Covid-19: traînée, rebond, foyers ou plus rien ?

JHMCOHEN 13/05/2020

Pour prédire l’évolution de l’épidémie COVID-19, nous ne disposons que de peu de données. Les épidémies précédentes de virus respiratoires sont de peu de secours. Il en est de même de l’histoire naturelle des autres coronavirus humains. Les autres SARS et MESR n’ayant pas non plus le ratio mortalité/ contagiosité du Sars-Cov-2 ne sont pas des antécédents décisifs. Fondamentalement, le Sars-Cov-2 entré par effraction récemment dans notre espèce y est instable. Il peut disparaître tout seul, comme nous empoisonner l’existence pendant 2 ou 3 ans.

 

 

Seuls les Diafoirus numériques, pétris de certitudes et de préjugés systématiquement catastrophistes ont une opinion bien tranchée. Comme lors des épisodes précédents du feuilleton Covid-19 où l’on doit rappeler leurs erreurs répétées: lors de la mise en place du confinement en Chine, la condescendance générale vis-à-vis de mesures moyen-âgeuses qui ne pouvaient pas marcher, était appuyée sur la démonstration mathématique implacable que ces mesures ne feraient que retarder la diffusion l’épidémie d’une dizaine de jours. La prédiction suivante des épidémiologistes « exponentialistes » a porté sur l’échelle des pics épidémiques, pour annoncer comme l’ineffable N Ferguson de l’Imperial College à Londres, 500 000 à 800 000 morts en France et le même poids au Royaume Uni. Démentis par les faits, ils ont retordu leurs courbes pour expliquer à combien de morts nous avions échappé grâce bien sûr aux mesures qu’ils avaient préconisées. De 60 000 à 120 000 « morts en moins » en oubliant prudemment leurs prévisions initiales de hauteur de pic. Leur dernière prophétie porte sur la seconde vague annoncée pour septembre et prévue à 84 000 morts…

De quels éléments dispose-t -on en fait pour tenter de prévoir ce qui va se passer ? De ce qui est déjà survenu depuis le début de l’épidémie. Ce qui est assez solide. Des analogies avec les coronavirus infectant notre espèce de longue date. Ce qui est déjà bien plus précaire. De l’histoire de pandémies d’autres virus respiratoires de contagiosité comparable. Ce qui est totalement hypothétique.

Les particularités du Sars-Cov-2.

La première est son extraordinaire sélectivité en matière de mortalité. Celle-ci l’étale sur 3 log 10 selon l’âge et les facteurs de risque. Ce n’est le cas d’aucun autre virus, dont la sélectivité ne  dépasse jamais un facteur 10.  Les coronavirus humains partagent en partie cette propriété, par leur bénignité en dehors des déficits immunitaires et des grands vieillards, mais avec y compris dans ces catégories une mortalité bien plus faible. On peut leur attribuer lors des années d’épidémie hivernale de 100 à 500 morts en France.

La seconde est la grande sensibilité de sa diffusion aux mesures humaines barrières. Du moins pendant la phase sporadique pré-épidémique. La troisième est que le pic épidémique lui même dépend du niveau de réduction ou d’amplification assuré à l’issue de la  phase pré-épidémique. Mais ensuite l’emballement épidémique, ne dépend dans son ampleur et sa durée que du bon vouloir du virus. D’où des pics très restreints quand  les mesures humaines ont écrasé le virus dans sa phase précédente, voire même pas d’épidémie du tout. Ou au contraire, des pics à front raide spectaculaire lorsque le « tour de chauffe » du virus lui a assuré une masse critique avant son emballement.

Le pic épidémique cesse bien avant l’immunité d’éradication au sein du troupeau et bute sur un plafond de verre autour de 1200 morts par million d’habitants ( M/h ). Mais le pic épidémique peut culminer à dix fois moins.

La comparaison des différents pays montre qu’à ce stade les jeux sont faits de la Suède aux USA et que la durée du pic épidémique est ensuite identique. Ce qui ne préjuge pas de la durée de la traînée de décroissance épidémique ni de rebonds éventuels. Ni de la circulation virale résiduelle.

La diffusion virale post-épidémique, semble reprendre son caractère pré-épidémique d’extrême sensibilité aux mesures et comportements humains.

A Wuhan à nouveau..

A Wuhan, malgré les prédictions des épidémiologistes numérologues chinois, la traînée fut brève et de faible niveau du fait d’une politique d’éradication rigoureuse. Il n’y a pas eu de rebonds. Et le premier foyer de résurgence est survenu après 35 jours d’intervalle libre sans aucun cas.

wuhan asymptomatiques

Modélisation de l’épidémie apparente et inapparente de Wuhan assortie de prédictions bien plus incertaines de seconde vague. Le criblage de toute la population prévu cette semaine donnera la réponse à partir de l’échelle de la circulation silencieuse du virus

Il  a été dépisté très vite avec seulement 10 personnes contaminées alentour des 2 cas. Des mesures strictes ont été décidées, non seulement d’exérèse du foyer et de limogeage du responsable local ( qui là-bas a assez peu de chance de rejoindre l’inspection générale des affaires sociales….). Mais le choix a surtout été fait du test généralisé de toute la population ( 11 Mh ) en 10 jours pour éradiquer une circulation virale souterraine.  Un autre foyer, sans doute d’importation, de quelques cas dans une ville de 600 000 âmes dans le nord-est de la Chine a conduit à la mise en quarantaine de cette ville et à son bouclage.

Près de chez nous

Dans les pays de moindre exérèse des porteurs en phase descendante d’épidémie, la pente de descente de celle-ci est nettement plus lente. C’est le cas en Italie pour la Lombardie par exemple, qui devrait repasser sous les 100 nouveaux cas par jour en fin de cette semaine seulement. Comme l’épidémie a en Lombardie 2 semaines d’avance sur la notre, on peut mesurer la précocité présomptueuse de notre déconfinement.

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Courbe iranienne. Noter le rebond correspondant au début du Ramadan

Cette phase peut être émaillée de rebonds, selon le comportement social. Un effet du début du Ramadan est très net en Iran, mais peut aussi se repérer dans les courbes de pays occidentaux, en Belgique par exemple.

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Courbe Belge. Un des pics les plus hauts. avec un rebond dont l’échelle semble significative mais limitée hors de celle d’une seconde vague.

L’analyse de la situation française est rendue malaisée par plusieurs facteurs, dont l’un est à la limite de l’obstruction délibérée: le nombre de nouveau cas diagnostiqués par jour et par département ou agglomération n’est pas donné par le ministère de la santé qui ne fournit qu’une globalisation nationale ou des chiffres par Grande Région sans intérêt. Il n’en était pas de même au début de l’épidémie, ce qui montre que ce n’est pas une impossibilité technique. De même les remontées d’informations sont chez nous largement plus chaotiques que dans les autres pays, émaillées de retards lors des ponts et de rectifications discrètes comme hier 12 mai. Le résultat est visible à l’oeil nu.

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Courbe française. Dont on peut apprécier la qualité…. à noter le pic du 31 mars, sans doute lié aux élections municipales du 15 mars

Les autres facteurs  de confusion, sont notre petit nombre de tests viraux sans sondages de population, et l’absence d’étude rétrospective de l’épidémie par sondage sérologique. Nous savons donc tout juste que la circulation virale n’est restée significativement élevée qu’à Paris et en banlieue Nord.

Et que de petits foyers cliniques sont perceptibles ici ou là. On peut remarquer dans le cas de Lannion que celui-ci n’a été décelé autour de quelques malades qu’au stade de 46 porteurs malades et soignants. Cela témoigne d’une vitesse de détection et d’un réactivité insuffisantes. Peu de jours de retard de plus n’auraient pas laissé d’autre choix que le bouclage de la ville.

«  » la force d’une armée, comme la quantité de mouvement dans la mécanique, s’évalue par la masse multipliée par la vitesse » »  Napoléon

Il est donc essentiel de pratiquer une politique interventionniste agressive si nous voulons éradiquer la circulation virale, sans s’en remettre pour cela au virus. Qui pourrait en effet prendre des vacances et un caractère saisonnier si nous n’en profitons pas pour l’enterrer profondément. Plutôt qu’un demi-confinement indistinct ou presque, des mesures ciblées et localisées pourraient être bien plus sévères par endroit et bien moindre déjà là où il n’y a plus de circulation virale. Qui est en fait le paramètre essentiel et même unique.

Si la circulation virale disparaît après le pic, le soleil brillera plus fort et l’épidémie ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Mais s’il persiste une circulation à bas bruit, les mesures devront être adaptées à la reprise de l’activité économique d’une part, à la définition des échanges internationaux indispensables, acceptables, ou à reporter. Sur ce dernier point, la réouverture des frontières aux ressortissants européens sans l’assortir ni de quarantaine ni de test et à l’évidence trop précoce puisque nos voisins n’en font pas autant à notre égard. A l’exception notable du Royaume Uni dont les dirigeants après avoir quitté l’Europe pour éviter la libre circulation des personnes préconisent par l’ouverture réciproque des frontières franco-britanniques, une libre circulation des virus. Ce qui montre que nous n’avons pas le monopole des incohérences au nom du maintien de l’activité économique.

Concernant l’activité économique, devant l’insuffisance de nos tests virologiques, réservés aux suspicions cliniques sans rechercher le reste de l’iceberg asymptomatique, il est inévitable si la circulation virale persiste, que les entreprises, après avoir géré leurs achats de masques et équipements, se rebiffent et gèrent elles mêmes leurs dépistages antigéniques réguliers, comme d’anticorps une fois pour toute après l’épidémie, ces derniers paraissant finalement à partir de 6 semaines plus fiables et plus protecteurs qu’envisagé initialement.

 

 

 

 

 

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