Netanyahou, le maillon faible du château de cartes.

Netanyahou, le maillon faible du château de cartes.

Pour la chronique d’actualité, on retrouve avec nous par téléphone le Professeur Jacques Cohen. Professeur, bonjour.

JHM Cohen le 19 juin 2026

Sur les ondes de RCF.

LIEN:

 « https://www.rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=696133 »

Bonjour.

Merci d’être avec nous pour votre chronique d’actualité consacrée à Netanyahou, le maillon faible du château de cartes. Que voulez-vous dire par là, Professeur ?

Et bien, Netanyahou est, contrairement à la légende dont il est affublé en Europe et surtout en France, est un politicien froid et méthodique, et il se retrouve bien involontairement dans une situation d’avoir pris des risques et de représenter le maillon faible du château de cartes du Moyen-Orient.

Alors pourquoi le château de cartes ? Parce qu’en fait tout repose sur une tactique qui s’avère impossible à développer maintenant, qui consistait à en finir avec le Hezbollah au Liban, restaurer donc une souveraineté du Liban, et avoir enfin une paix et la restauration de cet État. Alors cela ne marche pas, cela ne marche pas

Les châteaux de cartes sont un équilibre précaire…

Parce que Trump dans la négociation de paix entre guillemets qu’il a choisi, a choisi également de laisser le Hezbollah survivre au Liban, et lui il va continuer à pourrir la vie d’une bonne partie de la population.

Alors le Hezbollah n’est pas du tout apprécié, y compris chez les chiites libanais, mais c’est une organisation terroriste totalitaire, et il a les moyens de réduire au silence ses adversaires, sauf si les Israéliens s’y opposaient mais manifestement cela ne sera pas le cas.

Alors en plus militairement les Israéliens sont dans une position désagréable, qui est que pour la première fois le Hezbollah a une parité technologique avec les drones à fil et probablement aussi bientôt les drones autonomes avec reconnaissance d’images, qui seront absolument imbrouillables. Et tout cela est très très désagréable pour Netanyahou, parce que donc les Iraniens ont gardé la possibilité quasiment sans préavis de bombarder en Israël, soit via le Liban soit directement, et dans le même temps le crédit international d’Israël se dégrade par les dégâts que crée la guerre, et il y a aussi bien sûr à poser le problème de l‘évolution centrifuge de la société israélienne. Il y a des abrutis messianiques qui veulent chasser les arabes de Cisjordanie par la force et par des actions terroristes et la police israélienne regarde à côté parce qu’elle est contrôlée par Bezalel Smotrich qui est le représentant d’un parti qui est indispensable à la coalition de Netanyahou, alors qu’il est un repoussoir épouvantable pour l’image d’Israël en dehors de ses frontières.

D’ailleurs quand il est allé faire le clown sur la « flottille pour Gaza » pour une fois Netanyahou a perdu son sang-froid en expliquant clairement que c’était totalement déraisonnable et stupide, et que le réseau diplomatique israélien ne le couvrirait pas, et cela annoncerait que le gouvernement israélien est contre ce genre de choses.

Et c’est très important parce que la société israélienne est déjà traversée par des choses très désagréables. D’abord, il y a les Haredims, les craignants de Dieu, c’est-à-dire les corbeaux, l’équivalent des mollahs là-bas, qui interdisent toute circulation pendant le Shabbat, qui jettent des cailloux, et des gros cailloux, y compris sur des religieuses chrétiennes, ou qui démolissent des statues, la fureur de Netanyahou d’ailleurs, et tout cela fait quand même une bonne fraction de la population qui est non négligeable.

Alors non seulement ils s’empêchent la circulation automobile, mais ils refusent ouvertement les vaccinations, parce qu’il ne faut pas contrarier la bonne providence divine, etc, etc. Ils sont une plaie pour donc les laïcs, et là aussi lesquels ne demandent pas mieux que de les mettre au pas, puisque n’oubliez pas que ces types ont obtenu que le fait de lire la Torah équivalait à faire son service et à ne pas risquer se faire flinguer, donc les laïcs sont absolument furieux là-dessus.

Et le système israélien étant basé sur une proportionnelle intégrale, de fil en aiguille Netanyahou qui pensait qu’avec une victoire sur l’Iran il pourrait gagner des élections et en finir avec ces abrutis, se retrouve complètement coincé.

Or, pour une paix réelle dans la région c’est l’accord avec l’Arabie Saoudite qui est la seule solution, puis qui est d’ailleurs sans grande difficulté, si les Israéliens pouvaient balayer ces soi-disant colons et créer une zone d’échange économique tout à fait satisfaisante. Malheureusement, il faut bien rappeler d’ailleurs que c’est ce qu’avait fait Sharon en 2006, c’est-à-dire qu’il avait liquidé les kibboutz de Gaza pour montrer la bonne volonté de rendre Gaza aux Palestiniens, on sait ce qui en etait advenu plus tard. Avec l’effondrement des accords d’Oslo.

Et donc la politique de Netanyahou tombe comme un cheveu sur la soupe, et il n’a pas les moyens politiques de mettre au pas ces excités, ni de mettre au pas les craignants de Dieu, les Haredim, c’est-à-dire ces corbeaux équivalents aux ayatollahs d’Iran.

Alors, combien de temps tout cela va-t-il durer ? Trump est un remarquable communicant. Il a réussi à faire passer comme une victoire, un recul considérable, qui rend furieux d’ailleurs les pays du Golfe, qui eux considèrent que maintenant que les choses sont engagées, il faut en finir. Mais ce que les pays du Golfe ont du mal à comprendre, c’est que pour en finir il faut mettre des bottes au sol, il faut avoir des troupes sur la rive iranienne du Golfe, et cela c’est une guerre qui demande un an de préparation et qui équivaut en gros à la guerre qui a été menée autrefois contre l’Irak.

Alors ce qui n’est pas certain, c’est d’abord qui sera président des États-Unis après Trump, et quelle politique choisira-t-il ? Est-ce qu’il choisit de garder ce qui va se passer en marchandage perpétuel avec les Iraniens, de leur redonner du crédit financier, de laisser également les stocks d’uranium et puis les programmes nucléaires en douce en Iran, etc, etc. Ou bien s’agit-il simplement d’attendre que tout soit prêt pour refaire la guerre du Golfe en plus gros, laquelle est chère et coûteuse. Les Européens se sont très mouillés dans les accords précédents pour essayer d’éviter cela et d’obtenir un modus vivendi que les Iraniens n’ont pas respecté, du temps où ils étaient une théocratie. Là maintenant, c’est plus compliqué parce que les éliminations ciblées paradoxalement sur le régime des mollahs ont laissé quasiment un régime militaire, j’allais dire quasiment agnostique et donc beaucoup plus classique.

Est-ce qu’ils seront réalistes et géreront pour leurs intérêts ou bien est-ce qu’ils vont continuer, soit à faire des choses déraisonnables, soit à penser que le rapport de force leur est favorable pour un bout de temps, qu’avec un petit peu de chance le président suivant des États-Unis entérinera le recul absolu de l’Amérique dans le Golfe, et qu’ils vont donc redevenir une puissance majeure qui atteint la Méditerranée grâce à ses proxys au Liban et accessoirement qui contrôlent la mer Rouge par les autres proxys et les Houthis.

Donc on ne sait pas exactement, mais ce qui paraît probable c’est que la situation va durer dans un espèce de clair-obscur pendant 6 mois-un an, et puis après on verra ce que choisit le nouveau président des États-Unis.

Et bien merci, Professeur Jacques Cohen, de nous avoir éclairés dans cette chronique d’actualité. Et comme vous l’avez dit affaire à suivre parce que vous avez parlé de beaucoup d’acteurs, présenté beaucoup de facteurs, Professeur. Plus d’informations sur votre blog, jhmcohen.com.

Merci, à bientôt.

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