L’impasse israélienne

L’impasse israélienne

Bonjour à toutes et à tous et bienvenu dans cette nouvelle chronique d’actualité. Nous sommes comme tous les vendredis avec le Professeur Jacques Cohen. Jacques, bonjour.

J HM Cohen 05 6 2026

Sur les ondes de RCF : LIEN https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=691695

Bonjour.

Alors quel va être le thème d’aujourd’hui, Jacques ?

Et bien le thème sera l’impasse israélienne, mais avant de constater dans quelle situation épouvantable se trouve Netanyahou, nous allons regarder ce qu’il avait en tête en encourageant les hostilités avec l’Iran et en le faisant avec Trump.

Du point de vue de Netanyahou, le raisonnement était « la paix par la force », c’est-à-dire d’en finir avec les menaces iraniennes, de liquider le Hezbollah, c’est à dire une milice armée terroriste et obscurantiste chiite, d’obtenir par cette victoire de pouvoir gagner des élections en Israël, ayant enfin une majorité, de se débarrasser des extrémistes expansionnistes messianiques israéliens, de donner leurs implantations comme gage aux Saoudiens et aux pays du Golfe, et d’obtenir en échange que tout le monde soit content avec un accord de paix générale de la région.

Malheureusement, les choses se sont débobinées de travers. Déjà, les histoires de Gaza restent non résolues parce qu’il y a plusieurs choses à faire en même temps. L’attaque aérienne de l’Iran s’est relativement bien passée. En revanche, il a été assez vite évident que le régime ne s’effondrerait pas tant qu’il n’y aurait pas de troupes au sol. Or, les Américains ont décidé qu’ils n’en mettraient pas, d’une part pour des raisons de politique intérieure avant les midterms, et puis d’autre part parce que la logistique militaire, c’est ce qui décide. Et pour mettre en place une opération sur la rive iranienne du Golfe, il faut des troupes qui n’existent pas pour l’instant, il faut une préparation qui ne peut durer qu’au minimum un an. Et donc à partir du moment où les Iraniens ne se sont pas effondrés, il fallait jouer la montre ou refroidir, mais ce pas ce que fait Trump, c’est-à-dire une politique erratique où il y a de temps en temps l’annonce qu’on va tout massacrer, de temps en temps un pétrolier démoli, de temps en temps le contraire, etc, etc.

D’autant plus que du côté israélien, la situation est extrêmement défavorable. Les missiles iraniens capables de bombarder Israël sont toujours là et il est très difficile de les intercepter parce que ce sont des missiles à têtes multiples et que quand on les intercepte, il y a simplement un peu plus de fragments, mais cela finit quand même par tomber sur une ville.

Donc cela c’est déjà catastrophique parce que la théorie était que la bataille aérienne devait annihiler rapidement les capacités de riposte iraniennes et ce n’est pas le cas. Deuxièmement, il s’agissait pour Netanyahou de liquider le Hezbollah, qui avait fait de la région sud du Liban un fief armé bombardant régulièrement le nord d’Israël et que les Israéliens comptaient nettoyer. Malheureusement, les Israéliens ont attaqué, puis Trump a dit qu’il ne fallait plus de frappes aériennes, ce qui enlevait grande partie de la suprématie israélienne. Et très très ennuyeux, il y a une nouveauté technologique qui est qu’il y a une parité technologique entre le Hezbollah et Israël, ce sont les drones de bombardement localisés qui ne sont pas brouillables pour l’instant. Et donc cela fait quelques morts, mais pour Israël c’est très grave d’avoir quelques morts. Et s’étant aventurés en territoire libanais, dans une zone qu’ils ne maîtrisent pas, les Israéliens n’avaient que le choix soit de reculer immédiatement, soit de proposer à Trump le contraire, c’est-à-dire d’en finir avec le quartier de Dahiyeh, c’est-à-dire le quartier chiite de Beyrouth, et de nettoyer ce qui reste de forces armées du Hezbollah.

Il semble que Trump ait dit non pour une raison simple, c’est que Trump a négocié avec les Iraniens qu’on garde la circulation du Golfe possible,

Et ceux qui n’en sont pas du tout ravis, ce sont les pays du Golfe, du côté non pas iranien mais du côté arabe, qui considèrent que les Iraniens vont s’arroger un droit exorbitant de contrôle des détroits et finalement de tout le Golfe. Eux, ils sont d’accord avec Netanyahou sur le fait que le vin étant tiré, maintenant il faut le boire, il faut en finir.

En sachant que de toute façon, les attaques sérieuses ne seront que dans un an, parce que de toute façon dans un mois il va faire beaucoup trop chaud pour faire la guerre dans le Golfe, ce que les gens oublient et que pour installer une armée sur la rive iranienne du Golfe, il faut au moins 6 mois à un an de préparatifs. Alors devant ces ennuis majeurs, la position de Netanyahou c’était d’expliquer à Trump qu’on n’a pas l’embarras du choix, il faut en finir au moins avec la force armée du Hezbollah qui est capable de bombarder Israël et qui le fait par missile depuis quasiment 3 mois, et que donc il faut continuer et donc il faut attaquer une partie de Beyrouth qui est le quartier chiite et en finir avec le Hezbollah.

Or, il semble que Trump ait répondu que non, pour une raison relativement simple, c’est que son deal avec les Iraniens, c’est qu’ils continuent à pouvoir faire passer du pétrole, à condition que Netanyahou ne donne pas le coup de grâce au Hezbollah. Et pour couronner le tout, il y a Gaza qui est en stand-by et où les Israéliens démolissent un terroriste du 7 Octobre de temps en temps, mais où il reste une population malheureuse dans des conditions ultra-précaires, sans que les Israéliens ne veuillent mettre suffisamment de monde pour terminer de nettoyer le terrain également.

Donc une situation inachevée à Gaza, une situation d’attaque présomptueuse et précaire dans le Sud-Liban, et finalement une opération de nettoyage de la banlieue chiite de Beyrouth qui est interdite par Trump. Donc tout cela donne une configuration calamiteuse. Et quand la configuration politique est calamiteuse en Israël, les extrémistes de Smotrich et compagnie, c’est-à-dire ceux qui veulent annexer de fait la Cisjordanie, restent une force politique indispensable au gouvernement, et Netanyahou ne peut pas les balayer. Et l’envie ne lui manque pas, contrairement à l’image qu’on lui donne en Occident, car c’est un politicien froid et non pas un extrémiste messianique. Simplement, il n’a pas les moyens pour l’instant de faire l’opération qu’il imaginait au début, qui était on fait la paix avec les pays du Golfe et avec les pays arabes grâce à une opération spectaculaire de nettoyage des extrémistes israéliens, exactement comme Sharon l’avait fait en 2006, en liquidant une douzaine de kibboutz qui existaient avant dans la bande de Gaza.

Et donc voilà maintenant pourquoi tout le monde est bien ennuyé, car pour mener une politique de pression limitée sans escalade, Trump n’est certainement pas la bonne personne pour gérer ce genre de crise. Il ne comprend pas du tout qu’il y ait des fanatiques d’abord, qui ne fassent pas forcément selon leurs intérêts, et puis qu’il y ait également des frappes limitées à faire en proportion de blocages maritimes, etc.

Et donc tout cela peut déraper dans tous les sens extrêmement facilement, parce que c’est géré de façon erratique par un individu qui manifestement n’est pas une garantie de sécurité. Donc voilà une situation extrêmement dangereuse, et si elle aboutit à de nouvelles frappes plus importantes et significatives en Israël, les Israéliens vont être très embêtés parce qu’ils seront obligés de forcer la main de Trump pour une attaque au Liban.

Mais alors justement, est-ce que cette tactique de Trump elle a une certaine logique ? Ou est-ce que c’est un petit peu erratique selon vous, Professeur Cohen ?

Je pense qu’il y avait une chose que n’attendait pas Trump, qui pensait que le régime s’écroulerait sous l’effet de quelques missiles et de quelques avions. Mais ensuite, quand il faut gérer une situation complexe, il est complètement dépassé parce qu’il raisonne de la même façon qu’il raisonnait pour Gaza, cela serait tellement bien que cela devienne la Riviera et qu’on fasse un truc de tourisme, et bien malheureusement la pensée magique heureuse, qui est le fond de sa pensée, malheureusement elle ne peut pas s’appliquer dans la configuration à laquelle il est confronté.

C’est la fin de cette chronique d’actualité. Merci d’avoir été avec nous Jacques Cohen.

Merci à bientôt.

A bientôt, au revoir.

 

 

 

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