Covid-19: le confinement comme pénitence !

JHM COHEN 26 2 21

chronique sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2590139

Il est l’heure de retrouver notre chroniqueur, Jacques Cohen. Jacques, bonjour !

Bonjour !

Aujourd’hui, vous voulez continuer à nous parler de la Covid-19, mais sous une autre forme et sur le territoire français, notamment du côté de Paris, du côté de la Mairie, Anne Hidalgo propose un confinement de 3 semaines à Paris. Alors, il est vrai que l’on entend de plus en plus parler des confinements locaux, par exemple à Nice ou à Dunkerque. Et là, Paris fait une proposition. Est-ce raisonnable, Jacques Cohen ?

Je ne sais pas si c’est raisonnable, mais je sais que ce n’est pas une proposition scientifique. c’est un mode de raisonnement. On souffre du couvre-feu et l’épidémie n’en finit pourtant pas. Et bien, il faut souffrir plus, mais si possible pas longtemps, pour s’en sortir. Donc, on ne promène plus les reliques lors des épidémies, mais on propose de faire une espèce de procession expiatoire « in door ». Si cela ne suffit pas au bout de 3 semaines, qu’est-ce que l’on fera ? On va passer à la flagellation ? Non, ce n’est pas très raisonnable.

Le problème doit être posé d’abord sur ses prémices, c’est-à-dire qu’est-ce qui a été constaté et qui a conduit à ce raisonnement ? Il est constaté qu’il y a une augmentation de l’incidence. Pour parler simplement, il y a de plus en plus de cas positifs détectés dans un certain nombre de départements du Nord, de la Moselle, du côté de Nice et cela descend jusqu’à l’ile de France. Mais il y a des situations extrêmement différentes. On voit des pics de malades dans différents endroits. Il y a eu Nice. Je constate d’ailleurs que l’on confine à Nice, alors que le plafonnement du pic est atteint depuis plus d’une semaine, ce qui montre un certain délai de réaction. A Dunkerque il aurait fallu là aussi réagir beaucoup plus tôt, mais on n’est encore en phase ascendante. En revanche, on n’a pas de pic dans la plus grande part du pays. On a un plateau avec des vagues ondulantes, de la houle.

Plus de cas, pas plus d’hospitalisés, mais un peu plus en réanimation

stock hospit france entière 25 2 21

Stock des hospitalisés. Total France

stock hospit Paris 25 2 21

Stocks des hospitalisés. Paris ne montre aucun pic

stock hospit seine saint denis 25 2 21

Stock des hospitalisés en Seine Saint Denis. Pas non plus de pic évident.

stock hospit Maine et Loire ( angers ) 25 2 21

Stock des hospitalisés. A Angers une forte houle mais pas de pic

stock hospit pas de calais 25 2 21

Stock des hospitalisés. Le « pic de Dunkerque » est entamé depuis un mois…

stock hospit Alpes-Maritimes ( Nice ) 25 2 21

Stock des hospitalisés. Le « pic de Nice » est à peu près stable depuis 15J.

stock hospit Marseille 25 2 21

Stock des hospitalisés. A Marseille également, le pic semble atteindre un plateau depuis près de 2 semaines

stock hospit moselle 25 2 21

Stock des hospitalisés En Moselle. Un plateau avec un peu de houle

stock REA moselle 25 2 21

Malades en réanimation en Moselle. En revanche la montée des patients en réa depuis un mois est ici préoccupante

stock hospit pyrénées O Perpignan 25 2 21

Stock des hospitalisés. Le pic de Perpignan ne semble pas avoir attiré une attention nationale, il a donc commencé à régresser tout seul sans confinement de WE.

stock hospit Corrèze 25 2 21

Stock des hospitalisés. Le Pic corrézien, quantitativement modeste mais tout à fait significatif n’a pas plus attiré l’attention.

stock hospit bas rhin ( strasbourg ) 25 2 21

Stock des hospitalisés. Pas de pic à Strasbourg actuellement mais une vague il y a un mois

stock hospit Rhone Lyon 25 2 21

Stock des hospitalisés dans le Rhône. Un plateau particulièrement élevé avec de la  houle à Lyon

L’interprétation de la stabilité relative des hospitalisations malgré un plus grand nombre de cas dépistés est simple: les infections tendent à devenir moins graves. Le contraste entre les hospitalisations et les passages en réa  est moins simple à expliquer et on peut faire plusieurs hypothèses: soit les séjours en réa s’allongent parce qu’on y meurt moins, ou parce qu’on est moins bousculé par le flux de patients qu’on peut garder plus longtemps sous soins intensifs, soit il y a une effectivement une plus grande proportion de cas graves. Comme on constate en même temps, une réduction des passages en réanimation des personnes âgées, on doit émettre l’hypothèse désagréable, que plus de jeunes vont en réa, du fait de récidives d’infection par des virus ayant varié et que l’immunité d’une première infection, même le plus souvent inapparente, exacerbe les signes cliniques, à l’image de la situation des différents sérotypes de la Dengue où chaque sérotype confère l’immunité mais ne protège pas des autres sérotypes. Et pire, sensibilise à faire plus de formes graves, selon l’ordre d’infections successives par différents sous-types.

L’émergence d’un pic est un scénario que l’on ne peut pas exclure, mais qui n’est pas le plus probable. Le raisonnement des gens qui défendent ce scénario c’est de dire : « Le variant anglais remplace peu à peu la souche sauvage, il est plus contagieux et il va se trouver dans une situation lui donnant la possibilité de déclencher un pic. » C’est loin d’être le plus probable puisque ce variant n’est pas totalement insensible à l’immunité acquise, dont l’immunité vaccinale d’ailleurs, qui chez nous est très faible, mais qui est un paramètre important ailleurs. Donc c’est un raisonnement d’inéluctabilité, c’est un raisonnement un peu apocalyptique. Bien sûr, on ne peut pas exclure qu’il y ait un nouveau pic, mais plus probablement sur d’autres variants que le variant anglais. Pour l’instant, ce variant a plutôt un effet, j’allais dire favorable. Si vous voyez monter le nombre de cas et les hospitalisations à peine bouger, pour donner de petites vagues, de la houle, comme je vous le disais, sur un plateau, cela veut dire qu’il y a de plus en plus de gens contaminés qui ne sont pas ou peu malades, donc que l’épidémie commence à s’atténuer. Vous savez qu’à long terme, c’est l’un des scénarios.

A long terme…

Il y a deux scénarios à long terme : la bestiole disparaît après une exacerbation par des variants méchants, ou alors la bestiole s’assagit et s’installe chez nous comme plusieurs de ses ancêtres (comme le fameux OC43 qui s’est installé à la fin du XIXe siècle sous la forme de quelque chose de méchant puis qui est devenu un des virus des rhumes des enfants). Si c’est ce scénario qui prévaut, on ne sait pas en combien de temps cela va se passer. Est-ce que cela va se passer en 4/5 ans ? En 6 mois, 1 an encore à partir de maintenant ? Les comparaisons historiques que l’on a ne sont pas très fiables. On n’est pas très précis sur ce qu’il s’est passé pour ce fameux coronavirus humain à la fin du XIXe. On sait que cela a duré plus de 2 ou 3 ans. On ne sait pas exactement, comme il y a eu quelques foyers ensuite, si c’était bien lui ou d’autres virus de 1890 à 1906. Mais c’est donc quelque chose d’incertain sur plusieurs années. Dans l’autre cas, on le sait : pour la grippe de 1918-1919 là, ce fut 18 mois, 3 vagues et on n’en parle plus.

Il nous faut avoir, non pas le raisonnement du masochisme des religions du Livre de la punition divine et des processions ou contritions à faire, mais il faut avoir un autre raisonnement qui peut mieux se tenir sur cette antenne, qui est celui de l’humilité. Nous ne savons pas ce que veut faire le virus et nous ne comprenons pas tout ce qu’il a envie de faire ni tout ce qu’il fait. Nos mesures ont des efficacités qui sont au mieux partielles parce que le confinement, même présumé dur en Europe, ne ressemble pas au confinement asiatique et parce qu’un confinement qui n’est pas couplé à du dépistage massif et à l’isolement réel des sujets dépistés, c’est encore une espèce de quart de demi-mesure. Là aussi, il faut être très humble sur l’efficacité des mesures prises et vis-à-vis du virus.

Justement, Jacques Cohen, quelles sont les mesures qui doivent être prises selon vous ?

Je pense que de même qu’il y a eu une pétition Zéro Covid, cette mesure de confinement de 3 semaines tombe au mauvais moment. Je pense que le Zéro Covid, c’est-à-dire écraser la circulation virale est une chose qu’il faudra faire quand le pic sera redescendu, ou du moins quand le plateau aura fini par s’épuiser. Quand on sera revenus à une circulation entre 1 pour 1 000 et 1 pour 10 000, il faudra éradiquer. Mais pour éradiquer, il faut boucler et ce n’est pas la peine de boucler tout le pays pendant 3 mois. Ce qu’il faudra, c’est de zone en zone, boucler pour 5 jours et être capables de faire 1 million de tests dans cette zone pendant 5 jours, voire même plus si on peut développer les technologies et la logistique pour cela. Dans ce cas, on vise vraiment une éradication. Mais pour cela, il faut monter les infrastructures, c’est-à-dire des tests à très haut débit. Dans l’autre sens, si le plateau dure – et c’est ce qui est plus probable – pour plusieurs mois, il faut apprendre à vivre avec le virus, c’est-à-dire non pas à battre sa coulpe, mais avoir une civilisation de tests barrière. Nous pouvons développer des tests rapides, sensibles et décentralisés – les biologistes n’aiment pas ça du tout, mais je suis désolé, cela me parait être la solution utile à la société – des tests qui deviendront des auto-tests sensibles diffusés partout par millions, dont le coût ne sera pas nul, mais sera très inférieur à la catastrophe économique que représente une politique actuelle de confinement mou en accordéon, si j’ose dire.

D’ailleurs, Jacques Cohen, vous nous parlez des tests, vous parlez même d’autotests, pour vous, nous sommes d’accord que le meilleur moyen de détecter le virus de la Covid-19, c’est de tester de toute façon, c’est ce qu’il faut faire à tout prix.

Absolument, parce qu’il faut rappeler que pour ce qui est de la circulation virale, 4 ou 5 infections pour une sont inapparentes. Il y a beaucoup de formes inapparentes. Donc pour un virus comme celui là, dont l’essentiel de la diffusion ne se voit pas, je ne comprends pas comment on peut s’imaginer faire quoi que ce soit autrement que par des tests massifs.

Jacques Cohen, au début de votre chronique, vous nous parliez de ce confinement de 3 semaines à paris, de cette proposition. C’est vrai que l’on a vu la forme avec la réponse du Virus, est-ce que cela serait raisonnable ou pas, est-ce que le raisonnement est logique ? Et d’autre part, sur un plan légal, est-ce que c’est à Madame la Maire de pouvoir proposer ce genre de chose.

Tout citoyen peut proposer, mais contrairement à ce qui est sous-entendu, un Maire, même s’il est Maire de Paris, n’a pas de pouvoir de décision. Ne serait-ce parce que Paris est la capitale, que Paris est au milieu de l’Ile-de-France et que de décider pour tous les Franciliens au bénéfice des seuls habitants de l’intérieur du boulevard périphérique, c’est certes un raisonnement assez fréquent pour la mairie de Paris, mais ce n’est pas forcément ni juridiquement ni politiquement tenable. Parce que les Franciliens vont finir par se fâcher. Eux, ils ont le droit d’aller au boulot par le RER, c’est-à-dire que l’on prétend qu’il n’y a pas de contaminations dans les transports en commun, ce qui est contraire à la démonstration faites partout ailleurs – les Chinois ont d’ailleurs comme raisonnement qu’il faut couper les transports en commun complètement dès qu’il y a des cas quelque part -, et ne serait-ce que de ce point de vue là il faut revenir à des mesures de distanciation sociale qui soient efficaces. Il y a des pays qui n’ont pas fait de confinement et qui ont une distanciation sociale qui consiste à supprimer les transports, à interdire le passage d’une zone à l’autre… à empêcher toutes les réunions sauf si les participants en sont testés préalablement systématiquement. Donc, il n’est pas très raisonnable de proposer le confinement comme, j’allais dire, un geste sacré sans avoir une politique de distanciation qui soit logique et sans qu’elle soit articulée avec les autres mesures de contrôle et d’éradication de l’épidémie. Qui plus est dans une période où nous n’avons pas du tout les moyens, en l’état des choses en France, d’isoler les sujets qui seraient dépistés si par hasard on dépistait en grande quantité.

Je vous rappelle que les Anglais ont fait un test en vraie grandeur à Liverpool et ont renoncé au testing en pleine épidémie, que les Slovaques ont fait un test national, comme une élection deux week-ends de suite, avec un résultat extrêmement médiocre parce qu’une fois que l’on a dépisté beaucoup de monde lors d’un pic, on ne sait pas quoi en faire.

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