Guerre en Iran, quel raisonnement pour le futur président des USA ?

Guerre en Iran, quel raisonnement pour le futur président des USA ?

Avec nous par téléphone, on retrouve le Professeur Jacques Cohen pour sa chronique d’actualité. Bonjour.

Jacques HM Cohen 3/7/2026

sur les ondes de RCF : LIEN https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=700174

Bonjour.

Merci d’être avec nous aujourd’hui pour nous parler de la guerre avec l’Iran. Quel raisonnement pour un futur président des USA, Jacques Cohen ? On pose la question alors même que Donald Trump est encore au pouvoir. Pourquoi cette question ? Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi maintenant ?

Et bien parce que s’il y a des déclarations erratiques de Donald Trump et des comportements qui peuvent également être quelque peu irrationnels, un jour ou l’autre, les intérêts fondamentaux des États-Unis seront regardés d’un autre œil.

Si les USA ne veulent pas devoir abandonner leurs bases du golfe, un jour ou l’autre il leur faudra mener une vraie guerre ( 1975 au large du Vietnam  )  

Après avoir pensé qu’une campagne aérienne brève permettrait de faire s’effondrer le régime iranien, le président des États-Unis se retrouve avec une position beaucoup plus faible, qui est qu’il ne peut pas mener de guerre sérieuse, au moins jusqu’au milieu de l’année prochaine. Et en plus, pour les 6 prochains mois, il fait trop chaud, on ne peut pas faire la guerre avec 50 degrés au sol, etc.

Donc à partir de là, si j’ose dire, il peut amuser la galerie, cela il le fait très très bien. Et d’autre part, il y a le problème avec les Iraniens, c’est un accord sur le fait qu’il reste, j’allais dire un filet, pas seulement un filet, mais qu’il reste des pétroliers sur le Golfe, ce qui intéresse les deux pays, parce qu’il y a de l’argent bien sûr dans cette affaire.

Les Iraniens veulent préserver leurs proxys, c’est-à-dire les Houtis d’un côté, et surtout surtout le Hezbollah de l’autre. Ils étaient arrivés jusqu’à la mer Méditerranée, et puis là maintenant c’est totalement mis en question, avec leur milice libanaise que les Israéliens voudraient liquider.

Pour l’instant, la négociation avec l’Iran et les États-Unis, c’est qu’on gèle la situation, le statu quo, le Liban reste envahi par une milice chiite intégriste iranienne, et on verra plus tard, si j’ose dire, et à mon avis les Israéliens vont devoir se replier parce qu’ils sont dans une situation militaire assez désagréable À se voir interdire de riposter à la guérilla aérienne du Hezbollah, ils n’obtiendront pas forcément la paix totale, mais ils devraient obtenir un gel des combats et des bombardements. Alors, quelle sera la suite ?

D’abord, il faut revenir sur l’effondrement escompté du régime iranien.. À partir du moment où il n’y a pas d’effondrement du régime, ce n’est pas Maduro qu’il a suffi d’exfiltrer, à ce moment-là on ne peut avoir la peau du régime iranien que par une vraie guerre. La vraie guerre, c’est au sol.

Déjà parce qu’il faut contrôler la rive est du Golfe, qu’il faut un corps expéditionnaire au moins de 100 000 hommes pour cela.

Et donc on retombe sur une configuration qu’on connaît, c’est la configuration qui s’est produite pour la guerre en Irak. L’Irak et l’Iran s’étaient d’ailleurs fait la guerre eux aussi l’un contre l’autre, avec à peu près un match nul. Et là, la question, c’est que depuis si le régime de Saddam Hussein s’était relativement facilement écroulé, en cas de guerre sérieuse avec les gardiens de la révolution, et bien il faut prévoir des choses plus longues, plus dures, et avec un matériel maintenant qui permet aux Iraniens d’atteindre Israël, donc Tel-Aviv, et cela c’est une situation beaucoup plus ennuyeuse.

De même, non seulement il faut un corps expéditionnaire, mais il faut redisposer des bases américaines qui sont beaucoup trop près du Golfe. Il faut changer complètement la logistique, donc c’est une affaire au moins au moins de 18 mois.

À partir de là, les Iraniens peuvent avoir comme attitude de considérer qu’ils peuvent pousser l’avantage. Ils peuvent continuer à se moquer de l’affaire de l’uranium, mais ils ne peuvent pas faire cela indéfiniment. Parce que dans le même temps, s’ils durcissent leurs positions, les États-Unis finiront par durcir la leur, c’est-à-dire essentiellement durcir la question financière.

Et pour l’instant, les Iraniens se préoccupent surtout d’améliorer leur capacité balistique, et leur capacité antiaérienne qui a été sérieusement esquintée.

Après, la question qui va se poser pour cette guerre éventuelle, c’est son prix. Du point de vue politique, le coût bénéfice, et c’est quand même ce qui décide.

Abandonner le contrôle de tout le Golfe des deux côtés aux Iraniens, d’abandonner leurs alliés des pays du Golfe, c’est totalement impossible pour les USA ou du moins c’est une défaite colossale qu’aucun président sérieux ne pourra accepter. À ce moment-là, cela veut dire qu’il va falloir payer le prix pour en finir un jour ou l’autre. Avec une question subsidiaire, sera-t-il possible d’en finir rapidement, c’est-à-dire de faire s’effondrer le régime cette fois-ci mais sous une pression militaire, ou faudra-t-il une guerre sérieuse et longue ? D’autant plus que cette guerre, elle va à ce moment-là geler la question du pétrole parce que pour l’instant on fait semblant et il n’y a pas de mines, le détroit d’Ormuz n’est pas sérieusement miné.

Mais le jour où il y a une vraie guerre, cela va quand même bloquer le fonctionnement pendant au moins 6 mois, un an. Donc cela reste un choix quasi inéluctable, sauf si par le plus grand des hasards, si je puis dire, les gardiens de la révolution liquidaient le pouvoir théocratique des mollahs pour en venir à une situation relativement classique d’une dictature militaire qui limite ses ambitions à son pouvoir militaire réel.

Mais malheureusement, comme il y a de l’idéologie là-dedans, ce n’est pas du tout du tout certain. Il y a une chose qui reste encore incertaine là-dessus, c’est qui pourra aider les Iraniens ?

Les Russes un petit peu, mais les Russes ont beaucoup de misère et donc ils ne peuvent le faire que si les moyens leur en sont donnés par les Chinois, parce que la question est là.

Est-ce que la Chine va faire monter le prix de l’armement en Iran et donc le prix des bombes éventuelles ou pas. Ils ont deux attitudes totalement opposées qui sont possibles. L’une, c’est justement de s’en faire un front de la guerre, en quelque sorte, de leur confrontation avec les USA. Et l’autre, c’est de faire le contraire, c’est-à-dire de dire nous sommes maintenant les faiseurs de paix. Nous, on est pour le commerce, c’est nous qui garantissons la paix. Avec les conséquences politiques également, c’est que s’ils contrôleront le commerce, et bien ils contrôleront aussi le fait que les États-Unis et les autres pays européens ne pourront plus s’amuser à leur faire des droits de douane dans tous les sens, n’importe quand, n’importe comment.

Donc les Chinois ont finalement une carte non seulement importante, mais un choix important à moyen terme. Parce que quand on va avoir la perspective d’une guerre beaucoup plus chère, si j’ose dire, les Européens vont faire comme la dernière fois sur l’histoire du nucléaire, c’est-à-dire qu’ils vont essayer de marchander et d’obtenir que l’Iran soit contenu, ne se passe pas trop de choses, mais que le régime fondamentalement ne bouge pas et que les approvisionnements des Européens ne soient pas perturbés.

Et les États-Unis, donc je vous l’ai dit, pour des raisons géopolitiques, ne peuvent pas considérer que cela soit une position suffisante, il faut un « containment », si je puis dire, de l’Iran qui soit suffisant pour les ramener en puissance régionale et qu’ils ne contrôlent plus le Liban, la Syrie et l’Irak, ce qui vassalisent quasiment plus les pays du Golfe.

Donc les États-Unis vont devoir à ce moment-là payer très cher, parce que c’est une guerre sérieuse, et ils vont aussi avoir comme attitude d’obliger les Européens à payer.

Comme pression possible de la part des États-Unis, Il y a la question de l’Ukraine et de l’OTAN, à savoir si les États-Unis pourront dire « si vous ne nous aidez pas pour liquider cette question du Golfe, et bien vous démerderez tous seuls, si je puis dire, pour la question de l’Ukraine. «  Et on laisse Vladimir arriver à Lvov, enfin Lviv de nos jours ». Tout cela reste pas mal incertain, mais il y a quand même des fondamentaux.

Il nous faudra une intervention militaire suffisante pour faire s’effondrer cette fois-ci sérieusement le régime iranien. Il faudra une guerre au sol et une guerre lourde ou alors il y aura une débâcle américaine colossale, Au vu de laquelle l’Afghanistan ne serait qu’une bricole et cela serait au minimum l’impact du Vietnam, voire plus.

Et tout cela pour le savoir Professeur et bien il faudra suivre l’actualité internationale bien évidemment au fil des jours et au fil des semaines. Merci d’avoir été avec nous dans le magazine régional tout au long de cette saison. Plus d’actualités sur votre blog jhmcohen.com, que vous tiendrez sûrement un jour également pendant l’été.

Exactement. À très bientôt, merci et bonnes vacances.

Vietnam

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