Covid-19 : le pari anglais

Chronique du 09 juillet 2021

Sur les ondes de RCF: @ lien en attente

Jacques Cohen, bonjour.

Bonjour.

Et aujourd’hui, on va continuer de s’intéresser à la Covid-19 et faire un parallèle avec nos voisins anglais. Quel est le pari des Anglais ? C’est ma question.

Les Anglais adorent les paris, si j’ose dire. Ils parient beaucoup sur les matchs de foot, par exemple, et là, ils parient sur l’évolution de la vague de variant Delta ou plus sérieusement Boris JOHNSON considère qu’il y a une vague montante de cas de variant Delta en Grande-Bretagne, mais que sa mortalité est considérablement atténuée par la vaccination de la population anglaise, et que donc, on peut laisser filer, c’est-à-dire ouvrir et supprimer les restrictions sociales qui fonctionnaient jusque-là en Grande-Bretagne.

C’est un pari qui a des arguments, il comporte comme tous les paris, quelques risques néanmoins. On ne peut pas pour autant faire un parallèle immédiat avec chez nous, parce que d’une part, notre population n’est pas du tout aussi bien vaccinée que la population anglaise. Les Anglais ont 86,6 %, d’après leur site de santé publique hier, de la population ayant reçu une première dose, nous en sommes à 53 %. Quand vous voyez que pour la deuxième dose cela va faire aussi dans les 37 % chez nous, il y a un décalage tout à fait net. Qui plus est, nous avons, nous, un déficit parmi les sujets les plus à risques, c’est-à-dire les personnes âgées. Chez les plus de 65 ans, nous plafonnons nettement en dessous de 80 % des vaccinés, donc cela c’est quand même assez ennuyeux. Néanmoins, avons-nous une protection efficace contre le variant Delta ? Ce n’est pas certain ! Et les Anglais même, il n’est pas certain qu’ils l’aient puisque un virus cela ne se comporte pas pareil au sommet d’un pic et à son début. Donc il faut quand même faire attention et surveiller. À ce sujet de la question des pics, le pic anglais est entamé, et il va être maximum fin juillet et puis cela va redescendre assez rapidement. Les déclarations gouvernementales sur le pic en juillet en France me paraissent complètement déraisonnables par rapport aux éléments d’évaluation qu’on a. À noter d’ailleurs que s’il y a certes des cas qui remontent, mais c’est parce qu’on a un dépistage qui fluctue et qui là est remonté, avec donc un peu plus de cas positifs en découlant. Nous sommes toujours incapables après presque 2 ans d’épidémie d’avoir un observatoire et un outil d’évaluation des prévalences qui soit correct, c’est quand même assez ahurissant qu’on n’ait pas été capable de mettre cela en place. Donc, on est arrivé à mon avis, non pas à une remontée significative des cas pour l’instant, mais au plateau, c’est-à-dire qu’après la vague la circulation résiduelle virale s’établit à un certain niveau qui semble cette fois-ci être 4 à 5 fois plus élevé qu’entre le premier pic du printemps 2020 et le suivant. Ce n’est pas bon signe, parce que c’est cette circulation résiduelle qui détermine le potentiel de mutation et de diffusion des variants, et donc, qui détermine en quelque sorte à quelle vitesse les pics suivants vont se produire. Puisqu’en effet, nous avons une situation où les variants se bousculent au portillon en quelque sorte, et il peut encore en sortir d’autres que nous n’avons pas repérés pour l’instant. Pour l’instant, la situation est que nous devons nous attendre à des vagues successives, car la protection par l’immunité collective parait sur cette maladie une illusion pour l’instant. Alors, est-ce que cela durera très longtemps ? Peut-être pas, on peut aussi avoir un bouquet final de feu d’artifice de variants méchants, et puis plus rien derrière et disparition du virus. Ou bien au contraire, un virus atténué qui fait qu’on finit par vivre en bonne intelligence avec lui. Donc, là-dessus nous n’avons pas encore de certitude. On peut noter que la vaccination est certes notre principale arme, mais que les mesures d’isolement et l’éradication des foyers sont, dans les pays qui les pratiquent, particulièrement importantes et que nous, nous ne misons que sur une seule carte. Pour revenir au début du sujet, les Anglais parient, mais nous aussi, c’est-à-dire le gouvernement parie sur la vaccination point barre, on ne fait rien d’autre. Cela me parait là aussi comme tous les paris, un certain risque.

Cas UK

Nombre cas dépistés par jour au Royaume Uni. Le pic déjà bien entamé devrait culminer en fin Juillet

Dead UK

Mortalité journalière au Royaume Uni. Même en tenant compte du retard de la mortalité sur le pic, 30 morts par jour contre 500 pour le même nombre de cas en fin octobre semblent faire gagner son pari à B Johnson

JC, d’ailleurs, au tout début de la chronique pour en revenir à vos premiers propos. Vous faisiez un parallèle sur certains chiffres entre la France et l’Angleterre. Comment on explique, par exemple, que la vaccination marche mieux chez nos voisins anglais ? Est-ce qu’il y a une meilleure explication politique pédagogique ? Est-ce qu’il y a plus d’obligation ? Une meilleure discipline de façon générale ? Parce que c’est assez étonnant sur un pays voisin finalement, d’avoir une aussi grande différence.

Il y a d’abord la disponibilité. Au début les Anglais se sont préoccupés d’avoir des doses de vaccin bien plus tôt que nous et se sont mieux débrouillés. Et puis après, il y a donc eu un effet d’entraînement sur le fait que les premiers vaccinés rassuraient les suivants. Nous, nous sommes partis un peu plus tard, nous remontons peu à peu la pente, mais avec un noyau dur d’opposants qui est quand même gênant. Alors, est-ce que c’est un caractère national ? Est-ce que c’est un élément de conjoncture politique parce que manifestement, la population française ne croit guère ce que lui disent ses gouvernants. Alors, on n’est pas les pires pour cela, les pires ce sont les Russes. C’est d’ailleurs assez spectaculaire, ils ont eu un vaccin disponible tôt et le gouvernement russe l’a proposé largement à sa population qui n’en veut pas parce qu’elle se méfie de ce que dit le gouvernement encore plus que les Français. Je crois que c’est l’index de défiance de la propagande ou des communications gouvernementales qui paramètrent l’échelle de la résistance à la vaccination. Résistance à la vaccination qu’il faut bien sûr combattre, au moins pour toute la population au-dessus de 30 ans.

UK Vaccin 10 7

Vaccination au Royaume Uni Vaccins AstraZeneca ou Pfizer

Pourcentage France Vaccin 10 7

2 doses chez 40% des français

France Vaccin 10 7

Premières doses de vaccins en France  Un plafonnement résiduel asymptotique de plus du quart de la population >60 ans la plus vulnérable.

JC, pour combattre cette épidémie de Covid-19, à l’heure où on se fait vacciner on parle d’une première dose, d’une deuxième dose. Est-ce qu’à un moment donné on va ouvrir le débat sur peut-être, faut-il une troisième dose dans certains cas.

Alors, déjà on est certain qu’il y a des cas où c’est indispensable. Chez les immunodéprimés et peut-être d’ailleurs chez les personnes très âgées. Ensuite, Pfizer vient de soumettre un dossier à l’Agence européenne pour dire il faudrait qu’on fasse une troisième dose assez rapidement. Ils ne sont pas tellement mouillés d’ailleurs sur le fait qu’on incorporerait dans cette troisième dose des antigènes de variants ou pas, mais cela veut dire qu’ils savent déjà que l’immunité induite par leur vaccin ne dure pas des siècles. Ce qui est tout à fait logique pour un schéma vaccinal de deux injections à 3 semaines, qui n’est pas de loin la meilleure façon d’avoir une immunité la plus durable. Donc, un rappel est à prévoir dès septembre pour une population vaccinée en France à la fin du premier trimestre 2021. On peut prévoir un rappel, est-ce que ce sera un rappel avec des variants dans le vaccin, en quelque sorte, ce n’est pas encore certain que ce soit prêt, mais la principale incertitude c’est celle des effets secondaires des vaccins RNA aux injections itératives. Nous n’avons pas recul, nous ne savons pas s’il y aura plus d’effets secondaires gênants à la troisième injection qu’à la première et la deuxième, et donc cela, pour les RNA c’est quand même une très grosse incertitude. Il faut rappeler que d’autres vaccins vont arriver, des vaccins en protéine recombinante inerte, des vaccins en virus entier tué et que pour ceux-là on sait que ce n’est pas très grave de faire 36 injections, c’est même souhaitable. Et donc, nous aurons peut-être aussi cette question des rappels avec des vaccins ayant moins d’effets secondaires ou une meilleure tolérance que les vaccins RNA. Sauf que pour l’instant, ils ne sont pas disponibles.

JC, ce que je vous propose, c’est que comme vous le savez. Aujourd’hui, c’est la dernière journée où l’on s’est retrouvé avant les vacances d’été. On va laisser passer l’été, on se retrouvera fin août début, début septembre. Et puis, on fera le point sur la situation, d’ici là, les choses se seront certainement décantées dans un sens ou dans l’autre.

Ah, mais elles vont continuer à évoluer !

À bientôt, JC, merci de nous avoir accompagnés tout au long de cette saison.

À bientôt, bonnes vacances et bonnes aventures professionnelles. Félicitation pour votre diplôme, puisque nous savons que notre journaliste a obtenu un diplôme authentique qui va lui permettre de continuer une carrière de journalisme, dans laquelle je lui souhaite le meilleur.

Merci beaucoup JC, à très bientôt.

Au revoir.

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