un phénomène qui n’est pas impossible.

En attendant, le scénario le plus probable, c’est plutôt maintenant qu’on sait qu’il y a des variants qui échappent, qu’on va avoir un certain nombre de vagues, mais des vagues pour de bon, c’est-à-dire des épidémies de ré-infestation. Cependant, il n’est pas certain que chaque variant ait le même potentiel que notre Sars-CoV-2 que nous connaissons maintenant bien. Notre Sars-CoV-2 a une curiosité en matière de pandémie, il se moque de la saison, il se moque de la température et il se moque de la géographie: il a une diffusion mondiale sans grande difficulté. Je vous rappelle que par exemple son cousin proche, le MERS, celui des chameaux d’Arabie Saoudite, n’a jamais quitté le sable malgré le pèlerinage de la Mecque, les gens ne l’ont pas ramené à la semelle de leurs souliers. Donc, il n’est pas certain qu’un variant Sud-Africain ou un variant Amazonien surtout, puisse quitter le climat correspondant, ce sont des choses qu’il faudra voir. Mais de toute façon, il y aura des tas de variants et il y aura des variants autochtones chez nous. D’ailleurs il y en a déjà. La question c’est : quels sont les vaccins qu’il faut préparer pour la suite ?

Et bien justement on vous la pose la question JC, quels sont les vaccins à préparer ?

Voilà! Et bien, tout d’abord on sait que les vaccins AdénoVirus sont des pistolets à deux coups, mais pas plus. C’est-à-dire qu’une fois qu’on est immunisé contre le vecteur, on peut vous redonner du vecteur avec quelque chose d’autre dans le ventre, il sera tué par votre immunité avant même d’avoir pu travailler. Donc, on sait que ce n’est qu’une étape transitoire d’utiliser les AdénoVirus.

Pour les RNA, on n’en sait rien, du moins on n’a pas de preuve, mais les indices sont défavorables. Les indices c’est que dans les essais des vaccins, on a essayé une injection, deux injections, trois injections, on a essayé des doses plus ou moins élevées et la marge de tolérance est faible. Et donc il y a un grand risque que lors des injections successives on soit obligé d’arrêter. C’est-à-dire qu’on ne puisse pas changer de composition du vaccin et réinjecter tous les 6 mois si on en a besoin. C’est vraiment dommage parce que c’est le type de vaccin qui permet les fabrications les plus faciles. L’ennui c’est que si dans le même temps les effets secondaires montent à des taux prohibitifs, il faudra arrêter.

Et donc on retombe sur les deux choses les plus classiques, qui sont les vaccins inactivés ou tués, c’est-à-dire des protéines recombinantes d’un côté ou du virus entier de l’autre. Parce que ceux-là on sait qu’on peut les injecter aussi souvent que nécessaire. Puisqu’on les injecte avec des adjuvants, on peut doser et calibrer l’immunité qu’on obtient avec eux et on peut faire des rappels. Vous avez eu Alexis, plein de rappels de vos vaccins, non pas Trivalent pour votre génération, vous avez déjà eu des Tétravalents et puis maintenant on en est à des Hexavalents, vous voyez. Et on peut faire des rappels réguliers sans aucun inconvénient, chez des milliards d’individus, avec un bon recul de sécurité.

JC, on comprend bien votre message, pro vaccination, notamment pour les personnes fragiles, on se retrouve la semaine prochaine, certainement pour une nouvelle chronique santé ou en tout cas une chronique d’actualité. À très bientôt Jacques.

Voilà, il ne faut surtout pas considérer que les difficultés futures du vaccin doivent empêcher de l’utiliser maintenant pour les personnes à risques. 

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