Covid 19: le virus reviendra-t-il par l’Est ou par l’Ouest ?

Chronique du 8 octobre 2021

Sur les ondes de RCF: lien

Avec le professeur Jacques Cohen, on continue cette semaine de s’intéresser au virus de la Covid-19 et son évolution. Bonjour professeur.

Bonjour.

JC, lorsque l’on regarde les nouvelles, notamment les cas pour 100 000 habitants, on a l’impression que les nouvelles sont plutôt bonnes. C’est bon signe cela, JC.

C’est bon signe, mais un ciel bleu à la verticale n’indique pas que des nuages ne s’amoncellent pas au loin. Je vous ai dit, la semaine dernière, qu’à moyen / long terme, j’étais relativement optimiste, y compris sur la question des médicaments, mais sur le court terme tout va bien et sur le moyen terme il y a des nuages. On ne sait pas si le virus reviendra par l’Est ou par l’Ouest, mais on constate que dans les pays de l’Est, les choses flambent, en Russie d’abord, et cela se répand en vague jusqu’à quelques petits signes de redémarrage dans l’ex Allemagne de l’Est.

roumanie 8 10 21

Nouveaux cas en Roumanie…

On ne sait pas si la campagne de vaccination en Allemagne va l’enrailler, on ne sait pas non plus si l’épidémie de virus de type rhume que l’on a en France actuellement va se porter vers l’Est pour arrêter cette nouvelle vague ou pas. Mais on est aussi pris à revers, parce qu’en Grande-Bretagne, le pic ne redescend pas aussi bien, et même ne redescend pas du tout aussi vite que chez nous, en Espagne ou en Italie. On a donc 3 pays avec des pics aigus, une Grande-Bretagne où les choses ne sont pas du tout réglées et des menaces à l’Est.

Cela montre que cette pandémie est mondiale bien sûr, et que des vagues en aller/retour vont se produire tant que l’on n’aura pas une stratégie globale et que l’on n’aura pas une vaccination totalement efficace partout. Ce que l’on est très loin d’avoir ici, même avec un taux de vaccination très élevé parce que se pose, pour la vaccination, un certain nombre de problèmes qui sont que nous ne disposons, contrairement par exemple à la Chine, que des vaccins RNA. Les Chinois peuvent vacciner à partir de 3 ans sans aucun problème, ils peuvent pratiquer 3-4-5 injections sans incident majeur. Nous savons que dès la deuxième injection, le taux de myocardite chez les hommes jeunes et les adolescents mâles monte de façon, à mon avis, inacceptable.

Et on en est chez nous à une stratégie, en quelque sorte, unidimensionnelle qui est une stratégie du « dernier quart d’heure ». Nous allons éradiquer le virus parce que l’on aura vacciné tout le monde, et on en est à discuter ou probablement envisager sérieusement une troisième dose, quel que soit l’âge. Cela me parait quelque chose d’illusoire d’un point de vue efficacité, parce que nous sommes toujours sur des vaccins de première génération. À mon grand désappointement, les firmes de RNA qui sont celles qui pouvaient changer leur vaccin le plus vite n’ont pas introduit de variants, pour l’instant, dans leur formule, et donc inéluctablement, ces vaccinations seront d’une efficacité relative. Relative c’est-à-dire que déjà la vaccination faite a une grande efficacité pour réduire les formes graves. Est-ce qu’en stratégie du dernier quart d’heure, donc de bataille finale, de rajouter des doses pour rattraper l’autre point faible des vaccins RNA qui ne durent pas très longtemps ? ils durent au moins à peu près 6 mois. Est-ce que ceux-ci en termes de taux d’effets secondaires vis-à-vis du bénéfice additionnel valent la peine ? Je n’en suis pas du tout persuadé. Donc là, on voit par exemple des choix très différents. En Grande-Bretagne, le choix est fait de ne faire qu’une seule injection et non pas 3 chez les jeunes. En Suède, Moderna qui est le plus chargé des vaccins RNA vient d’être arrêté pour les moins de 30 ans et au Danemark aussi, je crois, ce qui conduit donc à des positions spectaculairement différentes d’un pays à l’autre.

Et tout cela rejoint également la question du pass, parce que comme il y a une embellie, on dit « on va tout arrêter cela suffit », mais ce pass à mon avis est à garder de façon durable tant que la pandémie n’est pas terminée et probablement aménagé. C’est-à-dire que tant que des variants vont passer plus à travers le vaccin qu’actuellement, et bien, il faudra remettre dans le pass le fait d’avoir un test à jour. Il faudra les deux, la vaccination bien sûr, mais également les tests. Et de ce point de vue là, arrêter de subventionner les tests va créer de mauvaises habitudes. Et il va être très difficile de faire comprendre s’il y a un retour avec des variants qui passent à travers le vaccin que finalement, après avoir arrêté de rembourser les tests on va demander aux gens d’en faire tous 2 par semaines. Donc de ce point de vue là, une attitude de mouvement plus lent et non pas de changement instantané qui sont mal compris avec des va-et-vient me paraîtrait bien préférable.

JC, vous nous avez donné pas mal d’éléments. Et notamment, vous avez évoqué des stratégies de vaccination d’un pays à l’autre qui sont assez différentes. J’ai quand même une question un peu provocatrice, mais si on finit par vacciner toute la population, on va quand même en sortir de cette crise Covid-19 ? Parce que vous avez l’air de dire qu’elle va quand même rester dans le temps. J’ai envie de dire, à un moment donné, on va trouver une porte de sortie.

Oui, prenez un peu de recul. Par rapport à l’ensemble du globe, est-ce que vous croyez que l’ensemble de la population est vaccinée ? Certainement pas, on est très loin de cela. On en est très loin, il ne faut pas croire que la vaccination dans un seul pays cela fonctionne, c’était comme autrefois le socialisme dans un seul pays. Tant qu’il n’y a que certains pays développés qui sont correctement vaccinés, et encore, parce qu’il y a peu de pays qui arrivent aux 95 % de vaccinés, l’éradication par le vaccin où tout le monde est protégé le même jour, c’est encore très loin et c’est très inaccessible. Le vaccin, il faut encore le redire, est quelque chose d’essentiel, d’efficace pour la réduction des formes graves sur la souche de départ et les variants qui circulent actuellement, donc cela peut être fait largement. Mais encore une fois, il ne faut pas raisonner sur le fait qu’il s’agit du dernier quart d’heure, la dernière bataille, et que l’on en finit. C’est une bataille de longue haleine et j’espère aussi que les vaccins à spectres plus larges avec beaucoup moins d’effets secondaires, avec possibilités d’injections multiples comme le sont les vaccins tués, vont sortir si possible, assez rapidement.

Vous avez aussi commencé à parler, JC, du pass sanitaire. Pourquoi ce pass sanitaire selon vous faudrait-il le prolonger dans la durée ? L’inscrire dans le temps ?

Parce que c’est la meilleure façon de faire comprendre aux gens que nous ne sommes pas sortis d’affaire et que ce sont les échanges et les lieux d’échanges qui sont les lieux de contaminations. Je sais qu’en France, on n’a pas pu démontrer le rôle du métro, etc. Sauf que les Suédois y sont tout à fait arrivés, eux. Et donc je ne comprends d’ailleurs pas très bien pourquoi on pourrait exiger un pass pour le TGV et pas pour les RER et les TER. Donc, l’interdiction des contacts sociaux si on n’est pas vacciné cela me parait tout à fait salutaire et durable. Je ne vois pas pourquoi on cesserait les efforts de vaccination, en clair, par le fait que le pass ne serait plus à demander parce que le pic épidémique régresse actuellement. Si nous pensons qu’il faut poursuivre les efforts de vaccinations, il faut maintenir le pass ne serait-ce que pour un rappel de la nécessité de ces efforts de vaccination. Et je vous l’ai dit, je pense qu’un jour où l’autre, si les variants passent à travers le vaccin il faudra compléter le pass par des tests systématiques 2 fois par semaine, soit généralisés, soit par catégorie pour aller au travail ou autre, etc. Mais le pass à mon avis est un pivot durable jusqu’à la fin de la pandémie. J’espère qu’un jour où l’autre, nous nous débarrasserons de tout cela. Mais ce n’est pas encore le moment.

On va boucler la boucle dans cette chronique avec vous, JC. Vous demandiez vous-même, comme problématique au début de cet entretien, le virus reviendra-t-il par l’Est ou par l’Ouest ? Avons-nous des pistes de réponses ou est-ce qu’il va falloir observer la situation ?

Et bien, sans boule de cristal comme d’habitude, nous n’avons pas de piste. Peut-être reviendra-t-il par l’Est ou par l’Ouest ou pas du tout, nous ne pouvons pas en être certains. Tout dépend du comportement des autres virus, et si au contraire les pays du Sud vont exporter leur rhume salvateur vers le Nord et vers l’Est ou l’Ouest, ou si au contraire, une fois que ce rhume aura fait un tour de piste et qu’il aura disparu, le Coronavirus reviendra en force, nous ne pouvons pas l’affirmer.

Et bien, on se mettra en position d’observateur et on continuera d’en parler avec vous à l’intérieur de vos chroniques santé, Jacques Cohen. À très bientôt professeur.

À bientôt.

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