Quelques bizarreries du SARS-CoV-2

Chronique du 02 octobre 2020

Sur les ondes de RCF:  lien audio

Pour la chronique d’actualité, on a le plaisir de retrouver avec nous par téléphone, JC, professeur bonjour.

Bonjour Alexis.

JC, on va s’intéresser une nouvelle fois au SARS-CoV-2, au coronavirus, au Covid-19 et à ses bizarreries, aujourd’hui, qu’est-ce que vous entendez par-là, d’abord, professeur, les bizarreries du Covid-19 ? C’est quoi cette histoire ?

On peut relever plusieurs éléments inhabituels dans le comportement de ce virus, et le déroulement de cette épidémie. J’ai pensé qu’aujourd’hui ce serait une bonne chose que de les pointer pour rappeler qu’il y a des choses insolites et la plupart du temps mal comprises.

Le premier élément en la matière, c’est la question de la transmission !

On a une étude indienne considérable qui vient de sortir qui montre que 80 % des transmissions, des contaminations, sont assurées par 5 % des porteurs. C’est-à-dire qu’il y a bien des supers contaminants, mais qu’ils ne sont pas anecdotiques. Compte tenu de la contagiosité du virus, l’épidémie n’est portée que par les supers contaminants, sinon l’épidémie s’éteindrait très vite, et on ne sait ni ce qui détermine les supers contaminants, ni les détecter, ce serait donc 2 éléments très importants pour la lutte contre cette maladie.

Le deuxième élément sur la transmission, c’est la susceptibilité !

Il semble que la susceptibilité soit variable et qu’il existe peut-être une fraction de la population qui soit réfractaire. Ce n’est pas forcément en noir et blanc, cela peut être en susceptibilité plus ou moins importante, mais c’est un paramètre qu’il faut enregistrer, qu’il va falloir creuser, parce que la question de l’immunité de cohorte, l’immunité du troupeau, ne colle pas pour expliquer la fin des pics et pour tout un tas d’autres raisons qu’on ne détaillera malheureusement pas aujourd’hui, vu le temps qui nous est imparti, mais que l’on reprendra un jour ou l’autre. Il est plausible qu’il y ait une partie non négligeable de la population qui ne puisse pas attraper le virus. Il ne faut surtout pas en conclure que ceux qui ne l’ont pas encore attrapé ne l’auront jamais et qu’ils peuvent faire n’importe quoi, c’est complètement faux, mais c’est un paramètre qu’il faudrait prendre en compte.

Parmi ces bizarreries de l’épidémie, JC, justement on fait le lien avec ces sous-catégories de la transmission et une autre bizarrerie, ce sont les pics et les vagues, c’est quelque chose d’assez inhabituel.

grippe 1918 3 Vagues

Représentation habituelle de la grippe de 1918 – 1919 en 3 vagues. Ce qui néglige un peu les détails que l’on retrouve sur la figure suivante….

Spanish-Flu-mortality-from-the-1918-and-1919-influenza-pandemic-Source-National-Museum

Les résurgences, épaulements, rebonds sont ici plus visibles…..

Pas totalement inhabituel, parce que finalement la grippe de 1918 avait un comportement également avec des vagues, mais aussi avec des bosses, des rebonds, des faux plats. C’est inhabituel, mais ce n’est pas une nouveauté.

En effet, la deuxième vague, peut être faite de vagues extrêmement différentes, avec des vagues déferlantes, des vagues ondulantes ou croissantes, avec de petites bosses… Là on constate que ce virus a une sensibilité extrême, soit aux mesures humaines qui sont prises contre lui, soit aux interférences extérieures. On a vu par exemple, que la circulation virale se réveillait dans l’Est fin juillet, début août et cela n’a pas conduit à ce que soit la région où il y a les premiers pics. On voit des pics qui ont une encoche, c’est-à-dire dont la montée régulière est interrompue, on ne peut pas encore prédire si cette montée va reprendre illico ou si cela va se casser la figure. Et là je pense qu’il est déraisonnable de dire que comme les choses vont un peu mieux à Marseille, ce n’est pas la peine de prendre quelque mesure que ce soit. De toute façon on prend toujours des mesures en retard.

D’ailleurs, JC, je me permets de rajouter cette information pour nos auditeurs, cela va aussi un peu mieux à Reims, on l’a appris avec les chiffres de l’ARS qui ont été publiés ce jeudi soir.

Oui, alors je ne suis pas du tout persuadé que ce soit les mesures prises, puisqu’elles sont prises avec 2-3 semaines de retard et que ce sont généralement des mesurettes, mais par exemple, c’est la saison des rhinos chez les enfants, on le voit bien. Justement, on se précipite pour essayer de voir s’ils ont le Covid ou pas, mais ils ont la plupart du temps des rhinos banales et ces virus des rhinos banales sont peut-être capables de barrer le chemin au SARS-CoV-2. Le SARS-CoV-2 induit peu d’interféron et en cas de compétition avec un autre virus, j’allais dire plus courant comme comportement, c’est l’autre qui gagne. On ne sait pas si c’est d’une ampleur qui va écraser un peu le pic ou si c’est juste un épiphénomène temporaire. Mais indiscutablement la courbe est irrégulière.

La dernière bizarrerie qu’on aura le temps de voir aujourd’hui ce sont les mesures françaises ! Parce que les mesures prises sont surréalistes, elles ont en commun d’être très en retard et d’être focalisées sur des choses minuscules, des mesurettes concernant les bars ou les restaurants, etc… quand on les compare à ce qui se passe à côté de chez nous.

Chez les bons élèves cette fois-ci, c’est-à-dire en Italie et l’Espagne où les choses se sont mal passées à la première vague, les gens en ont tiré les leçons. En Italie, par exemple, les transports publics sont réduits à 50 % voire 20 % de leurs capacités, alors que chez nous il n’y a pas un seul train qui soit annulé et il n’y a pas de restriction de circulation, tandis qu’en Espagne c’est la solution qui a été tenue, c’est la solution des bouclages. Il y a eu un pic à Lérida, la ville a été bouclée et le pic a pu être contenu. Actuellement, après un bouclage de la moitié sud de Madrid, on a un bouclage total de la ville qui représente à peu près la moitié de l’épidémie en Espagne avec des interdictions de circulation. C’est pour une épidémie hétérogène, de loin la mesure la plus efficace et, si j’ose dire, on n’en entend même pas parler au sens d’envisager qu’on pourrait peut-être faire ce genre de choses, parce que nous aussi nous avons une épidémie, qui est à la fois diffuse d’une marée montante lente et des zones de pics. A Paris, le frémissement de ralentissement n’est guère sensible, on est parti pour un pic relativement important. Sauf nouvelles surprises, puisque ce virus a un comportement, comme je vous ai dit, bizarre.

JC, pour le virus qui a un comportement bizarre, on ne pourra pas y faire grand-chose, on ne peut que s’adapter, mais pour les bizarreries, notamment les dernières que vous soulignez, les mesures françaises surréalistes, est-ce que l’on peut peut-être reprendre un chemin un peu plus concret selon vous ?

C’est toujours le problème quand on a quitté le chemin de savoir quand le reprendra-t-on et si on le reprendra? Il y a manifestement une volonté politique de ne prendre que des mesurettes qui ne perturbent pas trop l’économie. Ce n’est pas forcément quelque chose de très réaliste si l’épidémie monte. Alors, si l’épidémie retombe toute seule, les pouvoirs publics diront, « on vous l’avait bien dit, ce sont nos mesures », alors que ces mesures sont ridicules, mais si elle ne retombe pas toute seule, le virus fera à nouveau ce qu’il veut.

Merci, professeur JC de nous avoir éclairés sur les bizarreries du SARS-CoV-2, on se retrouve très prochainement et on invite nos auditeurs à vous retrouver et à retrouver toute l’actualité sur ce Covid-19 sur votre blog, JHMCOHEN.

jhmcohen.com, c’est effectivement là où on peut les retrouver et je n’ai traité aujourd’hui que quelques bizarreries. Il y en a bien d’autres, et même celles-ci vont demander des développements plus détaillés un de ces jours. À très bientôt.

À bientôt.

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