Monkeypox MKP1, un cousin de la variole passe du singe à l’Homme

JHM Cohen 19 05 2022 

Sur les ondes de RCF: Lien en attente

Et vous voulez nous parler du Monkeypox, un cousin de la variole passe du singe à l’Homme. De quoi s’agit-il le Monkeypox, JC, en quelques mots.

Ce Poxvirus du singe MKP1 est un cousin du virus de la variole dont notre espèce a été affligée longtemps et dont elle s’est débarrassée par la vaccination contre l’un des virus de ce groupe, mais qui peut protéger des autres. C’est le cas la plupart du temps pour les Poxvirus. Vous connaissez bien l’histoire de la Vaccine, c’est un Poxvirus pas trop méchant de la vache qui permettait de protéger contre tout le groupe des Pox, dont la variole.

Aujourdhui, on est confronté à un problème fait de multiples facteurs.

D’abord la niche écologique. Celle des Pox, dans l’espèce humaine, est maintenant libre. On a arrêté la vaccination au début des années 80 et donc la plus grande partie de la population du globe n’est pas protégée contre les Pox. On l’a arrêtée parce que c’est un vaccin, on le reverra, qui avait des inconvénients et à partir du moment où il n’y avait plus de cas, ce n’était peut-être pas la peine de continuer. Mais la question se pose maintenant, qu’est-ce que ce nouveau Pox qui passe chez l’Homme ? Et bien, la case écologique étant libre, on a vu diffuser des cas dans l’espèce humaine, d’abord de Vaccine, c’est-à-dire de Pox de la vache. Il y a quelques cas de temps en temps, ce n’est pas bien méchant, ça donne des gros abcès, mais ça ne tue pas. Et puis, on a vu ce virus du singe avec différents variants se répandre. Alors il s’est répandu, par exemple, chez le chien de prairie aux États-Unis – qui n’est pas un chien, c’est un rongeur – à partir duquel il y a quelques dizaines de cas aux États-Unis de temps en temps, parce qu’en fait, évidemment, il n’y a pas beaucoup de personnes qui sont en contact avec ce rongeur. En Afrique, il y a de temps en temps des épidémies de Monkeypox chez l’homme, à partir du passage du singe à l’homme. Il faut d’ailleurs noter que chez le singe, en particulier chez les grands singes, c’est un virus assez méchant, avec une mortalité importante qui ne l’est pas trop chez nous, pour l’instant, mais on peut avoir des surprises un jour ou l’autre par la variation de la souche. Je vous dis tout de suite que les Poxvirus mutent assez peu. Et donc là, que s’est-il passé récemment ? Et bien, récemment, on a vu apparaître quelques dizaines de cas en Grande-Bretagne, semble-t-il, avec un foyer initial africain, puis on en a en Espagne, puis on en a au Portugal, et contrairement à la variole qui était un des virus les plus contagieux possible et par voie aérienne, celui-ci semble se transmettent par contact, un peu comme la Vaccine. Ce n’est donc pas un virus extrêmement contagieux. On pense que c’est par contact parce qu’on s’est aperçu qu’il y a une chaîne de contamination, pour l’épidémie actuelle, qui est une chaîne de contamination chez les homosexuels masculins, avec des lésions muqueuses.

Il est contagieux, à quelle échelle et est-ce qu’il y a un risque de mortalité, aussi peut-être, pour que nos auditeurs comprennent bien les enjeux.

Pour la contagiosité, elle est faible, probablement une contagiosité de contact. Sinon, si c’était comme la variole ou certains autres Pox, la contagiosité serait en traînée de poudre, en feu de paille. Donc là, si on a quelques dizaines de cas, puis un peu plus un peu plus tard et dans un milieu particulier, c’est certainement que c’est une contagiosité de contact. Donc pour l’instant, cette souche passe chez l’homme assez facilement, se transmet par contact, probablement par contact muqueux, et n’a pas le potentiel de la variole classique sauvage que nous avons éradiquée. Pour la mortalité, là aussi, il n’y a pas de morts pour l’instant, mais il y a des formes relativement graves. Si on dépassait la centaine, ou les 200 cas, c’est sûr qu’au bout d’un certain temps, on finira par avoir des décès, ne serait-ce que parce que ces virus sont beaucoup plus graves chez les immunodéprimés. Donc pour l’instant, la chance fait qu’il n’y a aucun immunodéprimé qui l’ait attrapé. On peut quasiment parier que si ce virus tape sur un immunodéprimé, il aurait un risque important d’y rester.

Alors, est-ce qu’il est très méchant ? On ne peut pas encore le dire parce qu’il n’y a pas de morts, mais les gens ont suffisamment été malades pour être hospitalisés. Si on attendait encore un petit peu la diffusion, on pourra peut-être voir quel sera le niveau de mortalité ou pas, mais enfin, globalement, les Pox ce sont quand même des choses relativement sérieuses.

JC, je me permets quand même de vous interrompre et de vous demander cette histoire d’un virus qui vient du singe, qui se transmet à l’homme, qui touche notamment les homosexuels ! Ça rappelle un peu le sida tout de même !

Du point de vue chaîne de transmission, du point de vue du mode d’émergence, un petit peu, effectivement. L’émergence d’un virus à transmission par contact, probablement muqueux, est-ce que l’on va assister à l’installation dans notre espèce d’une nouvelle maladie sexuellement transmissible ? Ou est-ce que c’est une bouffée épidémique ? On ne peut pas encore le dire, ou est-ce qu’au contraire ce virus va se stabiliser en devenant beaucoup plus contagieux ? C’est un risque ! On ne peut pas encore dire quelle sera l’évolution sur la constatation de cette première épidémie. Il faut rappeler que les Pox, il y en a pas mal dans la nature entre différentes espèces. Par exemple, les chameaux ont un Pox qui touche exceptionnellement des éleveurs, mais ça peut arriver. Donc, on a affaire à quelque chose d’émergent dont on ne peut pas encore, avec certitude, définir les contours. Quelle sera l’échelle, quelle sera la gravité, etc. ? Alors, à partir de là, se pose la question de la vaccination, parce qu’il n’y a pas de traitement pour l’instant, pour les Pox, aucun médicament antiviral ne marche sur les Pox.

mkp macaca mulatta

Infection à MKP1 chez macaca mulatta

Et justement le vaccin, il y a-t-il une possibilité ? Est-ce que ça va exister ? Comment on peut faire, JC ?

Alors, le vaccin, il en existe un, mais ce n’est pas sûr qu’il faille ou qu’on puisse l’employer. Le vaccin, c’est la Vaccine, le Pox de la vache, qui a été employée contre la variole, que l’on pourrait ressortir des tiroirs. Mais il y a plusieurs difficultés ! C’est un vaccin vivant, qui donc a une immunité extrêmement solide vaccination à deux ans avec un seul rappel vers dix ans, autrefois, et on était couvert jusqu’à 150 ans si besoin. L’ennui, c’est que c’est un vaccin qui comportait un taux d’accidents important, donc des accidents graves, autour d’une encéphalite pour 1 000, 1 décès par 10 000 ou par 100 000, et surtout, ce qui gêne pour le ressortir brutalement, c’est que ces complications étaient beaucoup plus fréquentes si on vaccinait tard, admettons à 20 ans, que si on vaccinait à 2 ans. Donc, s’il fallait vacciner la population en catastrophe, on s’exposerait à une casse assez importante. Donc, on n’est pas très tenté de le faire. En prime si l’on peut dire et contrairement à l’attitude habituelle d’une immunité de groupe chez les Pox, la vaccination anti variolique classique chez lesing macac mulatta a peu d’effet sur l’infection expérimentale à MKP1. Le virus auquel nous sommes confrontés.

Les espagnols viennent de décider de vacciner l’entourage des sujets malades avec le vaccin anti-variolique classique. On va donc voir dans un mois environ, si c‘est efficace et sans trop d’effets secondaires. Alors, il existe aussi du vaccin tué, qui n’a jamais été utilisé chez l’homme, mais c’est ce qui a été fait en animal, pour les camélidés justement, dont je vous parlais à l’instant.

Donc on ne sait pas exactement comment il faudrait faire chez l’homme et ainsi de suite. Ce n’est pas quelque chose qui pourrait ressortir instantanément du tiroir. Pour faire des vaccins rapides, genre vaccins RNA, il faudrait aussi savoir à quelle protéine faut-il s’adresser ? Et là aussi, on n’a pas de certitude. Donc, on a deux situations ! Ou c’est un danger mineur, et on aura tout le temps de travailler, il faut considérer qu’il faudra travailler pendant 3 à 5 ans, ou les choses explosent au bout de six mois, et là, on fera, comme pour le Sars-CoV-2, c’est-à-dire que l’on passera chez l’homme à partir des premiers essais, en espérant qu’il n’y aura pas trop de problèmes. Mais la question du vaccin, au moins à préparer, va se poser immédiatement.

Justement, JC, vous parliez du Sars-CoV-2, cela me fait penser à cette question. C’est vrai qu’on n’était pas habitué à voir des nouveaux virus arriver un petit peu de nulle part et puis à se transmettre comme ça, à se développer aussi rapidement. Il y a eu l’exemple de la Covid-19, on parle, là, du Monkeypox avec vous, aujourd’hui, est-ce qu’il va falloir s’attendre de plus en plus à voir ce genre de phénomène arriver ?

Et bien, la réalité est dans l’autre sens. On a eu dans le siècle écoulé beaucoup moins d’épidémies que d’habitude. Et donc, on a dû considérer que c’était un dû, que c’était acquis, mais ce n’est pas le cas. Dans l’histoire, les épidémies sont régulières. Ce ne sont pas des phénomènes ponctuels, ce sont des phénomènes, en quelque sorte, oscillatoires, avec de temps en temps deux vagues qui se rencontrent et qui deviennent beaucoup plus hautes. Nous vivons, notre espèce vit , en symbiose avec le reste des êtres vivants et avec les virus qui les infectent et leurs transmettent des choses. Donc, on ne peut pas considérer que l’on va éradiquer toute possibilité qu’un virus se manifeste. Ce que l’on peut faire, et c’est la gloire de l’esprit humain, c’est faire en sorte qu’à chaque fois nous trouvions rapidement des solutions pour juguler le problème, tout en sachant qu’on sera confronté à un autre problème un peu plus tard !

Et bien merci, JC, de nous avoir éclairés et de nous avoir présenté ce nouveau virus, le Monkeypox, à très bientôt professeur !

A bientôt.

2 réflexions sur “Monkeypox MKP1, un cousin de la variole passe du singe à l’Homme

  1. Pingback: Monkeypox virus: jusqu’où diffusera-t-il ? – Le blog de Jacques HM Cohen

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