Le point sur la Covid-19 et les vaccins

JHM Cohen 25 11 2020

Avec nous aujourd’hui, Jacques COHEN. Jacques COHEN, bonjour.

Bonjour !

On vous interroge régulièrement sur la vitesse de propagation du virus. D’après toutes les indications depuis quelques jours, il semblerait que la cinétique est en train de diminuer, que la vitesse diminue.

C’est plus compliqué. La cinétique de l’épidémie s’est déroulée comme prévisible avec un maximum entre le 10 et le 15 novembre. En revanche, elle n’est pas tout à fait homogène en France d’une part, et d’autre part, on peut se poser des questions sur sa suite.

On est arrivé au sommet du pic, mais le pic ce n’est pas une courbe gaussienne parfaite. La question, c’est sa pente de descente.

Est-ce que l’épidémie va redescendre aussi vite qu’elle est montée, ou est-ce qu’au contraire il va y avoir une traînée, voire même un plateau selon les endroits où nous n’avons pas l’impression de voir la même chose qu’ailleurs ? Dans l’Est, par exemple à Mulhouse où il y a eu un très fort premier pic, le second pic non seulement n’est pas très élevé, mais sa pente de montée est lente et il nous est donc possible de prédire une bosse assez plate. Dans d’autres endroits où il n’y avait pas eu grand-chose la première fois, la pente était très rapide.

Donc, on a quand même l’impression que si l’on fait la somme du premier et du deuxième pic partout, nous allons arriver à peu de choses près à deux fois le premier pic d’hospitalisés comme bilan global, c’est déjà ça. Même si la mortalité parmi les hospitalisés semble en nette diminution en comparaison de la première vague.

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Surmortalité de l’épidémie de Covid durant la première et la seconde vague ( en jaune ). La seconde vague est moins haute et plus large reflétant déjà l’hétérogénéité géographique de l’épidémie.

Noël, la fête d’après le virus ou la fête du virus ?

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Vésicule de fabrication du virus sars-cov-2 dans une cellule épithéliale respiratoire.

Sur la durée et la forme, les choses sont très incertaines pour l’instant. et c’est là où après une politique attentiste, le gouvernement s’est mouillé avec des choix difficilement modifiables en dernière minute sans susciter de vives réactions.

Nous allons donc voir l’allure de la courbe pour savoir ce qui sera réellement possible à Noël, tout en sachant que les réunions familiales de trois générations rassemblant des gens de toute la France sont typiquement la principale circonstance de contamination. Si le virus est redescendu à un niveau acceptable avant, on pourra tolérer cela, sinon, les pouvoirs publics seront obligés de dire que c’est malheureusement totalement hors de saison ou d’endosser un rebond en janvier. Cela, on ne peut pas le dire pour l’instant contrairement à ce que certains imaginent. Tout juste peut-on voir ce dessiner une nette différentiation entre des régions à pic et des régions à bosse bien plus longue. Ce qui rendrait assez inadaptées des mesures encore une fois nationales sans déclinaisons locales..

Les contours de la troisième vague

Cela nous donne aussi une petite vue sur la troisième vague. Nous y reviendrons certainement une autre fois, mais je pense que nous allons bientôt atteindre l’immunité de barrière. Ce n’est pas l’immunité d’éradication qui fait disparaître le virus, mais c’est l’immunité qui empêche que les pics ne s’emballent en quelque chose de pointu, de court et de très élevé. Cela veut dire que le virus peut encore donner des foyers, voire donner des choses sous forme de bosses assez plates ou de plateaux, mais que les pics d’emballement n’auront plus lieu, ce qui est à la fois une bonne nouvelle et une nouvelle un peu mitigée.

La bonne nouvelle c’est que de ne plus avoir de pic avec des camions frigorifiques nécessaires pour les cadavres comme à Bergame ou à New York, c’est déjà bien, mais si cela veut dire que nous allons échanger cela en troisième vague contre 4 ou 5 mois de plateau à peu près continu, ce n’est pas totalement parfait. Nous reviendrons sur ce que nous pouvons espérer pour les éradiquer, soit par le dépistage soit par les vaccins puisque nous allons bientôt en parler, je pense.

Oui, alors justement, professeur Jacques Cohen, les vaccins ! Quels sont, selon vous, les scénarios possibles puisqu’il y a, déjà plusieurs vaccins sur le marché qui vont être mis en route ? Est-ce qu’ils sont efficaces ? Est-ce qu’au bout de deux mois, finalement, ils sont toujours valables ? Plusieurs questions en une.

Oui, la réponse n’est que partielle. La bonne surprise c’est que tous les vaccins essayés qui sont arrivés en tête ont à court terme une forte efficacité. La question, ce n’est pas 90, 92 ou 94, c’est 9/10 et donc ça, c’est tout à fait important, mais est-ce que cela dure 15 jours, 3 mois ou 3 ans ? Nous n’en savons rien, premier élément. Deuxième élément, nous ne savons pas si tel ou tel vaccin casse la circulation virale. Il se peut qu’il atténue la maladie, mais que les gens continuent à cracher du virus et donc à le communiquer à leurs prochains et à leurs voisins, ça, nous ne le savons pas non plus. Donc, le rôle sur la cassure de l’épidémie, là aussi, demande à être nuancé.

Après, nous avons aussi un deuxième problème majeur : comme nous sommes obligés d’aller vite, nous n’avons pas de vue exhaustive sur les effets secondaires. Ce que l’on peut dire c’est que sur 1 millier de personnes à l’échelle d’un pour 1 000, entre 1 pour 1 000 et 1 pour 10 000, les pépins les plus sérieux sont éliminés, c’est déjà ça, mais un pépin entre le 1/10 000 et 1/ 50 000, on ne peut pas le dire pour l’instant.

Un autre point ennuyeux, c’est que parmi les types de vaccins qui sont annoncés chez nous, deux types sur trois sont des nouveautés complètes. Ceux à ARN et ceux à adénovirus recombinant sont des nouveautés complètes, jamais utilisés chez l’Homme ou de façon complètement anecdotique jusque-là. Donc administrer ce type de vaccin à une grande partie de l’humanité sans trop savoir quelle sera la durée de protection ou les effets secondaires n’est pas idéal.

Vous savez que je suis un chaud partisan de la vaccination et des vaccins, mais là, je suis un peu gêné par le fait que si nous n’avons pas plus de précisions, nous devrons dire aux gens que nous prenons un risque, mais un risque acceptable par rapport à l’importance de l’épidémie. Mais ne pas le dire serait d’une part une malhonnêteté et d’autre part quelque chose qui pourrait nous conduire à des retours de bâton, s’il y a quelques incidents même acceptables en coût-bénéfice.

Les vaccins actuels sont ceux qui courent en tête parce qu’ils étaient les plus faciles à faire. Il y en a de nombreux autres qui arrivent derrière et cela aussi, ce sera tout à fait important et intéressant. Mais même pour les premiers, il ne faut pas s’imaginer qu’il va y en avoir dans toutes les pharmacies au 15 décembre ou même au 15 janvier. Il est très douteux que l’on puisse avoir des distributions de vaccins extrêmement rapidement, même pour les vaccins arrivés en tête.

Donc, Jacques Cohen, la prudence est toujours de rigueur parce que tout le monde s’imagine qu’une fois que les vaccinations seront démarrées, le virus finalement disparaitra de lui-même. Ce n’est pas tout à fait cette réalité-là quand même qu’il faut décrire.

Il faut nuancer : que le virus disparaisse de lui-même, c’est tout à fait possible parce qu’il faut bien reconnaître qu’il n’en fait qu’à sa tête. Quand on voit par exemple la campagne d’éradication qui a eu lieu en Chine à Wuhan, on en était très fiers. Il y a eu 5 cas de résurgence à Wuhan plusieurs mois après l’épidémie, les Chinois ont décidé : « c’est très simple, on teste toute la ville » et la ville, c’est l’équivalent de l’île de France, c’est 12 millions d’habitants. En une quinzaine de jours, ils ont ratissé toute la ville et ont trouvé 300 cas qu’ils ont mis de côté et depuis, nous n’avons plus entendu parler d’épidémie dans son foyer initial dans. Donc, jusque-là, nous étions très contents. Nous avions vraiment l’impression d’avoir agi pour le mieux, mais l’étude autour de ces 300 cas n’a montré aucun sujet contact, pire, aucun de ces 300 cas n’a permis de mettre le virus en culture, ce qui veut dire que c’étaient des restes de virus, soit souffreteux, soit déjà morts, incapables de transmission, etc.

Autrement dit, nous avons fait une grande campagne pour terminer d’éradiquer un virus qui avait déjà décidé de se sauver de Wuhan. Cela montre l’humilité qu’il faut avoir dans l’analyse des actions humaines par rapport aux épidémies. Les virus et les maladies infectieuses changent, les épidémies changent au fur et à mesure et en même temps qu’on les étudie, ce que disait Charles Nicolle dans « le destin des maladies infectieuses » reste tout à fait vrai.

Merci, Jacques Cohen, je vous propose de toute façon de faire un bilan régulier sur l’évolution de la maladie et vous le faites également avec nous, on vous le rappelle, le vendredi dans « Question d’actualité » souvent avec Alexis Claude-Reitz, mais nous le ferons certainement dans la semaine. Merci, professeur Jacques Cohen d’avoir été avec nous et à très bientôt sur RCF !

À très bientôt !

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