L’affaire des Canadair : comment un plan remarquable est tombé à l’eau du fait de la procrastination des politiques.
Jacques HM Cohen 18/ 08/2026
Bientôt sur RCF à la reprise des émissions en septembre.
Avant l’heure il n’y a pas le feu et ensuite le temps perdu ne se rattrape pas Comme le chantait Barbara. Même avec beaucoup d’argent.
Ainsi un plan remarquable, au succès démontré par les faits, est tombé à l’eau du fait de la procrastination des politiques. Tous adeptes de la célèbre formule du bon docteur Queuille: « il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ». On peut ajouter « mais trop tard et beaucoup plus cher »!
Il faut tout d’abord rappeler le succès d’un plan à long terme, à la fois des eaux et forêts et de la protection civile, pour la prévention et la lutte contre les incendies. Le programme Vulcain.https://hal.science/hal-03558006v1/document
Sur une dizaine d’années le plan Vulcain a été un très grand succès. De réduction des incendies en France. Chemins coupe-feu, débroussaillage, réserves d’eau, interdiction totale d’accès lors du risque maximum. Matériel sol moderne y compris avec aspersion d’urgence pour se dégager des flammes.
Mais aussi veille et moyens aériens adaptés. Et c’est là que la doctrine Vulcain est en train de partir en quenouille faute de matériels.
Une trop grosse machine comme ce quadrimoteur Chinois n’est pas forcément la plus adaptée : le format »Canadair » est celui qui convient le mieux dans notre pays.
La veille et l’attaque au plus vite des foyers lors de leur démarrage était la base du système français qui utilisait des bimoteurs Grumman Trakers capables de très longues patrouilles au ralenti, pour fondre sur un début de feu dès son repérage.
Cette capacité a été perdue lorsque nos Grumman sont arrivés en bout de potentiel et surtout en ne voulant pas réaliser et financer une modernisation avec des turbines modernes. Contre l’avis des spécialistes de la protection civile, il a été choisi de remplacer les Grumman Trakers par des Dash beaucoup plus gros mais beaucoup moins maniables et de beaucoup plus courte autonomie. Le choix du Dash canadien contre ses concurrents comme par exemple l’ATR-42 ou l’ATR-72, pourtant franco-italien, est un mystère d’un bonneteau industriel dont les choix techniques sont largement absents.
On a consolé les spécialistes de la protection civile en leur affirmant qu’une flotte disséminée d’avions d’épandage agricole comme au Portugal pourrait remplacer les trackers. Mais nous n’en avons jamais mis en ligne une flotte suffisante, lorsque le Portugal est lui aussi confronté à des incendies et ne peut nous en prêter. À noter au passage qu’aux États-Unis la société Cal Fire a développé et mis en place aujourd’hui fonctionnelle une flotte de Grumman à turbine parfaitement modernisée.
Il faut aussi savoir que selon les pays la situation des incendies n’est pas la même : de grands fronts de feu loin de tout au Canada et aux États-Unis Au contraire des foyers dispersés près des zones habitées avec des reliefs importants chez nous.
Mais la seule logique universelle tient en 3 points : repérer et attaquer au plus tôt les foyers d’incendie. Arroser suffisamment le front des flammes pour arrêter sa progression, noyer de terre par bulldozer les restes du feu.
Mais vous allez me dire Alexis que je n’ai pas encore parlé des fameux Canadairs
les hydravions Canadair sont une solution miraculeusement adaptée à notre pays : des avions lents mais maniables pouvant écoper sur de relativement petits lacs ou en mer, assurant ainsi des va-et-vient extrêmement rapides de remplissage et d’attaque du feu. Le défaut des Canadair, vieilles machines à piston qui ne sont plus produites et dont la maintenance est de plus en plus lourde a pu longtemps être considéré comme en voie de solution par une nouvelle version plus moderne de la machine.
En fait, empêtré dans ses propres difficultés, le fabricant Bombardier a vu disparaître ses capacités non seulement de modernisation de cette machine, mais même de fabrication à la main de quelques exemplaires malgré les demandes à cor et à cri des clients. Notre ambassade n’a pas été capable d’un rapport réaliste tirant la sonnette d’alarme d’un possesseur de la marque devenue coquille vide . Pris à la gorge par l’absence de Canadair, les Européens se sont trouvés dans la situation cocasse de proposer un pont d’or pour ressusciter une industrie canadienne disparue. Mais l’argent ne peut pas tout et en particulier on achète pas le temps incompressible de la mise en place d’une chaîne de fabrication.
Mais Alexis il y a deux questions vous n’avez pas encore posées. Pourquoi les hydravions sont-ils indispensables? Pourquoi ne pas faire tout simplement un hydravion moderne?
Les Hydravions c’est la vitesse de remplissage de l’ordre de la minute et la possibilité de le faire à peu près n’importe où.
Pourquoi donc ne pas faire un hydravion moderne?
Devant la disparition de Bombardier, des start-ups se sont proposées pour faire un hydravion moderne ou du moins pour mettre sur flotteur un bimoteur adapté comme bombardier d’eau comme pourrait l’être un ATR. Ces start-ups ont proposé de produire une machine aussi vite que possible, c’est-à-dire en 6 à 10 ans. Les dirigeants européens qui leur ont proposé tout l’argent qu’ils voudraient pour aller plus vite se sont vus répondre que le temps pour résoudre les problèmes d’un savoir-faire disparu ne dépendait pas de l’argent qu’on y mettait.
Les dirigeants européens sont donc allé voir Airbus qui a réalisé une revue d’avant-projet, laquelle la douché aussi bien qu’un largage d’hydravion, les dirigeants politiques demandeurs. Gros ou petit constructeur, plus personne ne sait plus faire d’hydravions. Ce sont des machines très particulières car il faut glisser sur l’eau à basse vitesse, et si l’on veut éviter de faire un cuirassé volant dont la charge utile sera ridicule, il faut retrouver des tas d’astuces perdues.
Quant au prix du programme, on n’en serait avant toute de fabrication série autour de 5 à 6 milliards. Et il faudrait cinq à 10 ans pour faire une belle machine, à maintenance moderne, domaine de vol protégé, etc.……
Mais Alexis je sens la question qui vous brûle : ne reste-t-il vraiment personne sur la planète qui sache faire des hydravions ?
Et bien, en cherchant bien, il reste trois fabricants, tous les trois marginaux, mais qui pourraient fournir des machines en 3 à 5 ans.
Tout d’abord, il y a un hydravion russe parfaitement fonctionnel mais hélas peu adapté pour intervenir chez nous. La protection civile l’avait même testé à deux reprises avant de renoncer, avant même le conflit russo-ukrainien et les problèmes qu’il poserait. Le Beriev est un bi réacteurs qui vole trop vite pour nos petits lacs et reliefs. La protection civile avait quand même salivé devant une machine embarquant deux fois le volume d’eau d’un Canadair. Mais décidément trop peu maniable pour chez nous.
R mais Jacques vous avez dit trois fabricants. Il en reste deux !
Alexis vous savez compter !
Il y a une machine japonaise, en développement depuis 10 ans, avec des solutions techniques compliquées comme une turbine supplémentaire pour souffler les volets et se poser basse vitesse. Cette machine a été développée beaucoup plus comme avion observation à long rayon d’action type awax non US, rétablissant une souveraineté japonaise. Lesquels pourraient être tentés d’en vendre aux Européens comme démonstration de leur absence, ou presque, d’arrière-pensée géostratégique.
R. et la dernière machine Jacques d’où sort-elle?
Et bien elle est chinoise. Sa mise au point a aussi été laborieuse et a pris huit ans, ce qui montre que ce n’est pas qu’une question d’argent, elle a de grandes ailes pour se poser à basse vitesse, qui doivent gêner sa maniabilité à proximité d’un grand feu et sa capacité semble également la taille au-dessus de ce de celle du Canadair. Mais vous savez maintenant que ce n’est pas forcément un avantage.
Mais elle semble terminer sa certification cette année.
Mais Jacques, vous ne nous avez pas parlé des hélicoptères !
Les hélicoptères lourds ont un prix de revient très élevé du fait d’une maintenance très coûteuse. Ils aspirent rapidement, mais leur gigantesques pales font aussi ventilateur à escarbilles à proximité du front de feu. Contrairement à une idée reçue, la maniabilité des hélicos supers lourds comme le Chinook est assez limitée. L’engin australien a besoin d’un autre hélico poisson pilote qui le guide et qui lui est relié avec une vidéo. Les australiens n’en ont qu’un seul et je ne suis pas sûr que cette machine des années 60 soit encore fabriquée. CalFire aux USA ne l’emploie pas, préférant une machine plus petite, le Fire Hawk. Dans des conditions rigoureuses le Chinook, il peut larguer environ 10 t d’eau d’un coup avec une grande précision ce qui n’est pas négligeable.
Et les avions cargo militaires ?
L’A400M a lui aussi été équipé pour lâcher 10 t d’eau mais il ne peut pas écoper, il vole trop vite et n’est pas assez maniable, comme quadrimoteur de la la taille d’un C130, comparé à un merveilleux Canadair.
À la taille en dessous, il y a le Transall et le petit Casa. Équiper des cargos militaires, construit avec d’autres critères, coûte par principe une fortune, mais si l’on voit des feux de forêt jusqu’en Allemagne, ce ne sera plus question d’argent…
En conclusion, c’est la réticence des politiques à faire des choix et à prendre des décisions qui est frappante. Certes les décisions peuvent être coûteuses, mais elles le seront bien plus s’il faut en catastrophe financer un programme Airbus ou aller acheter chez les Chinois, les Japonais… ou les Russes après la fin de la guerre en Ukraine. !
Hydravion Beriev 200 en action en Algérie.
https://www.reddit.com/r/aviation/comments/1v89gv7/beriev_be200_in_action_fighting_wildfires_in/
Hydravion Beriev200 en action en Algérie. En continuant à filmer en plein sous le largage, au lieu de se jeter à terre, les bras autour de la tête, l’auteur de la vidéo a pris un gros risque de projection de cailloux à plusieurs centaines de kilomètres-heure !!
https://www.instagram.com/reel/DbAbGXjsraY/ Ici 1, Passage extrêmement bas, sans guère de marge de sécurité, qui permet de rappeler que la ressource d’un hydravion bombardier d’eau, se produit dès l’ouverture de son réservoir, avant son langage lui-même. Au passage, le remplissage d’une citerne de 10 t au bout d’un tuyau d’un hélicoptère lourd peut-être délicat. Un Chinoock est ainsi allé au tapis aux USA
Vol inaugural de l’hydravion chinois AG6OO
https://www.tsa-algerie.com/video-chine-vol-inaugural-du-plus-gros-hydravion-au-monde/
