Covid19: sur le front des vaccins, notre première contre-offensive.

JHM Cohen 19 03 2021

Sur les ondes de RCF:@lien en attente

Chronique du 19 mars 2021

Covid19 le front des vaccins, notre première contre-offensive

Jacques Cohen, bonjour.

Bonjour.

Une affaire qui a beaucoup fait parler tout au long de cette semaine, cela a été les vaccins. Notamment ceux du laboratoire AstraZeneca, d’abord administrés puis suspendus et puis finalement depuis ce vendredi, de nouveau réautorisés à être injectés. JC, pouvez-vous nous éclairer sur cette histoire des vaccins AstraZeneca ?

Alors, je crois qu’il faut regarder les vaccins AstraZeneca, mais pas seulement AstraZeneca. Nous avons à disposition des vaccins d’urgence qui ont été faits dans l’urgence par les méthodes les plus rapides qui ne sont pas les méthodes permettant d’avoir les vaccins qui aient le moins d’effets secondaires. À partir du moment où on sait cela, on sait qu’il faut les administrer parce que les effets secondaires sont bien moindres que la maladie.

Après au point de vue tactique et communication, les choses se passent assez mal et l’offensive s’embourbe quelque peu. D’abord, parce qu’on a arrêté pour 24h, on se demande bien un peu pourquoi, histoire d’attendre un parapluie de l’agence européenne, laquelle prend une formule qui est, pour le grand public, désastreuse qui est de dire « l’AstraZeneca est sûr et efficace ». Dans leur langage, « Efficacité » c’est que le rapport qualité-prix du vaccin est acceptable et « qu’ils sont sûrs » c’est également la même chose, il n’y a pas plus de morts avec le vaccin qu’avec la maladie. Il y en fort heureusement infiniment moins, mais dans le grand public, c’est une façon de renforcer la décrédibilisation des vaccins et des autorités de santé que de dire « circulez, il n’y a rien à voir ». Il serait plus simple de reconnaître qu’il y a quelques incidents avec l’AstraZeneca et même quelques morts, qu’il y en a aussi avec les vaccins RNA, parce qu’ils donnent des pics d’hypertension qu’on doit contrôler, mais que tout cela est sans proportion avec la mortalité chez les sujets à risque. C’est là où on rentre dans un deuxième problème.

On peut avoir deux tactiques de vaccination, encore faut il avoir le choix. Une vaccination de toute la population pour éradiquer la maladie, on passe à perte et profit les incidents quel que soit l’âge, ou une vaccination des sujets à risques. Comme nous manquons désespérément de doses, c’est la deuxième solution qui aurait dû être prise et qui a d’ailleurs été prise initialement. Mais on l’a très vite modifiée en indiquant que le personnel de santé, quel que soit son âge pourrait également être protégé, histoire de créer un effet d’entrainement pour l’adhésion au vaccin. Cela me parait une bêtise, d’abord parce qu’on n’a pas assez de doses, et donc que toutes les doses administrées à des soignants de moins de 50 ans sont des doses piquées aux plus vieux, puisque pour l’instant on a protégé à peu près bien les EPHAD, nettement moins les plus de 75 ans, il y a encore un bout de temps avant de le faire et les 60-75 le seront guère. Sur le principe ils ne le sont pas, mais on arrive quand même à tricher un peu, parce que les Français sont les champions du « privilège pour tous », c’est-à-dire tout le monde trouve une solution. Donc là, ce n’est pas une très bonne tactique et on a une situation très désagréable, parce que nous sommes incapables, avant très longtemps, avant plusieurs mois, de vacciner toute la population. Et quand on a des incidents, par exemple sur une puéricultrice de 30 ans qui ne risquait rien de la maladie elle-même, ce risque à cet âge-là est infime, qui ne risquait pas de le transmettre à des vieux, parce qu’elle ne travaille pas dans un secteur de vieux, et bien, cela va se voir, cela va être monté en épingle.

Autant dans une vaccination de toute la population, la question ne se pose pas, on va vacciner tout le monde et très vite, et donc soit on le rend obligatoire, soit on fait en sorte de pourrir la vie de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner. Dans le cas d’Israël qui a fait ce choix, il y avait 80 personnes refusant le vaccin  dans le personnel soignant de l’hôpital Hadassah à Jérusalem, qui est l’un des centres de référence mondiaux, qui est un très bon hôpital. La direction a choisi une solution toute simple : ils sont mis à pied. Il n’y a aucun problème en France pour en faire autant, puisque dans la loi, par exemple il est obligatoire pour le personnel de santé d’être vacciné contre l’Hépatite B. Pour la population générale, ceux qui ne veulent pas être vaccinés, et bien les Israéliens ont choisi de leurs pourrir la vie. C’est-à-dire vous avez besoin du badge pour aller au restau, pour aller au cinoche, pour aller en boite, etc… Vous n’avez pas le badge, et bien vous restez chez vous. Et comme cela les gens finiront par se laisser faire.

C’est ce qu’on a appelé le passeport vaccin.

Oui, oui c’est cela, le Green Pass ou passeport vaccin. Et qui leur permet également d’envisager d’aller se promener, d’aller en vacances en Grèce, etc… en créant des circuits autorisés, puisque les gens sont vaccinés, et puis je pense qu’en Europe cela va se répandre également. Tandis qu’en France, on a un débat métaphysique sur « est-ce que cela serait éthique ou pas éthique ?» alors qu’on laisse le choix aux gens, etc… Au passage, dans la série « l’absurdité du choix des gens », on organise pour décongestionner les réas des transferts de patients et on ne les fait pas, parce qu’on s’est dit qu’on allait demander l’accord des familles. Alors demandez à quiconque « votre proche est gravement malade, il est en réa, voulez-vous qu’il soit soigné à 800 km de chez vous ? » La réponse unanime c’est « non, lui il reste ici » et le voisin? pour le voisin vous pouvez.

Donc c’est stupide, parce qu’on ne peut pas demander aux familles d’endosser des responsabilités de santé publique collective, et pour la vaccination c’est un peu pareil. Donc dans le cas d’Israël, il ya assez de doses pour vacciner toute la population et les incidents seront passés à perte et profit. Dans notre cas, nous sommes dans une situation qui est assez désastreuse, nous sommes très en retard sur les doses de vaccins. Vacciner en partie seulement la population c’est une façon de créer une pression pour l’émergence ou la diffusion des variants qui échappent au vaccin, et parce que les incidents dans des populations non susceptibles, sans risques, se verront. Donc on aurait dû commencer par vacciner toute la population à risque avant d’étendre ou au moins ne pas vacciner les personnels de santé de moins de 50 ans tant qu’on manque de dose. En plus les aller/retour du genre « on vaccine, mais finalement on arrête puis on reprend », cela ne va pas encourager les gens à la confiance. Si on y ajoute l’idée géniale de réserver aux vieux le vaccin qui leur était auparavant interdit, on imagine le père UBU remplacer Alain Fischer qui doit être bien marri de ces palinodies. Et j’ai peur que la fraction non vaccinée, à moyen terme dans 3 à 4 mois quand nous aurons assez de vaccin, reste significative et donc nous pourrisse l’option « vacciner toute la population pour éradiquer le virus ». Après on verra comment on s’en sort à ce moment-là, mais pour l’instant le problème, c’est qu’on a pas assez de doses de vaccins, nous devrions protéger toutes les personnes à risque, les personnes âgées, mais aussi toutes les autres personnes à risque, les diabétiques, les obèses, les hypertendus,  etc…

JC, vous semblez dire que toute la population ne pourrait pas être protégée rapidement, et quelque part, même si on nous incite à nous faire vacciner, même Jean Castex le dit, on risque une troisième vague. Donc cela veut dire que finalement, le vaccin ne protégera pas tout le monde assez rapidement, si le Premier ministre s’en inquiète ?

Par définition, le Premier ministre sait qu’on n’aura pas vacciné tout le monde avant des mois et des mois, et déjà tout le monde qui le souhaite, c’est-à-dire 50 % de la population à peu près. Si on vaccinait vraiment tout le monde, on est vraiment en panne, il parait très illusoire d’arriver à le faire pour l’été, en plus il y a un deuxième problème, c’est qu’il va falloir revacciner. Il va falloir revacciner, parce que la plupart de ces vaccins ne sont pas efficaces sur certains variants et qu’inéluctablement il va falloir comme pour d’autres vaccins mettre plusieurs souches dans le vaccin et donc il faut prévoir des revaccinations pour l’automne au maximum. Et en plus on a un autre empoisonnement, c’est que les vaccins d’urgence que nous avons faits ne sont pas les plus pratiques pour des réinjections. Les adénovirus d’AstraZeneca ou bientôt de Johnson & Johnson ou le Spoutnik russe, ce sont des vaccins qu’on ne peut pas renouveler, parce que l’adenovirus vecteur une fois qu’on est immunisé contre, il ne peut plus servir. Les vaccins RNA ont pas mal d’effets secondaires, leur mauvaise tolérance augmente avec les réinjections. Donc on retombera sur les vaccins traditionnels, virus entiers tués, je vous rappelle que c’est la solution choisie par les Chinois immédiatement, qu’il y a aussi une boite française qui essaye d’en faire, mais que ce sont les Anglais qui l’ont acheté, pas la boite, mais le vaccin. Et puis les vaccins sub-unitaires, ce sont des protéines avec des adjuvants classiques. Dans ces deux derniers cas on peut renouveler les rappels aussi souvent qu’il le faut et en mettant plusieurs souches dans le vaccin.

Le vaccin c’est la principale arme de la contre-offensive que nous allons pouvoir mener contre le virus. Mais pour cette contre-offensive il faut avoir une logistique qui nous permette d’avoir les munitions qu’il faut et il ne faut pas lancer la contre-offensive dans des fronts trop larges tant qu’on n’a pas les moyens de le faire. On ne peut pas s’engager sur des choses incohérentes et Castex le sait, mais n’ose pas trop dire, que de toute façon la bataille du vaccin nous ne sommes pas encore prêt de la mener pour éradiquer le virus. Ce que nous pouvons faire c’est la mener contre la mortalité actuelle du virus et c’est cela qu’il faudra arriver à faire d’ici l’été. Après on verra quelle vaccination pour éradiquer le virus, c’est très différent.

MAJ le 20/3 Une information importante vient d’être publiée: la réactivité croisée de certains variants et de la souche historique, n’est pas réciproque. On sait que le variant Sud Africain échappe à l’immunité induite par la maladie ou les vaccins contre la souche historique. Une énorme bonne surprise est que le variant Sud Africain induit une immunité qui elle protège de la souche historique. On peut donc espérer qu’en introduisant un petit nombre de variants, voire des variants de variants suscités in vitro dans de nouveaux vaccins on puisse couvrir la totalité d’entre eux. De même, cette information accroit l’espoir que les vaccins virus entiers induisent d’emblée une assez large immunité. La vaccination actuelle n’est que la guerre à la mortalité virale du printemps 2021. Les futurs vaccins pour la fin de l’année auront l’ambition de  supprimer toute mortalité en supprimant la circulation virale. Avec au besoin des rappels périodiques, que ne permettront pas les vaccins actuels occidentaux. On en reviendra donc aux solutions éprouvées de virus tués ou de protéines recombinantes. 

Vous m’avez dit « on attend une troisième vague », là-dessus il y a un état d’esprit apocalyptique qui est « cela monte partout, nous allons avoir une grande vague comme la première vague ou comme la seconde ». Depuis décembre on sait que nous avons atteint, non pas l’immunité d’éradication, mais l’immunité de barrière et que l’épidémie se fragmente. Nous avons un plateau élevé et nous avons de la houle avec de temps en temps une vague à un endroit qui ne monte pas forcément très haut, qui n’est pas l’apocalypse qui va diffuser sur le pays en quelque semaines comme en mars dernier. Une bonne nouvelle même, si le nombre de nouvelles contaminations s’emballe en effet, les hospitalisations ne suivent pas, ce qui indique que la virulence du virus diminue, comme en Suède d’ailleurs. Nous y reviendrons bientôt.

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Source G Rozier données SPF On voit que l’envolée des tests positifs et l’augmentation moindre des passages en soins intensifs n’entrainent pas pour l’instant un accroissement comparable des décès.

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Données officielles suèdoises 20 3 21 de haut en bas nombre de cas, patients en soins intensifs, mortalité. On constate une dissociation favorable des courbes de contamination et de mortalité, mais aussi le maintien d’un nombre important de patients en soins intensifs

Par exemple, la vague qui fait confiner en Île-de-France elle est surtout centrée sur la Seine Saint-Denis je peux vous dire que j’ai l’impression que depuis 2-3 jours qu’elle commence à plafonner. A Nice, on a attendu d’ailleurs 15 jours de plateau, c’est-à-dire que la vague ait cessé de monter, pour confiner et la vague se moque éperdument de nos confinements de demi-mesures molles, parce qu’on peut choisir soit d’être chinois et de confiner sérieusement, soit d’être suédois et s’en remettre au civisme pour obtenir une distanciation sociale, mais entre les deux les mesures sont quelque peu illusoires. Je vais juste vous prendre un petit détail…

Très rapidement JC, parce que le chrono est explosé.

La question des supermarchés en Hollande et chez nous. Chez nous, on a fait un couvre-feu et on oblige les gens à y aller avant 18h00 et ils s’entassent avant la fermeture, ce sera bientôt 19h00. Au Pays-Bas on a fait le contraire, on a élargi les horaires et réservé des tranches pour les sujets âgées. Alors qui a raison ? À moins que ce ne soient les Chinois qui disent qu’on va au supermarché quand on reçoit sur son portable l’annonce la veille qu’on a 2h pour aller à tel supermarché ou l’affluence est programmée et puis c’est tout. Donc vous voyez que nos demi-mesures européennes ne me paraissent pas très efficaces, parce que vous me faites bien sentir que malheureusement le temps nous est limité aujourd’hui, on reparlera la prochaine fois de la cinétique de l’épidémie et de ce qu’on peut en prévoir, parce que je pense que tout le monde voudrait savoir, moi le premier.

Merci Jacques Cohen pour votre fidélité à nos chroniques, même avec une bougie en plus, un très bon anniversaire avec une journée de retard, à très bientôt Jacques Cohen.

Merci, merci et à bientôt.

 

 

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