Covid-19: l’immunité naturelle ou le variant bénin, seules fins de l’épidémie ?

Chronique du 08 avril 2021

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2620227

On retrouve le professeur Jacques Cohen. Jacques bonjour.

Bonjour.

JC, une chronique que vous faites depuis un tracteur aujourd’hui. Rassurez-nous, vous êtes toujours professeur et vous n’êtes pas agriculteur désormais ?

Non, mais cela aurait pu m’intéresser. Malheureusement ma vie ne s’est pas orientée comme cela mais je suis content d’être dans un tracteur. Immobile d’ailleurs pour enregistrer, mais cela donne un peu une ambiance différente d’un studio.

Eh bien voilà, on est avec vous dans les coulisses de cette interview, JC. On entend différentes théories sur l’évolution probable du virus de la Covid-19, elles ne disent pas toutes les mêmes choses, elles ne collent pas toutes. Est-ce que vous avez une opinion sur les différentes théories que l’on entend, vous JC ? Et peut-être nous les présenter aussi, parce que certains de nos auditeurs en connaissent peut-être une, deux, mais pas toutes.

Oui. On va en parler un peu en disant comme souvent ce qu’elles ont de vrai, ce qu’elles ont de fausse chacune. Parce que s’il y en a plusieurs c’est parce qu’aucune n’est parfaite.

Alors tout d’abord, il y a des gens qui attendent l’immunité d’éradication, c’est-à-dire qui disent que tant que tout le monde n’a pas attrapé le virus, le virus circulera et quand tout le monde l’aura attrapé ce sera fini.

L’immunité collective

« Tout le monde » cela dépend, parce qu’il y a des calculs savants pour dire selon les types de virus il faut une grosse fraction de la population ou bien une plus petite fraction. On a dit dans un virus contagieux, à peu près comme la grippe, il faut les 2/3, puis on dit que c’est peut-être 80 %. Mais cette théorie a un défaut. C’est qu’elle suppose que le virus se laisse faire d’une part et que l’immunité acquise dure, d’autre part. Or, comme pour d’autres Coronavirus, et il semble qu’on commence à voir cela, l’immunité acquise ne durera forcément plus d’un an. On a même l’impression actuellement qu’on voit que dans les zones où il y avait eu un fort pic initial, l’épidémie a été freinée, est arrivée en plateau avec de la houle depuis la deuxième vague et puis qu’elle repart maintenant alors que la théorie de l’immunité d’éradication voudrait qu’on en voie le bout à ces endroits-là. Et bien non ! On la voit repartir. Donc il se peut que l’immunité naturelle ne dure pas très longtemps. Il y a bien sûr une deuxième chose, c’est si le virus ne se laisse pas faire. Ce sont les variants qui échappent et qui permettent de refaire la maladie alors qu’on l’a déjà faite. Donc tout cela remet les compteurs non pas à zéro, mais cela fait revenir en arrière avec une espèce de jeu de l’oie. Donc le fait de dire que sur un modèle mathématique que je tiens un peu pour simpliste, il suffit d’attendre que l’on ait 2/3 de la population, voire 80 % immunisés et tout cela sera réglé, cela me parait malheureusement un peu à courte vue.

Le virus atténué

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Un jeune veau qui bave..!

Alors l’autre grande théorie, c’est celle qui considère que nous devrions faire comme les veaux. C’est-à-dire que le virus inéluctablement est méchant quand il rentre dans l’espèce et au bout d’un certain temps il s’assagit, parce qu’il finit par vivre en bonne intelligence avec l’espèce. C’est aussi arrivé pour un virus humain, le corona virus OC43 qui semble être rentré méchant dans notre espèce à la fin du 19ème siècle et qui maintenant est un virus bénin, parmi les Coronavirus. Et puis c’est arrivé chez les veaux avec une diarrhée hémorragique dans les années 1960 qui a posé des problèmes au point qu’on a mis au point un vaccin et qu’on a vacciné les veaux. Et puis en 1996 on a arrêté. Parce que cette diarrhée hémorragique avait disparu et que le virus s’était assagi et ne donnait plus qu’un peu de rhume chez certains veaux. Il faut quand même remarquer que cette évolution-là s’est produite sur une douzaine d’années et également sous la stimulation de la vaccination, on y reviendra. Donc la théorie du virus qui doit s’atténuer tout seul, peut-être, mais s’il faut une douzaine d’années cela peut déjà poser des problèmes, et puis on est ramené également à cette notion d’immunité de groupe des Corona à laquelle je ne crois pas beaucoup.

L’immunité croisée des coronavirus?

Vous entendez aussi expliquer cela. Disant les enfants ne sont pas malades parce qu’ils ont fait des rhumes avec les autres Corona, alors que les personnes âgées ont perdu leur immunité ancienne contre le Corona. Cela oublie un certain nombre de choses, il y a un point faible dans cette théorie. C’est que les touts petits qui n’ont pas encore été protégés par les rhumes, pourquoi n’attrapent-ils pas non plus le Covid (fort heureusement d’ailleurs) ? Et bien, cela montre que cela ne suffit pas comme explication. Et puis si l’immunité se garde longtemps, mais se perd dans la vieillesse, on ne comprend pas très bien pourquoi on ne recommence pas à faire des rhumes de l’enfance deux fois par hiver jusqu’à un âge respectable. Et puis d’autre part même les vieux, et les gens d’âges moyens, s’ils sont exposés à ce virus régulièrement parce que les enfants le portent et le diffusent, pourquoi ne renforcent-ils pas régulièrement leur immunité ? Donc pour cela, je ne crois pas beaucoup à cette théorie de ce que l’ensemble des Corona protègent les uns des autres et que les enfants sont protégés ainsi, seuls les vieux ne le seraient pas.

JC, maintenant qu’on a votre opinion sur ces différentes théories et que vous venez de nous présenter, c’est ce que vous nous avez présenté dans un cadre naturel si on ne fait rien, si on n’agit pas. Mais si on vaccine, qu’est-ce que cela va changer ? JC, vous avez 2 minutes 30 pour nous expliquer tout cela.

Nos moyens d’action. Vaccins et dépistage permanent généralisé.

Nous ne parlerons pas aujourd’hui des tests barrières comme dépistage permanent généralisé mais de notre autre arme contre le virus, la vaccination.

Et bien, avec la vaccination on avait d’abord l’idée que si l’on vaccine tout le monde, le virus ne peut plus diffuser et on n’en a fini. On n’en aura pas fini en une seule manche, parce que comme vous savez le virus mute et peut redonner des poussées derrière la vaccination. Mais nous aussi on ne va pas rester les bras ballants. Et donc avec des vaccins qui vont courir après les variants et qui vont même les anticiper quand on va pouvoir prédire des variants de variants, on finira par avoir un vaccin capable effectivement de donner une immunité collective.

Mais il faut raisonner cela à l’échelle mondiale, si on fait cela à l’échelle d’un seul pays cela ne fonctionnera pas. Et qui plus est, si nous commençons, comme actuellement, à vacciner une fraction médiocre de la population, nous allons accélérer l’émergence des variants et donc l’émergence de nouveaux pics récurrents l’an prochain. Donc il faut que les vaccins soient d’abord administrés pour l’instant au plus grand nombre de gens possible. Parce que cette année ils vont limiter le nombre de morts, ils ne vont pas éradiquer le virus, mais ils vont limiter la casse, et cela c’est important déjà. Et puis ensuite on aura affaire à différentes résurgences. Et avec des vaccins de mieux en mieux adaptés, de plus en plus larges et de plus en plus prospectifs nous finirons par avoir la peau du virus.

C’est là en fait le scénario le plus probable. Nous n’attendrons pas l’histoire naturelle de la maladie et la vaccination en viendra à bout. Mais probablement en plusieurs manches contre des variants successifs et multiples.

Et un médicament?

Nous n’avons pour l’instant que des choses inefficaces, malpratiques ou toxiques. Le ré-emploi des médicaments existants a été un échec. Il faut donc des médicaments ciblant spécifiquement des enzymes du virus. Comme pour l’HIV, l’hépatite C ou l’herpès, on va finir par y arriver pour le Sars-cov2. Mais dans 6 mois ou dans 6 ans nul ne sait.

Eh bien, merci JC. Vous avez été très clair et vous avez même fait tout cela dans un laps de temps très court, est-ce que vous avez quelque chose à rajouter ?

Et bien, qu’il faut à la fois garder patience et ne pas céder aux peurs irrationnelles vis-à-vis des vaccins. Tous ces vaccins ont des ennuis, parce que ce sont des vaccins d’urgence, mais ces ennuis sont très inférieurs à ceux de la maladie et donc il n’y a pas photo, si je puis dire, sur le rapport coût/bénéfice favorable des vaccins actuels.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés, on invite nos auditeurs aussi à retrouver l’ensemble de vos analyses, notamment au niveau de ce virus de la Covid-19 sur votre blog, jhmcohen.com. À très bientôt Jacques.

À bientôt.

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