Poutine : stop ou encore ?

Poutine : stop ou encore ?

JHM Cohen 22 Mai 2026

Sur les ondes de RCF:LIEN

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Poutine, stop ou encore.

La chronique d’actualité, c’est avec le Professeur Jacques Cohen que cela se passe. Il est en ligne avec nous, vous en avez l’habitude. Professeur, bonjour.

Bonjour.

Aujourd’hui, vous nous emmenez en Russie avec Vladimir Poutine. Stop ou encore ? C’est la question que vous posez dans cette chronique d’actualité. Professeur Jacques Cohen, peut-être faire une photographie. On connaît le personnage, mais rappeler les derniers événements marquants concernant tout ce qui se passe. cela bouge tellement d’heure en heure, de jour en jour, de semaine en semaine, que on a un peu de mal à suivre parfois.

Et bien la situation en Ukraine et en Russie est relativement stable, ce qui ne veut pas dire que cela ne va pas bouger un jour ou l’autre et on a l’impression d’une impasse.

Il y a deux lectures possibles. L’une, c’est de considérer que les Ukrainiens ont réussi des attaques significatives dans la profondeur, qui menacent Moscou quand ils le veulent. À l’inverse, les Russes certes bombardent abondamment, mais n’arrivent pas à paralyser les forces et l’industrie ukrainienne. cela, c’est le premier raisonnement, c’est de dire le front est un front de guerre de tranchées. Les activités militaires sont lilliputiennes et en dehors des activités aériennes de part et d’autre, qui elles prennent des proportions gigantesques, mais avec des résultats qui ne sont pas aussi importants qu’ils paraissent spectaculaires. Même les raffineries en Russie, il n’y a même pas 10-15 % du potentiel qui est paralysé. Que se passe-t-il pour cela ?

D’abo

Tranchées en 1916 ou 2026?!!

rd il y a la première lecture, c’est de dire qu’étant arrivé à une impasse, Poutine va devoir calmer le jeu. La deuxième hypothèse elle est un peu différente. D’abord parce que ce n’est pas la situation militaire qui surdétermine la situation politique en Ukraine et en Russie. Cette guerre d’usure, cette guerre de tranchées, assez curieusement on a l’impression qu’elle est déterminée par une espèce de cessez-le-feu ou de borne non dite, qui est surtout l’accord USA-Russie.

Du point de vue des USA, l’attitude des Russes et la guerre en Ukraine a un avantage un petit peu inattendu, c’est qu’elle est très gênante pour l’Europe et en particulier pour l’Allemagne. Donc pour l’instant, on a l’impression que l’attitude des Russes, l’attitude de Poutine, cela a été que « nous ne voulons pas d’escalade hors des frontières de l’Ukraine parce que nous avons un accord avec les Américains pour pourrir la vie et l’économie des Européens, et qu’à l’usure l’Europe va se désagréger ».

On peut le voir par exemple sur le fait que l’extrême droite gagne maintenant des parties très significatives en Allemagne, dans les élections. Les annonces allemandes sont parfaitement optimistes, mais quand on regarde les résultats, on s’aperçoit que les deux grands partis sont absolument en situation précaire et de décrépitude, que l’AFD continue à monter lourdement et qu’il suffit d’attendre.

Mais justement, c’est là le problème de Poutine. Il suffit d’attendre, mais entre l’embellie économique ou l’enrayement de l’offensive de la crise par les dépenses militaires, il va y avoir un effet de feu de paille, certes un effet de stimulation, et donc Poutine, si j’ose dire, n’a pas tellement le temps d’attendre puisque justement dans le même temps en Russie, les attaques dans la profondeur des Ukrainiens commencent à être vues par la population comme gênantes. Alors on va voir un petit peu justement. L’attitude de Poutine elle est sage, il ne veut pas d’escalade à l’ouest parce que c’est la meilleure façon d’unifier l’Europe contre la Russie, exactement de la même façon que la Russie est unifiée contre l’OTAN par les opérations ukrainiennes ou des pays baltes sur la profondeur russe. Donc pour l’instant Poutine ne veut pas, mais il se peut que son opinion et son cercle politique finissent par dire que on ne peut pas attendre indéfiniment.

Alors maintenant, nous allons étudier un autre aspect qui est que peut-il se passer sur le front ? C’est un aspect qui est peu vu actuellement. Tout le monde parle de la guerre des drones, mais on ne regarde pas d’autres aspects de cette guerre de tranchées. Alors en cas de choix d’une escalade en Ukraine, il y a plusieurs possibilités. D’abord, on peut avoir le retour à des guerres plus intenses mais très brèves, chacun sachant qu’il a beaucoup de mal à faire des offensives de grande ampleur dans une guerre de ce genre, s’il n’y a pas de rupture complète du front. Alors il y a une chose qui peut se passer, c’est la politique des raids.

Il y a eu des offensives, par exemple pour le Chemin des Dames et autres, et puis cela finissait toujours par dégringoler au bout de quelques semaines parce qu’on avait consommé beaucoup de monde, on avait avancé un petit peu, mais pas tant que cela, et la brèche était colmatée et on repartait pour un tour. Il y a eu en 1918 plusieurs opérations de type raid, c’est-à-dire des opérations extrêmement brèves, extrêmement intenses, extrêmement localisées, consistant à gagner peu de terrain et pour peu de temps, mais à beaucoup user les troupes en face.

Cela pourrait se reproduire. Ensuite, il y a un autre aspect qui est plus désagréable, c’est de rappeler que pour une guerre de tranchées, pour avancer significativement, la meilleure solution ce sont les armes chimiques et c’est ce qui s’était passé en 17-18, parce qu’il faut se rappeler qu’en 1918 par exemple, un quart des obus sont des obus à gaz. Et pour gagner des villes, la solution actuelle du point de vue de la Russie c’est de démolir les immeubles pierre par pierre, et cela prend du temps, mais une offensive par les gaz pourrait aller beaucoup plus vite, et non plus prendre 3 mois ou 4 mois pour prendre une ville, mais pourrait le faire en 2 ou 3 semaines avec des armes chimiques. C’est un risque, alors bien sûr l’opinion publique internationale est très remontée sur les gaz, mais si vous prenez la guerre Iran-Irak, il faut se rappeler qu’on a eu une période de guerre de tranchées et que les deux camps ont employé des armes chimiques.

Donc c’est une des possibilités, beaucoup plus que l’utilisation des armes atomiques. Ensuite, il y a l’éventualité d’armes nucléaires, mais cela me paraît pour l’instant très peu probable parce qu’elles ne peuvent servir qu’à oblitérer une grosse agglomération et elles n’ont pas de grand intérêt sur un champ de bataille relativement étendu, à moins de passer à des guerres beaucoup plus importantes avec des armes qui ne sont plus en quelques kilotonnes mais qui sont en mégatonnes et là on est parti dans tout à fait autre chose comme escalade du conflits.

De même, les sociétés actuelles sont extrêmement fragiles et technologiques. Vous rendez compte que par exemple il a fallu plus de 6 mois pour réparer les aiguillages d’une station ferroviaire quand il y a eu un incendie de régulation dans l’ouest de la France. Donc actuellement, des tas de choses sont extrêmement critiques et peuvent être paralysées autrement que par des missiles. Donc cela aussi, c’est une option qui peut être prise en compte. Mais pour l’instant, je pense que le plus probable, c’est que tant que Poutine lui a du sang-froid et que le prix politique en Russie n’est pas inacceptable pour la population, on va rester dans une situation où les Occidentaux, c’est-à-dire les Baltes et les Ukrainiens, continuent à faire de l’escalade et Poutine n’en fait pas. Mais cela risque de ne pas pouvoir durer indéfiniment.

Atrès bientôt.

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