Covid19. Le retour de la guerre de religions autour du vaccin

 

JHM Cohen  19 7 21

On pouvait penser que le débat sur la vaccination anti covid19 opposerait les abrutis anti-vaccins habituels d’un côté, adorateurs de la sainte providence qui doit choisir qui doit vivre ou mourir, thuriféraires de la bonne nature et de l’âge d’or d’avant, complotistes voulant déjouer le fichage vaccinal, à une réponse scientifique. La surprise qu’on pouvait craindre dès le Nouvel An, c’est qu’il existe des homologues des précédents, adorateurs de la sainte ampoule de vaccin qui ne peut consubstantiellement ne faire que du bien, jamais d’effets secondaires et dont le pouvoir illimité permet d’en faire la réponse unique au virus: il suffit de piquer tout le monde à partir de 2 ans.  Les deux armées apostrophent le passant: « choisis ton camp camarade! » car dans les deux camps, on marche au pas.

Dans les deux camps, le catéchisme scientifique ou anti-scientifique de base suffit et permet à de parfaits amateurs de renvoyer des professionnels comme JM Claverie, P Sonigo ou moi, dans les cordes. Mao est de retour et la vérité est au sein des masses qui vont rééduquer ces dangereux intellectuels pusillanimes. D’autant que s’ils s’accordent à ne pas souhaiter la vaccination systématique des moins de 30 ans sans facteurs de risques particuliers, ils ne sont pas d’accord entre eux: JM Claverie pense que le virus s’est barré d’un labo où on bricolait des gains de fonction, tandis que j’estime que la nature fait bien plus d’expérience de gains de fonctions que les humains. P Sonigo pense que la victoire d’un variant atténué immunisateur universel est proche, quand je vois plus un feu d’artifice de variants méchants en guise de bouquet final avant la disparition ou l’assagissement du virus. Je plaide pour une détection permanente massive 2 fois par semaine par test et même auto-test génomique sensible permettant de laisser toute la vie sociale ouverte en isolant strictement les porteurs. Mes deux collègues ne sont pas convaincus pour l’instant par ma proposition ou celle de C Hill.

Bref comme toujours, les intellectuels discutent et de ce fait ne sont pas d’accord sur tout. Même et surtout s’ils sont des professionnels expérimentés. Au bûcher, puisqu’ils ne chantent pas à l’unisson, l’une ou l’autre Vulgate. 

Quelle est l’origine et le sens politique de ce retour en force de la pensée magique? La peur sans doute, la sainte trouille de sentir sa propre position précaire dans un monde instable. Mais gloser plus loin sur ses causes sortirait du sujet du jour.

Des variants d’alpha à oméga…..

Pour parler vaccins et politiques vaccinales, il faut tout d’abord revenir à l’évolution de la pandémie et au premier chef à celle des variants. Le virus mute tout le temps. Si un variant prospère, c’est que le virus subit une pression extérieure et s’y adapte. L’immunité vaccinale comme l’immunité naturelle contribuent à l’émergence des variants, aussi longtemps qu’elles ne peuvent y opposer un mur étanche. L’immunité collective anti sars-cov2 est elle possible ? De façon naturelle j’en doute si certains variants comme celui de Manaus sont capables de réinfecter d’anciens malades. Par la vaccination mondiale et coordonnée avec des vaccins anticipant les variants ? Peut-être, mais nous sommes encore bien loin de pouvoir le tenter. Un variant peut être plus contagieux. Ou plus virulent et  tuer un peu plus de monde pour produire plus de virions. Mais il y a une limite à cette stratégie, s’il tue de plus en plus, il s’effondre un jour car les morts ne contaminent plus leurs ex proches. Un variant a aussi une capacité pandémique ou pas selon qu’il peut s’adapter ou pas à un environnement climatique et géographique variable. Le variant indien delta prospère en Europe, alors que le variant Sud-Africain a fait plouf lorsqu’il a été importé dans le Cantal par quelques mahorais, alors que la concurrence virale y était pourtant faible.

Mention d’actualité au variant brésilien de Manaus P1 devenu gamma. En moins de 2 semaines, il a fait une très belle percée au Luxembourg, y écrasant le variant delta indo britannique. Un remake du lièvre et la tortue pour septembre chez nous ?

Luxebourg P1 percée

Le variant gamma ou P1 ou brésilien ( en vert ) fait une percée au Luxembourg au détriment du variant delta ( en rouge ) après un essai timide de plusieurs mois. Reste à voir s’il s’installe durablement.

Le pic épidémique actuel de ce variant delta va culminer dans moins de 2 semaines au Royaume Uni où il dépasse les 50 000 contaminations par jour. Pourtant la mortalité ne monte guère ( de l’ordre de 50 morts/j soit dix fois moins qu’au même niveau d’incidence en Octobre dernier ) dans une population largement vaccinée ( 89% de premières doses ). D’où le pari de Boris Johnson de cesser toute distanciation sociale en renonçant à éradiquer la circulation virale si ses conséquences sont contrôlées. Le Royaume Uni n’est pas à l’abri pourtant des gestes rituels sans base scientifique puisqu’on apprend que le même premier ministre, ancien malade dûment confirmé ayant dû bénéficier d’oxygène, est mis en quarantaine comme sujet contact bien que testé négatif. Le variant delta ne semble pourtant pas échapper à l’immunité naturelle ou vaccinale contre la souche initiale !!!!   

 

Des choix vaccinaux rituels non scientifiques 

La vaccination des anciens malades est un dogme français. Sans vérifier si leur immunité persiste ou est vite retombée. On peut en craindre des cas d’hyper-réactivité avec exacerbation ou même création de maladies auto-immunes.

La vaccination des adolescents est une situation encore plus frappante: avec les vaccins ARN seuls disponibles pour eux dans notre pays, on peut attendre quelques centaines de myocardites et péricardites chez les adolescents mâles ( 66/M aux USA ). Si la plupart guérissent rapidement, certaines vont laisser des insuffisances cardiaques durables voire définitives. Quelques morts subites sont aussi probables. Chez des adultes à risque sérieux de la maladie, on n’hésiterait pas un instant devant un coût./bénéfice indiscutable. Ici les ados ne risquent absolument rien en cas d’infection s’ils n’ont pas de facteur de risque largement identifiable à l’avance. Les sacrifier ainsi n’aurait qu’une justification et encore: supprimer la circulation virale.

Ce but est illusoire en France actuellement, avec une population vaccinée de 56.44 % de premières doses et surtout avec un variant delta dont la contagiosité a triplé celle de la souche initiale. Les épidémiologistes numériques amateurs, j’allais dire numérologues, adeptes du R zéro diront 6 au moins et vu la dispersion individuelle du pouvoir contaminant, curiosité de ce virus, avec des pointes à 12. Ce qui dans leur équation favorite nécessite respectivement que 83% ou 92 % de la population soit protégée pour éradiquer le virus.  La vidéo surveillance implacable en Australie a enregistré une contamination en tenant une portière, par une proximité de 50 cm pendant 10 secondes !! Il faut d’ailleurs noter qu’à cette aune, aucune protection de filtration d’air ne peut être efficace en avion, en train ou en bus….  

Compte-tenu des inconvénients des vaccins RNA chez les jeunes, il conviendrait de ne pas les vacciner avec cela, en attendant ou en important les vaccins classiques sub-unitaires ou virus entiers tués, qui eux sont sans risques. 

D’autant que les vaccins RNA ou d’ailleurs adenovirus et en fait tous les vaccins ont une remarquable efficacité individuelle, y compris chez les personnes âgées en relative bonne santé. Si toute la presse relaie les succès des vaccins occidentaux, le succès de terrain au Chili du vaccin chinois Sinovac, pourtant légèrement inférieur aux autres et même à son concurrent Sinopharm dans son schéma d’administration, est très encourageant. Il est donc possible de protéger l’essentiel des sujets à risque, quelque soit leur âge en les vaccinant. Ils seront ainsi indifférents à de potentiels contaminateurs juvéniles autour d’eux.

Chez des immunodéprimés et des catégories particulières, il faut non seulement des efforts mais du sur mesure.

On voit déjà en Israël des « percées  » de contaminations de sujets vaccinés par deux doses de vaccin Pfizer. Sur 400 cas, 250 ont été sévères et 90 sont morts. On voit donc là où la vaccination est  la plus avancée, la limite classique du vaccin qui protège bien la plupart de ceux qui en ont besoin, très bien ceux qui n’en ont pas besoin, et mal ceux qui en auraient le plus besoin. 

On a constaté par exemple que les insuffisants rénaux et particulièrement les transplantés répondaient mal, même à une troisième ou quatrième dose. Il faudra voir selon l’essai en cours en Grande Bretagne Covboost quel succession vaccinale serait la mieux adaptée. Et il faut poursuivre la recherche. En matière d’adjuvant par exemple, la firme Dynavax a développé un vaccin anti HBV destiné aux non répondeurs au vaccin classique, basé sur un nouvel adjuvant que Valneva va utiliser à petite dose dans son vaccin anti sars-cov2 virus entier tué. D’autres pistes sont possibles…

D’autant que les vaccins actuels ont été des prouesses de rapidité mais que leur niveau d’effets secondaires, qu’on ne listera pas aujourd’hui, que les anti-vax exagèrent et les adorateurs de l’ampoule ne veulent pas voir, est très au dessus de ce qu’on accepte habituellement pour un vaccin. et que les générations suivantes de vaccins permettront d’éviter.

Qui vacciner et que faire en dehors du vaccin ?

Il faut tout d’abord vacciner en commençant par aller les chercher notamment pour les personnes très âgées, vivant à domicile. Les facteurs de risques déjà classiques d’obésité, diabète, HTA, insuffisance rénale. Mais aussi parmi les traitements anti cancéreux ou immuno-suppresseurs, on sait maintenant que les malades traités par le methotrexate ou les anti cd20, sont à risque accru. Mais parmi les anomalies génétiques, il n’a été que récemment compris que les trisomiques ont un risque relatif énorme de plus de 25.

Vacciner toute la population de plus de 30 ans hors quelques contre-indications ( antécédents de Guillain-Barré, rhumatismes inflammatoires instables par exemple ) et les sujets plus jeunes porteurs de facteurs de risques.

La distanciation sociale est mise en place en France sous forme de demi mesures collectives très en dessous d’une demi efficacité, souvent incohérentes comme le filtrage d’accès aux TGV mais le maintien de l’accès sans filtre aux RER. 

Il faut marcher sur deux jambes, vacciner et dépister, et ne pas se réfugier dans une tentative de vaccination totale de la population comme seul moyen de lutte anti-virale.

Dépister ! Dépister isoler peut paraitre illusoire en plein pic. La fenêtre d’action se situ en fin de pic en circonscrivant les foyers nouveaux souvent variants, et en écrasant la circulation virale silencieuse. Plus bas est ce niveau résiduel, plus lente est la remontée. C’est une circulation résiduelle très inférieure à la notre qui semble retarder la montée des pics variants en Allemagne. Ce que nous n’avons pas fait sérieusement et qui nous aurait permis de gagner du temps pour vacciner plus et diversifier nos sources de vaccins. 

 

 

 

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