Covid-19: traînée, rebond, plateau : la fantaisie du virus

Chronique du 18 décembre 2020

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2538828

Jacques COHEN bonjour.

Bonjour.

Et vous voulez nous parler aujourd’hui de l’épidémie de Covid-19, évidemment JC, l’épidémie de Covid-19, où en est-on ? Qu’est-ce qu’il se passe aujourd’hui JC ?

On entend beaucoup parler de troisième vague, mais on devrait d’abord analyser ce qu’il se passe actuellement.

Ce qu’il se passe actuellement, c’est le problème de la traînée, le problème des rebonds et le risque d’un plateau. On constate que la décroissance du pic s’est arrêtée, et ceci de façon hétérogène, on va y revenir. Hétérogène, parce que ce n’est pas la même chose selon les endroits. Les endroits qui ont eu un pic important la première fois, ont un pic beaucoup plus bas et de formes émoussées, une bosse si vous voulez. À l’inverse même, dans des endroits où il y a pas eu un pic élevé en première vague, il y a eu un pic élevé la seconde fois . Enfin, certaines régions redescendent rapidement, d’autres marquent le pas.

Alors il peut y avoir plusieurs explications !

On peut avoir une première explication qui est la diffusion, parce que le virus, cette fois, fait le tour, il visite les recoins, y compris en territoire rural et cela prend un certain temps, donc on peut avoir un décalage temporel pour expliquer cet arrêt de descente, c’est une première explication.

La deuxième explication c’est que pour visiter les EPHAD, si je puis dire, cela prend du temps, parce que le virus ne rentre pas automatiquement. Il y a une certaine résistance et quand il rentre, là, il fait des dégâts . Parce qu’un EPHAD c’est un milieu de culture virale idéale.

Enfin il peut y avoir des éléments qui sont liés à la cinétique générale du virus, c’est ce que j’appelle la fantaisie du virus. On a vu que sa vague automnale s’est produite partout dans l’hémisphère nord à peu près en même temps et nous ne savons pas si nous avons affaire aux prémices de quelque chose de type 3ème vague, on en reparlera, ou si en fait on est dans la gestion de la seconde.

Parmi les évolutions, il y a la traînée, c’est-à-dire que le pic n’est pas symétrique – c’est toujours le cas – il met plus de temps à redescendre qu’à monter. Il y a les rebonds, et dans les épidémies historiques, cela a toujours été le cas. Et les rebonds ont même été en 1918-1919 variables selon les pays. Là, il est tout à fait logique qu’on ait des rebonds, et un risque, c’est le plateau. Le plateau, c’est un phénomène qu’on a vu en Iran pour commencer, qu’on voit aussi en Russie qui est qu’au lieu de redescendre, on reste à un niveau d’activité importante, ce qui a l’avantage ne pas saturer les réas, mais l’inconvénient majeur de durer, j’allais dire des siècles, il ne faut pas exagérer, mais de durer longtemps. Le plateau est un risque finalement plus important qu’il n’y parait, c’est un peu l’équilibre entre la fin du pic et ce que je préfère appeler la troisième mi-temps plutôt que la 3ème vague.

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hospitalisations en France. Apparition d’un plateau ou d’un rebond ? A noter que globalement les deux pics sont de la même importance.

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hospitalisations à Mulhouse. On note l’ampleur du premier pic et la lente montée du second, bien plus modeste

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Hospitalisations dans l’Allier, département épargné par la première vague. La seconde vague, plus importante,  y a bien deux composantes.

Actuellement, nous ne savons pas non plus ce que sera l’évolution du virus, ni celle de la pandémie. Ni si ces évolutions sont en quoi que ce soit affectées par les mesures qu’on a prises. Parce que autant on peut voir qu’en Asie les mesures radicales sont efficaces, autant les mesures molles et variables, je dirais hétéroclites, ce qui fait que nous avons eu un confinement, mais en gardant les transports en commun, etc.- je ne détaille pas maintenant – toutes ces mesures j’allais dire molles n’ont à mon avis pas grande influence sur la diffusion du virus et l’évolution de l’épidémie.

Ce qui a de l’influence ce sont les mauvaises habitudes, c’est-à-dire les réunions de famille venant d’un peu partout. Cela est tout à fait calamiteux et catastrophique et il y a toute chance que cela se reproduise à nouveau durant les fêtes de fin d’années. Je crois qu’il faut marteler, que nous devrions mettre en place du testing massif avec des tests à la fois pour de très grandes séries et des tests individuels pour faire des barrières à l’entrée d’une entreprise ou d’une table de Noël, et que tant que nous ne sommes pas capables de faire du testing important, nos mesures ont un impact qu’on dira relatif, voir symbolique. Quand on recherche la différence entre les pays qui font des choses un peu différentes dont la constance est d’être molle et fragile, et bien on voit que les résultats sont à peu près les mêmes.

JC, il y a-t-il quand même quelques raisons d’être optimiste, malgré ce que vous nous dites ?

Oui, d’abord parce que comme je vous ai dit, le fait que l’immunité de barrière soit acquise cela ne veut pas dire l’éradication du virus, mais cela veut dire la disparition des pics aigus pour un moment.

Deuxième élément positif, on meurt moins. Que ce soit les progrès des traitements, dans le savoir-faire ou que ce soit le virus lui-même, la mortalité a diminué quasiment de moitié. C’est donc très important et historiquement les épidémies se terminent souvent comme cela avec une mortalité qui descend considérablement, on n’est pas encore au plancher, mais c’est quand même un élément tout à fait positif. C’est pour cela que les nombres de patients en réanimation ne sont pas informatifs en ce moment, tandis que le nombre des hospitalisés reste à mon avis le meilleur paramètre (comme stock d’hospitalisés) pour l’instant. C’est déjà une bonne nouvelle également, mais on va arrêter les bonnes nouvelles pour l’instant, on va voir si vous avez d’autres questions.

JC, j’allais dire vous savez c’est la dernière fois que l’on vous retrouve en 2020 sur notre antenne. Cela veut dire qu’il va y avoir les fêtes de fin d’années, vous nous annoncez des nouvelles optimistes, mais malgré tout il ne faut peut-être pas relâcher la vigilance pendant cette période de fête et peut-être qu’en tant que professeur de médecine vous avez quelque consignes à donner à nous auditeurs ?

Absolument. Si vous n’êtes pas capable de rester chacun dans votre coin sans rencontrer la famille, et bien il faut tester. Il faut tester massivement, il faut tester tout le monde 2 jours avant la fête et de façon à avoir le résultat, et par un test sensible. Sur les gens asymptomatiques, les tests antigéniques n’ont pas un bon rendement, c’est peut-être plus facile d’aller à la pharmacie et de faire un test clic-clac en 3 minutes, mais il est beaucoup plus sûr d’avoir un test génomique. On peut regretter que les tests génomiques sensibles ne soient pour l’instant pas disponibles en pharmacie ou de façon décentralisée, voire en autotest, j’espère que cela finira par arriver, malheureusement ce ne sera pas pour Noël. Faites-vous tester et limitez au maximum le nombre de personnes dans les fêtes de fin d’années.

Et peut-être que lorsque l’on vous retrouvera en 2021, la campagne de vaccination sera lancée en France, à voir ce qu’il va se passer dans les prochains jours Jacques.

De toute façon, la campagne de vaccination  estinitialement très symbolique comme échelle et ne concernera à juste titre que des gens âgés à fort risque.

Vacciner le personnel de santé, c’est assez ambigu au point de vue éthique, parce que la plupart du temps il s’agit de gens jeunes qui n’ont pas grand risques individuels et qui n’ont donc pas non plus de grands bénéfices individuels si ce n’est que de pouvoir aller travailler. Donc c’est surtout sur les personnes âgées à fort risque, que l’essai de vaccination va débuter, si tant est qu’il n’y ait pas un taux d’incident qui fasse mettre un bémol en attendant les vaccins suivants. Mais de toute façon, sur les vaccins prévus ARN et sur les échelles de vaccinations prévues, il ne faut pas compter un effet sur l’épidémie avant l’été 2021.

Et bien Merci JC de nous avoir éclairées tout au long de l’année 2020, il y a un an on parlait de ce Coronavirus qui arrivait en Chine, un an après on continue d’en parler et il sera certainement encore d’actualité en 2021. De très belles fêtes de fin d’années Jacques COHEN, prenez soin de vous et de vos proches, profitez le mieux que vous puissiez dans ces conditions et on vous dit à l’année prochaine.

À l’année prochaine et bonnes fêtes à tous.

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