Covid19/ MERS: il faut vacciner les chameaux !

JHM Cohen Chronique du 3 septembre 2021

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/actualite/chronique-dactualite/embed?episodeId=144306

Il est l’heure dans ce magazine régional de retrouver le professeur Jacques Cohen.

JC bonjour. Vous ne vous êtes guère éloigné durant ces vacances, et pourtant vous auriez peut-être aperçu des chameaux, JC ?

Je les ai aperçus, mais cette année de loin, les chameaux. Parce que les chameaux ont une importance dans l’épidémie et dans son évolution. Dans l’épidémie de SARS-CoV-2 comme dans le futur des Coronavirus dans l’espèce humaine. Et les chameaux sont même une bombe à retardement.

Alors, JC, expliquez-nous pourquoi ces chameaux sont une bombe à retardement, et pourquoi dans cette rentrée sur RCF, faire le choix plutôt que de nous parler de l’état du pic actuel de l’épidémie de Covid-19, nous parler de ces chameaux que vous avez croisés de loin ?

Et bien, il faut prendre du recul et se rappeler que les trois Coronavirus récents sont celui de Hong-Kong qui en 2002 a donné un pic en Chine et en Corée, puis qui en 2003 a totalement disparu. Il faut rappeler quand même que des Coronavirus peuvent donner quelque chose de fugace dans notre espèce: il y a quand même eu plus de 2000-2500 cas, et pourtant disparaître, ce qui est quand même, aussi, un espoir pour l’épidémie actuelle.

Le second, c’est le MERS (Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient), et celui-là, il est beaucoup plus particulier et c’est de celui-là dont on va parler aujourd’hui.

Chameau-Bactriane-6

Chamelle de Bactriane avec ses petits au zoo de Cerza en Normandie

D’abord, parce qu’il est assez férocement mortel, entre 1/3 et la moitié des patients selon les endroits où ils ont été médicalisés. Il était localisé quasiment exclusivement en Arabie Saoudite et dans le golfe arabo-persique. Et avec une curiosité aussi, c’est que malgré le pèlerinage, malgré les brassages de population qui ont certainement ramené du virus à la maison, et bien, il ne s’est pas répandu. C’est-à-dire qu’il n’a pas de capacité, pour l’instant, à donner une pandémie en s’implantant sous d’autres climats, latitudes et populations. 

Néanmoins, il a une grande importance parce que son vecteur est le chameau. Nous y voilà pour les chameaux. Le chameau a ce Coronavirus comme virus endémique qui, chez lui, donne des rhumes. Alors, comme il a de grosses narines, un chameau peut éternuer et donc peut contaminer l’homme. Comme d’habitude, le virus bénin dans une espèce devient méchant dans une autre, et il y a donc des contaminations de temps en temps. Mais cela n’a pas donné d’épidémie interhumaine importante. Pourtant, il y a un problème potentiel sérieux, c’est que si le chameau peut nous donner du MERS de temps en temps, nous, nous allons donner certainement maintenant du SARS-CoV-2 aux chameaux, puisque l’espèce humaine tout entière est aujourd’hui largement porteuse et disséminatrice. On a déjà vérifié que le chameau est sensible au Sars-cov2.

Et il y a là un grand danger de recombinaison et de modification. Soit de modification de notre SARS pour récupérer des morceaux qui le rendraient plus ou moins méchant, soit surtout des modifications du MERS qui passerait d’un virus occasionnellement humain à un virus à potentiel pandémique humain, et cela parait relativement facile puisque l’on sait que chaque fois que le virus, du moins pour ces Coronavirus, change d’espèce, et bien, il s’adapte, il étudie en très peu de temps des tas de solutions, mutations et recombinaisons pour changer complètement.

Autant pour le SARS-CoV-1 de Hong-Kong, on a trouvé le vecteur intermédiaire qui était la roussette, que pour le MERS on sait que c’est chez le chameau. Mais pour le SARS-CoV-2 la situation d’émergence du virus parait plus compliquée et on n’a pas de solutions simples avec une marche d’escalier d’une espèce animale à un passage chez l’homme. Donc, il faut garder le fait que le SARS-CoV-2 a un potentiel un peu compliqué et probablement plus protéiforme que les autres, mais que s’il va se promener et faire son marché dans du MERS, on peut avoir des misères tout à fait sérieuses. D’autant que les chameaux et tous les camélidés, ne font pas tout à fait les mêmes sortes d’anticorps que les autres mammifères. Ils ont deux types d’anticorps, l’un d’eux pouvant cibler des motifs que les autres espèces ne savent pas reconnaître. Et ainsi créer une variabilité du virus originale sous cette pression.

Donc de ce point de vue là, le slogan est qu’il faut vacciner les chameaux. Alors vous allez me dire que cela pose quand même un certain nombre de problèmes. D’abord, parce que les chameaux, il y en a beaucoup et pas assez. Par exemple, il y en a 3 millions au Kenya. On a toujours l’impression que le chameau est limité à l’Arabie, mais non, il y en a au Kenya, largement, mais cela ne fait pas 7 milliards d’humains, et donc pour faire un vaccin pour des petites quantités, il faut que cela soit un médicament orphelin, parce que sinon c’est un problème économique pour les firmes. Ou il faut que cela soit fait par des agences gouvernementales ou par une organisation internationale, parce que c’est un enjeu de santé publique. En effet, bien évidemment, aucun chameau ne viendra acheter sa dose pour se faire injecter comme vous savez.

Donc, il faut faire un vaccin contre le MERS, ce qui pour l’instant n’existe pas et ce qui pose des problèmes, parce que ce virus étant très dangereux, si on fait un virus inactivé, tué après l’avoir cultivé, et bien il faut d’abord le cultiver vivant, et à ce moment-là, c’est cultiver à très grosse échelle un virus très dangereux. Donc, il faut une installation de sécurité. Vous avez toujours entendu parler du P4, le fameux P4 de Wuhan, et de quelques autres, il y en a un à Lyon par exemple. Il faut une usine entière à ce niveau de sécurité, et donc ce n’est pas si simple. L’autre solution est de s’attaquer à faire des vaccins sub-unitaires avec des protéines de son spike ou éventuellement quelques autres peptides aussi. Mais après, il faut que l’on trouve les bons adjuvants pour que cela donne une immunité durable. Et donc, la perspective serait d’essayer de vacciner au moins tous les chameaux en contact avec les êtres humains pour repousser le MERS et éviter que le SARS-Cov-2 et le MERS n’aient des unions coupables, si je puis dire.

Alors les hybrides de SARS-CoV-2, c’est l’occasion de rappeler que le chameau lui-même est une espèce très portée aux hybrides, d’un système beaucoup plus compliqué que l’âne, le mulet et le bardot. Je vous les épargne, mais il y a le turcoman, il y a des variétés qui gardent deux bosses mais rapprochées, il y a une variété avec une grosse bosse plate, etc. C’est une espèce qui fait beaucoup d’hybrides et c’est quasiment symbolique que l’on craigne des virus hybrides dans une espèce qui fait des hybrides.

JC, pour continuer votre démonstration par rapport à ce que vous nous disiez. C’est vrai que l’on a compris que les souches animales seraient davantage dangereuses, notamment celle du chameau. C’est finalement ce rapport avec les variants, avec les reprises épidémiques, avec les nouvelles poussées et ce genre de choses.

Absolument, parce que là, le MERS est quasiment un cas d’école. Il ne se répand pas en grande partie parce qu’il est trop mortel et qu’il ne fait pas de contaminations interhumaines significatives. Si en quelque sorte, il était plus produit mais atténué du point de vue de sa mortalité, il récupérerait probablement un potentiel de diffusion humaine épidémique voire pandémique beaucoup plus dangereux. On a toujours le mythe du savant fou qui fabrique un virus dangereux par gain de fonction et qui le rend de plus en plus mortel. Et bien, en l’occurrence c’est le contraire, il faudrait l’atténuer un peu, et fort heureusement c’est une chose que l’on ne fera pas, parce qu’au contraire, on veut tuer ce virus et non pas s’en servir.

JC, il nous reste une minute ensemble. C’est vrai que l’on a balayé avec du recul comment on a pu en arriver là, JC. Si on donne un petit mot, malgré tout sur l’actualité, sur cette épidémie de Covid-19. Quel est votre regard après ces deux mois d’été qui sont passés ?

Et bien, nous avons bien sûr une vague que je ne commenterai pas parce que tout le monde la connait. Mais la question c’est la suite. Ce variant Delta ne semble pas être capable d’éradiquer les autres variants, la question ce n’est pas seulement qu’il donne un pic, mais il reste environ 5% actuellement d’autres souches en France, c’est-à-dire quelques centaines de cas trouvés chaque jour. Et donc quand ce pic Delta va retomber, si le variant n’a pas écrasé cette circulation virale d’autres souches, on va voir progressivement monter d’autres variants qui n’ont pas été éradiqués. Car vous savez qu’une des solutions pour qu’un virus disparaisse, c’est qu’il y ait une souche soit atténuée, soit même très méchante qui au contraire fasse le ménage, il n’y a plus qu’elle. Et une fois qu’elle s’écroule, et bien le terrain est nettoyé, et cela malheureusement, on est maintenant quasiment sûr que Delta n’est pas capable de le faire.

Donc, on va devoir attendre de voir apparaître ou pas, d’autres souches plus ou moins méchantes, en surveillant particulièrement leur capacité d’éradiquer les autres, ce qui n’est pas souvent regardé ou compris actuellement.

Alors, d’autre part, on verra dans une prochaine chronique, je pense, l’évolution des vaccins en fonction de ces variants, mais il faut déjà savoir que pour l’instant, on n’a pas l’impression que l’immunité naturelle ou vaccinale permettent de voir le bout du tunnel pour la fin 2021. Je crains que nous n’en ayons encore pour beaucoup plus longtemps.

Et bien, le rendez-vous est déjà pris avec vous, Jacques Cohen, pour évoquer ce sujet la semaine prochaine. Vendredi prochain dans le magazine régional et puis dans votre chronique d’actualité. On vous dit à très bientôt, JC.

À bientôt.

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