Covid19. Les différentes politiques de tests de masse.

Chronique du 29 décembre 2020

Jacques Cohen fait le point sur la pandémie

JHM COHEN 29 112 2020

Avec nous aujourd’hui, Jacques COHEN. JC bonjour.

Bonjour.

Alors il est vrai que dans l’actualité, bien sûr, on a vu qu’un certain nombre de tests  massifs, était lancé dans le département des Ardennes, on arrive pratiquement au terme de cette série de tests. Quel est votre sentiment JC ?

Et bien, on a eu des tests faits à Charleville-Mézières et au Havre, en quelque sorte pour tester la faisabilité d’un dépistage massif dans les conditions françaises. Et les résultats sont assez mitigés, assez négatifs. Il convient d’abord de rappeler qu’il y a trois sortes de tests de dépistage massif, il y a les tests d’éradication proprement dits, c’est-à-dire s’efforçant de faire disparaitre le virus, ce que les Chinois ont fait à Wuhan. Après la retombée du pic quand il reste peu de circulation virale, on écrase celle-ci par un test massif de toute la population. Alors, on peut le faire à l’échelle d’une ville, d’un département, etc. Il faut réunir des capacités de tests importantes et le faire en 4 ou 5 jours, assortis à un confinement sévère, serré, mais de très courte durée. Dans l’optique inverse, il y a l’écrémage, et dans l’écrémage, il y a l’écrémage général et l’écrémage localisé.

L’écrémage général, c’est ce que la Slovaquie a essayé, c’est-à-dire faire deux fois tout le pays à 8 jours d’intervalle. Et cela n’a pas très bien marché, parce que la principale difficulté est que cela s’est fait en plein pic épidémique, on a donc dépisté énormément de monde et dans ce cas on ne sait pas quoi en faire.

La 3ème catégorie est l’écrémage localisé, on dépiste dans une seule ville, et c’est ce qui a été essayé et qui a permis de vérifier, malheureusement, quels étaient nos points faibles. Le résultat est très mauvais, on peut le dire carrément, on a à peu près 10% de la population de chacune des deux villes concernées qui est venue se faire tester et la plupart des gens dépistés positifs ont dit « bon je me débrouillerai à la maison, merci ce n’est pas la peine de recourir aux moyens d’hôtelleries et services à domicile que vous me proposez ». Je crois que l’on n’a pas atteint la dizaine de personnes à Charleville qui ont accepté d’avoir un confinement hors de chez elle. Donc le problème est un peu là. Il faut à la fois dépister réellement une population et pas 10%, et il faut qu’à la sortie cela serve à quelque chose, qu’il y ait une véritable mise à l’écart, une véritable quarantaine des gens dépistés. On constate aussi que nous manquons d’outils sur toute la ligne: nous n’avons pas les bons tests pour faire des tests massifs, les Chinois ont des unités mobiles capables de faire 1 million de tests par jour. Nous n’avons pas l’adhésion de la population ou la logistique pour couvrir toute cette population, et nous n’avons pas non plus les moyens de tester suffisamment les gens en aval, une fois qu’ils sont dépistés, pour dépister autour des clusters, que ce soit en dépistage descendant ou rétro-traçage des positifs vers leur foyer de contamination. Nous savons très bien faire  la chasse aux clusters autour d’un ou deux cas, nous ne savons pas changer d’échelle, que ce soit en test, en logistique ou que ce soit d’ailleurs, j’allais dire, en armement idéologique sur la nécessité de dépister une population.

labo gonflable 4

Conditionnement des échantillons dans un labo mobile en Chine

Au-delà des tests évidemment, la question que l’on se pose, professeur JC, c’est de savoir s’il faudrait en ce moment, en anticipant avant la rentrée de janvier, d’ores et déjà reconfiner ? C’est une proposition d’un certain nombre de Maires de notre région au Grand Est.

Je crois qu’il faut déjà regarder à quoi ressemblent les courbes. Nous avons eu un deuxième pic aigu dans les zones où il y avait peu ou pas de premier pic. Nous avons quelque chose de plus bas et de beaucoup plus plat, qui est en plateau maintenant dans les zones où il y avait eu un premier pic important. Et on peut attendre un plateau avec des ondulations, de la houle, plateau qui n’est pas aussi haut que l’était la première et même la deuxième vague ailleurs. Mais un plateau qui risque de durer. Et donc le problème est que si l’on commence à confiner, on risque d’en avoir pour plusieurs mois avant de pouvoir déconfiner ! Sauf de dire, finalement on en a assez, alors on déconfine, parce que le confinement à la française, qui est un peu incohérent avec le maintien des transports en commun, des conditions de réduction des contacts sociaux qui sont quand même très limitées par rapport à ce qui se fait dans d’autres pays, et qui pourtant déjà pourrissent la vie de la population, cela n’a guère de moyens d’agir sérieusement sur l’épidémie, il faut bien le reconnaitre. C’est pour cela que je suis un chaud partisan des campagnes d’éradication lorsque le virus sera redescendu un peu plus bas. Et donc confiner pour dire que l’on fait quelque chose de plus pour conjurer le plateau, plateau qui s’est constitué alors que l’on avait déjà un confinement et qui maintenant en est au couvre-feu, je ne suis pas persuadé que ce soit une mesure d’une grande efficacité. Et en terme politique, j’y vois un redoutable piège, une fois qu’on l’a fait et si cela ne s’arrange pas, qu’est-ce qu’on fait ? On attend la fin de l’épidémie en restant confiné pendant 3 ou 4 mois ? Cela devient un peu délicat.

Et si le choix était de débuter plus tôt le couvre-feu ?

Je crois que faire débuter plus tôt le couvre-feu à 18h par exemple, serait contre-productif car il va y avoir bousculade dans les transports en commun et les commerces pour rentrer à temps. Cela va de plus gêner considérablement ceux qui ne travaillent pas avec des horaires souples, qui ont une famille à nourrir. Si cela doit en plus durer des semaines, je crains que ce ne soit invivable….

La troisième question qui vient à l’esprit, c’est à propos de la vaccination qui démarre timidement dans les EPHAD en ce moment en France. Quel est votre sentiment, à la fois sur cette campagne qui débute et aussi sur le vaccin de Pfizer. Je sais que vous, vous préférez le vaccin français ou le vaccin chinois, mais on ne peut pas les trouver en ce moment. Quel est votre sentiment ?

Sont arrivés en tête les vaccins les plus rapides à produire, qui sont une totale nouveauté et dont on n’est pas certain ni de l’efficacité durable ni du niveau d’effets secondaires. On peut quand même, à la louche, constater que les effets secondaires ne dépasseront pas le pour cent, mais plutôt le pour mille. A ce moment-là, vacciner des populations à grand risque, qui sont les personnes âgées, est tout à fait légitime, parce qu’elles ont un bénéfice direct si vous échangez une mortalité à 10% contre un risque à un pour mille, je crois que vous faites une bonne affaire. Mais pour des populations, comme cela a été envisagé par exemple pour des soignants, où le risque est surtout d’avoir 15 jours d’arrêt de travail, tant que le risque n’est pas défini, c’est quand même assez casse-gueule. Je crois que, de ce point de vue-là, il est urgent de laisser les autres essuyer les plâtres, et je suis tout à fait pour cette politique de vaccination prudente tant que nous ne disposons que des vaccins ARN et sans recul. Quand on aura plus de recul et quand on aura d’autres vaccins, par exemple sub-unitaires sur le Spike ou virus entier inactivé, peut-être se décidera-t-on à commander ce dernier en France, à la firme française qui en produit pour la Grande-Bretagne, ou bien à acheter des vaccins chinois ou indien. Les Indiens annoncent qu’ils vont faire 600 millions de doses dans les 3 ou 4 prochains mois, on pourra disposer de choses dont le niveau d’incertitude sera beaucoup plus réduit.

Est-ce que vous pensez que la France qui est en retard au niveau de la vaccination, pour l’instant, subit de la part des Français vraiment une forme de réticence, parce que les Français dans les sondages émettent encore quelques réserves à propos des vaccins.

Alors, on a deux éléments distincts. On a une réserve générale anti vaccin qui est stupide, qui est archaïque, qui est obscurantiste et qui atteint un tiers de la population en France, 30 à 40%. Alors que quand on voit, par exemple, en Suède quand on demande aux gens de la même façon « est-ce que vous êtes réfractaire à toute vaccination ? », au lieu d’avoir un tiers de gens qui répondent oui, il y en a 2%. C’est une question d’adhésion à des moyens de médecine moderne extraordinaires que sont les vaccins. Après, il y a le cas particulier de vaccins qui sont lancés dans l’urgence, en dehors des procédures habituelles de validation qui d’habitude sont particulièrement précautionneuses en matière de vaccin, parce que l’on va vacciner beaucoup de monde en bonne santé et que l’on veut prendre le minimum de risques, si possible pas aucun. Là, on est obligé d’en prendre un peu plus, et il est raisonnable de ne commencer que par des catégories à risque et de regarder un peu ce qu’il se passe chez les voisins avec ces vaccins totalement nouveaux que sont, d’une part, les vaccins ARN, actuellement Pfizer et Moderna, et les vaccins adénovirus qui eux aussi sont une nouveauté, qui ont d’autres inconvénients que les vaccins ARN, qui sont le vaccin d’AstraZeneca et le vaccin russe Spoutnik. Il y en a d’autres qui suivent, qui là aussi ont leurs avantages et inconvénients, mais partagent avec l’ARN l’absence de recul. Après, on rentre dans des vaccins, j’allais dire beaucoup plus classiques, comme les vaccins de protéine recombinante du Spike, ce que Sanofi et GSK développent, mais ils se sont pris j’allais dire familièrement « une gamelle », c’est-à-dire que leur vaccin n’était pas calibré à une dose suffisamment efficace au-delà de 50 ans et qu’il faut recommencer des ajustements, ce qui va donner 6 mois de retard. Je vous rappelle qu’il est développé conjointement par Sanofi et GSK qui sont les n°2 et n°3 des vaccins mondialement, le n°1 étant Pfizer. Pfizer a fait un choix différent des deux autres qui est un choix d’un vaccin rapide et éventuellement risqué, tandis que les deux autres ont choisi de ne développer qu’un vaccin sûr, mais avec comme contrepartie que c’est beaucoup plus lent.

Merci en tout cas, Professeur JC d’avoir été avec nous, et à très bientôt sur RCF.

À bientôt.

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