Covid-19 variants, les pays à forte vaccination sont-ils protégés ?

Chronique du 02 juillet 2021

Sur les ondes de RCF: @ lien

Avec nous aujourd’hui le professeur Jacques Cohen. JC bonjour.

Bonjour.

Alors c’est vrai que dans l’actualité, en particulier de la santé, on parle beaucoup en ce moment de l’efficacité des vaccins. Alors, évidemment il y a le côté positif et négatif, on va commencer, parce qu’on est optimiste, par les côtés positifs, tout de même Jacques.

Il y a beaucoup de choses positives in vitro, mais la seule chose qui compte c’est la vraie vie, c’est chez l’homme, et là, on a un indice positif qui est que la montée progressive du variant Delta en Grande-Bretagne ne s’accompagne pas, pour l’instant, d’une montée parallèle des hospitalisations. Ce qui voudrait donc dire qu’une population dont les trois quarts ont au moins une injection ferait des formes plus bénignes, mais il faut être prudent parce qu’on est qu’au début de cette montée et le comportement d’un virus n’est pas le même en plein pic d’épidémie ou quand il n’a encore qu’une activité sporadique. Cela, c’est ce qui est positif. Alors ce qui est négatif, on peut y passer tout de suite,

c’est qu’aux Seychelles où il y avait un peu plus de la moitié de la population vaccinée, on a eu une épidémie liée au variant « sud Africain » avec un résultat qui est positif et négatif, c’est que les deux tiers des malades étaient des non-vaccinés – ce ne serait pas charitable de dire cela leur apprendra -, mais un tiers étaient des vaccinés. Donc, de ce point de vue-là, il faut être prudent. Là, on a eu un pic aigu avec un fort taux d’attaque et à ce moment-là le comportement du virus et la réaction de la population n’est pas forcément la même. Alors chez nous, nous ne sommes qu’à 50 % de première dose et donc on ne peut pas extrapoler des informations anglaises, certes préliminaires, mais optimistes, pour dire que ce sera pareil chez nous, malheureusement.

On vous entend très bien, Jacques, mais de temps en temps, et je le dis pour les auditeurs, on a des coups de vent, on entend des petites bourrasques. C’est dire, même si c’est en cette période de juillet, et bien il y a quand même un peu de vent là où vous êtes, Jacques. Alors, autre élément bien sûr dans l’actualité des vaccins, c’est l’obligation vaccinale pour les soignants.

Alors, cela me parait une grande banalité pour dire les choses. Je sais que le gouvernement prépare une loi, mais juridiquement ce n’est pas du tout indispensable parce que des obligations de ce type pour le personnel soignant existent déjà, tout simplement la vaccination contre l’hépatite B est obligatoire pour le personnel soignant depuis longtemps. Il suffirait d’un arrêté au bulletin du ministère de la Santé pour ajouter à la liste des choses obligatoires la vaccination anti-Covid. Il est d’ailleurs à noter que la vaccination contre la tuberculose est toujours dans la liste des choses obligatoire pour la santé, alors qu’on ne la fait plus. Donc, c’est pour dire que là justement de cette liste est une banalité et de ce point de vue-là, il n’y a pas de problèmes juridiques. En revanche, le problème politique c’est qu’on ne peut pas continuer à dire que la liberté individuelle permet n’importe quoi. La liberté s’arrête où on commence à être nuisible pour les autres, et donc, il faut absolument effectivement que tous les personnels en contact avec des malades, et ceux des EPHAD, bien sûr, et d’une façon plus générale, on pourrait étendre progressivement à tous les gens à professions à forts contacts avec le public, c’est-à-dire rencontrant un grand nombre de gens qui devraient être vaccinés. Et ceci, il faut les en convaincre pour la périphérie, les livreurs et tout ceux la.

Mais pour ceux qui sont dans le cœur du métier, dans ce cas-là, il n’y a vraiment aucun problème à rendre la chose obligatoire. Nous ne sommes pas le seul pays concerné, l’Italie vient de le décider, Israël l’a fait depuis un certain temps sous une forme d’ailleurs très simple: pour l’hôpital Hadassah c’est que les gens qui ne voulaient pas être vaccinés ont été mis à pied. On leur a dit un beau matin si vous n’êtes pas vaccinés ce n’est pas la peine de revenir demain. Et généralement, c’est comme cela que ça finit par être compris.

Professeur JC, toujours avec nous aujourd’hui. Quel est votre avis sur la vaccination des adolescents ?

Alors, autant je suis un chaud partisan de la vaccination en général, autant je suis partisan de mesures éventuellement même contraignantes en pourrissant la vie des gens s’ils ne sont pas vaccinés, c’est-à-dire qu’ils ne puissent pas aller au ciné, qu’ils ne puissent pas aller à la piscine, qu’ils ne puissent pas prendre de transports en commun, etc… jusqu’à ce qu’on les écœure et qu’ils soient vaccinés, autant pour les adolescents, je suis extrêmement réservé. C’est totalement justifié de vacciner les adolescents quand on est dans une logique d’éradication virale avec vaccination totale de la population, malheureusement nous en sommes très loin. Nous avons même chez les personnes âgées de plus de 65 ans, les plus à risques, plus de 20 % de gens non vaccinés et globalement nous atteignons à peine 50 % de premières injections. Donc, on n’en est pas encore à avoir suffisamment protégé la population pour raisonner en éradication de la circulation chez des jeunes qui ne risquent rien du virus. Parce qu’ils ne risquent rien du virus, et malheureusement, il y a des effets secondaires beaucoup plus fréquents chez eux avec les vaccins RNA. Chez les jeunes garçons, le risque de myocardite est de 66 par million, ce qui n’est pas négligeable et parmi ces 66 par million, 80 % d’entre eux guérissent rapidement, mais 20 %, semble-il, mettent un certain temps ou ne sont pas encore guéris dans la seule grande série américaine qui est publiée. Donc, je suis assez réservé sur la vaccination des 12-18 ans par exemple, pour l’instant. Si nous en étions à éradiquer le virus, la question serait différente, mais pour l’instant cela me parait un objectif qui n’est pas prioritaire, et qui peut attendre des vaccins plus sûrs.

Et d’autre part, il faut bien se rappeler que les vaccins c’est une affaire de confiance et que si on a par malheur, et cela parait bien à craindre, quelques ennuis graves chez les jeunes, la confiance qu’il y a actuellement dans le vaccin ARN risque de s’effondrer autant que celle dans les adénovirus comme AstraZeneca s’est effondrée sur quelques complications de thrombose qui, en termes de nombre, ne remettait pas en cause le rapport coût/bénéfice du vaccin. Donc, je suis très réservé sur cette opération de vaccination à partir de 12 ans.

Pour terminer, JC, en une minute. Est-ce que vous êtes quand même relativement optimiste ou vous dites, il faut faire attention parce que nous sommes aujourd’hui le 2 juillet, on voit les terrains se remplir, les jeunes qui vont partir en vacances, les moins jeunes aussi. Enfin, on sent quand même que tout le monde se disent « ça y est, on peut sortir, on peut y aller » quel est votre sentiment ?

tests et cas

Le taux d’incidence remonte mais avec un plus grand nombre de tests de dépistage. On semble en fait atteindre le creux post vague et le plateau de circulation virale résiduelle, indice défavorable mais pas signe d’une vague imminente.

Je pense que pour l’instant on regarde passer les trains des variants et ce n’est pas la bonne tactique, parce qu’il y a le variant Delta, mais il y a Delta plus et il y en a d’autres qui vont arriver qui peuvent être beaucoup plus méchants. L’important serait de réduire la circulation virale, en particulier avec des tests massifs dans les zones de foyers détectés, parce que c’est la circulation virale qui en dernière analyse va donner l’échelle du risque, et on ne le fait pas, on ne l’a pas fait. Les Landes, ce n’est quand même que 400 000 personnes, on pouvait très bien décider il y a 3 semaines de boucler le département pour une semaine et tester tout le monde, et ainsi de suite pour le foyer par exemple qu’il y a également à l’autre bout de la France exactement, du côté de Luxembourg. Malheureusement, on n’a pas une tactique de traçage de tests, et d’éradication. Donc après quand on laisse filer on s’en remet au bon vouloir du virus. Alors autant que les gens en profitent un peu, si je puis dire, en attendant que le virus les rattrape s’il choisit de le faire ! Parce que ce virus est un virus farceur et il peut choisir de ne rien faire de particulier ou de donner des formes bénignes, comme de donner une épidémie. La seule chose qu’on peut dire, c’est que de même qu’à Noël il ne s’est rien passé, à partir du moment où nous n’avons pas de mesures sérieuses de confinement comme les Australiens ou les Chinois, les autres mesures, les autres demi-mesures, elles donnent des quarts de résultats, donc ce n’est pas très important de ne pas les appliquer puisqu’elles n’ont pas une grande efficacité. En revanche, en terme individuel, la restriction sociale, c’est-à-dire la distanciation sociale, c’est-à-dire de ne pas recommencer à embrasser tout le monde, etc… de porter des masques, cela reste quelque chose d’important, ne serait-ce que pour que le virus ne remonte pas trop vite et qu’on ait l’été tranquille. Même si on sait qu’après les choses ont des chances sérieuses de se gâter.

Merci professeur JC, d’avoir été avec nous, de nous avoir éclairés. On aura l’occasion bien sûr de vous retrouver prochainement sur RCF. À bientôt, au revoir.

À bientôt, au revoir.

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