Covid-19 : quelles immunités ?

JHM Cohen Chronique du 10 septembre 2021

Sur les ondes de RCF: lien

Jacques Cohen bonjour.

Bonjour.

Aujourd’hui on s’intéresse à l’immunité, et notamment il y a pas mal d’annonces en ce moment à propos du vaccin qui concerne l’immunité muqueuse. De quoi s’agit-il JC ?

Alors, l’immunité et l’immunologie c’est compliqué, mais il faut quand même essayer de faire comprendre au grand public un certain nombre d’éléments qu’il ne faut pas regarder comme réservées aux spécialistes parce que sinon il n’y a pas d’appréhension scientifique des choses. L’immunité muqueuse, on la voit propulsée sur le devant de la scène parce qu’il y a une annonce tonitruante aujourd’hui d’un candidat vaccin par voie muqueuse français.

covid-19 vaccin nasal

Depuis les années 50, les tentatives de mettre au point des vaccins par voie nasale ont été nombreuses. Spray nasal Capital°

Il faut bien dire qu’il y a 8 vaccins de ce genre en développement dans le monde et que le principal, celui qui courait en tête, marque le pas parce qu’il rencontre des difficultés. Alors avant de voir leurs difficultés, il faut comprendre pourquoi. L’immunité muqueuse c’est que nous avons un système immunitaire sur les muqueuses qui nous protège contre tout ce qui arrive de l’extérieur et qui ne fonctionne pas tout à fait comme le système immunitaire général qui nous protège contre tout ce qui va se passer à l’intérieur du corps. Un des principaux problèmes c’est que le système d’immunité muqueuse est beaucoup plus consacré à la tolérance, c’est-à-dire au fait qu’on ne réagisse pas à tout ce qu’on mange, tout ce qu’on touche plutôt qu’à répondre. Donc, cela c’est déjà un problème parce qu’il est souvent tolérogène. Et que ses réponses protectrices ne sont que rarement durables. Ensuite, il fonctionne effectivement très différemment : les cellules de l’immunité muqueuse, si on les récupère et qu’on les injecte par voie veineuse, elles retournent à la maison dans le système associé aux muqueuses. Il y a beaucoup de cellules qui sécrètent une immunoglobuline particulière, l’IgA. Et d’ailleurs quantitativement contrairement à ce que les gens croient, ce ne sont pas les IgG la principale immunoglobuline produite, c’est l’IgA. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’IgG dans le sang, mais au total il y a plus d’IgA qui sont fabriqués justement par ce système associé aux muqueuses. Alors en termes de vaccination, c’est important, parce que par exemple, pour la poliomyélite on sait que le vaccin classique tué protège contre la maladie, mais n’empêche pas le portage du virus sur les muqueuses. Et seul le vaccin vivant atténué comportant une immunité cellulaire et muqueuse protège contre le portage et a permis l’éradication de la maladie.

Alors, dans le cas du Covid, on a un peu le même souci avec en plus un grand nombre d’incertitudes, il y a des tas de choses qu’on ne connaît pas sur le rôle de l’immunité muqueuse, le rôle de l’immunité cellulaire, parce qu’on a un certain nombre d’éléments in vitro au labo pour analyser des réponses anticorps ou des réponses cellulaires, mais cela ne veut pas dire forcément que c’est protecteur. Je vous rappelle que quand Koch a découvert la tuberculine, il pensait avoir mis la main sur quelque chose qui vaccinerait. Malheureusement, on a un réactivité anticorps, une réactivité cellulaire contre la tuberculine, mais cela ne protège pas de la tuberculose. Donc, vous voyez c’est un sujet plus compliqué que les annonces de presses tonitruantes que l’on voit de temps en temps qui sont liées aussi au développement économique des start-up concernées.

JC, lorsque vous parlez immunité, on a quand même d’autres questions qui nous viennent en tête. On pense aussi notamment à l’immunité croisée avec les autres CoronaVirus.

Actuellement il y en a environ 4. Et ces CoronaV classiques en quelque sorte, tous les enfants finissent par les attraper. Il ne faut pas oublier qu’ils tuent également quelques personnes fragiles assez régulièrement. C’est difficile à chiffrer, mais cela fait quand même quelques centaines par an au minimum, En fait, on n’y a pas prêté attention avant cette nouvelle épidémie, mais cela existait. Alors un gros problème, c’est qu’on a du mal à juger de l’immunité croisée. Il y a des immunologistes tout à fait respectables qui disent « l’immunité contre ces virus de l’enfance protège les adultes et c’est pour cela qu’il n’y a que les vieux qui sont malades du Covid ». Il y a quelques arguments in vitro en faveur, mais il y en a d’autres aussi qui ne le sont pas. Mais il faudrait aussi expliquer pourquoi à l’âge d’être grand-père, on ne serait pas ré-immunisé par les virus de ses petits enfants.

Mais le premier problème pour croire à cette théorie, c’est qu’on a du mal à croire, si j’ose dire, que l’immunisation contre les petits cousins donne une immunité beaucoup plus durable, beaucoup plus efficace et beaucoup plus large que l’immunité contre les frères et sœurs. C’est-à-dire qu’on a vu qu’il y a des variants qui échappent à l’immunité, qu’elle soit naturelle, c’est-à-dire  donnée par l’infection ou qu’elle soit vaccinale et que l’immunité vaccinale descend assez rapidement, il parait difficile d’admettre que l’immunité lointaine protège mieux que l’immunité proche, mais bon cela reste encore à investiguer.

Alors, l’autre aspect, on a un autre élément récent, c’est que les gens qui ont eu la maladie et du vaccin, soit systématiquement, soit par hasard, semblent faire des réponses qui sont plus larges, ou du moins une partie d’entre eux font des réponses plus larges, que les vaccinés standards ou que même les convalescents standards. C’est-à-dire plus large au sens où elles protègent mieux par rapport au vaccin. Cela peut-être une question complexe de développement de la réponse immune ou cela peut-être tout simplement parce que si vous poussez une réponse immune plus haut, comme tout pic plus élevé elle aura une base plus large en quelque sorte, et donc la différenciation de cette réponse permet d’avoir des épitopes, excusez-moi du gros mot, c’est-à-dire des choses qui sont présentes sur différents variants qui soient mieux couvertes. Donc là aussi, c’est une piste intéressante à la fois sur le plan théorique comme pour la définition des vaccins et à la fois sur le plan pratique, parce que cela pourrait être une solution de protection, mais malheureusement elle ne concerne qu’une partie des gens qui sont soumis à cette double stimulation et pas tout le monde.

Alors JC, vous nous dites qu’il y a des solutions qui ne concernent qu’une partie des gens. Comment fait-on aussi avec l’immunité collective, notamment avec la protection vaccinale, avec de plus en plus de personnes qui sont vaccinées ?

Alors, il y a de ce point de vue-là, à mon avis, une illusion, du moins un espoir déçu qui est que de protéger par le vaccin, qui finalement marche très fort, la population permettrait de casser l’épidémie et de faire disparaître le virus assez rapidement. On a vu qu’il arrive à se faufiler par des variants, on a vu qu’il se faufile parce qu’il y a des gens qui ne répondent pas au vaccin, on a vu qu’il se faufile parce que la réponse vaccinale globalement diminue plus ou moins vite, d’ailleurs plutôt vite que moins pour les vaccins qui ont été développés jusqu’à présent. Donc, un enjeu, c’est de faire des vaccins avec des immunités beaucoup plus durables, parce que s’il faut couvrir plus de 90 % de la population, entre l’immunité naturelle et l’immunité vaccinale par addition, si j’ose dire, en construisant un mur avec des briques, cela marche. Mais si c’est un tonneau des Danaïdes ou des savonnettes quand il y en a une partie qui descend au fur et à mesure qu’on monte une partie du mur de l’autre côté, on n’y arrivera jamais. Il faut qu’on dispose de meilleurs outils pour espérer une protection de ce genre. Et pour l’instant je pense que les vaccins devraient plus avoir comme but de protéger totalement les sujets fragiles, donc de courir après non pas les derniers, mais les centaines de milliers de sujets fragiles qui ne sont pas vaccinés, qu’il s’agisse de personnes âgées, qu’il s’agisse de sujets à risque, de sujet qui sont que « à moi, cela n’arrivera pas » ou bien fatalistes « parce que c’est dieu qui décide », etc… Il faut qu’on leur coure après parce que c’est eux qu’on peut protéger avec le vaccin. Au contraire, courir maintenant, l’option de l’immunité collective en vaccinant tout le monde à partir de l’âge de 2 ans, cela ne me parait pas une bonne solution, car des complications des vaccins RNA chez les sujets jeunes ont un rapport qualité-prix qui n’est pas acceptable dans cette tranche d’âge.

Et bien, merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur les différents types d’immunité. On aura certainement l’occasion d’en reparler. A très bientôt JC.

 A bientôt.

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