Pic de fin d’année du Covid19: une bataille perdue d’avance

Chronique du 17 novembre 2021

Sur les ondes de RCF @ lien en attente

Il est l’heure de retrouver le professeur Cohen pour la chronique d’actu, une chronique santé comme depuis cette épidémie de Covid-19 qui court. Professeur Cohen, bonjour.

Bonjour.

Le point sur la Chronique santé, aujourd’hui c’est le nouveau pic épidémique qui remonte. On en entend notamment parler pour ce qui concerne notre territoire dans les Ardennes avec plus de 122 cas pour 100 000 habitants. Comment analyser cette situation, professeur ?

Et bien, je crois que le pic de fin d’année est maintenant inéluctable. Si vous voulez, cela ressemble aux batailles navales du temps de la marine à voile. Avant le premier coup de canon, les jeux étaient faits parce que selon la position respective des deux escadres, les bateaux étant peu manœuvrant, on savait ce qu’il allait se passer. Et là, nous avons en quelque sorte déjà perdu le Trafalgar viral de la fin de l’année. Est-ce qu’on aurait pu gagner ? On aurait eu de meilleures chances, sans certitude quand même, avec une autre tactique. En effet, la seule question qui reste c’est : aura-t-on un pic autrichien ou un pic Royaume-Uni ?

C’est-à-dire ?

Le pic autrichien c’est le pic aigu et le pic Royaume-Uni c’est le pic plat on pourrait dire, car au Royaume-Uni, depuis juin, il y a 100-150 morts par jour, c’est-à-dire un pic relativement plat, un plateau qui n’en finit pas et comme souvent, et d’ailleurs comme chez nous dans la période nous avons eu un pic plat continu, les pics plats tuent finalement plus que les pics aigus parce que les pics aigus, c’est bref. En plus, les pics aigus cela fout la trouille et donc les gens font attention et cela se calme plus vite que les pics plats.

Donc, les jeux sont faits parce que les anticorps à prendre comme prophylaxie, il n’y en a pas assez et ils ont des inconvénients pratiques, donc, on ne peut pas compter dessus au point de vue santé publique. On peut essayer de protéger les plus fragiles avec, c’est tout ! Les médicaments, ils ne sont pas encore là. Il y en a que deux qui sont sortis et qui arriveront d’ici quelques semaines ou quelques mois, il y en a 4 ou 5 qui suivent, on ne sait pas encore quels seront les bons, donc bref, les médicaments ce n’est pas l’arme décisive non plus cette fois-ci.

Donc il reste deux armes, les armes de santé publique et vue nos habitudes médiocres en matière de distanciation sociale et surtout dépistage, on ne peut pas non plus compter dessus. En plus cela marche dans la période intermédiaire entre les pics où l’on peut écraser la circulation virale et quand les pics sont déclenchés, c’est trop tard.

Il reste les vaccins ! Alors, de ce point de vue-là, on a une constatation, c’est que même avec le taux de vaccination que nous avons, nous sommes incapables d’abolir la circulation virale, on la diminue, mais on le l’abolit pas. Donc c’est un des éléments qui peut donner un paramètre de pic plat ou de pic aigu, on ne sait pas encore trop, mais en tout cas, ce n’est pas une vaccination d’éradication. Et là-dessus, on est quand même bien ennuyé parce qu’il faudrait se concentrer sur la vaccination utilisée comme protection, c’est-à-dire vacciner tous les sujets fragiles. Alors il y a, si j’ose dire, schématiquement deux catégories de sujets fragiles qui sont mal vaccinés. Il y a les très vieux, qu’il faut aller vacciner à la maison parce qu’eux, ne sortent pas, donc ouvrir des centres c’est très bien, mais ils ont beaucoup de mal à sortir. Ce ne sont pas les vieux en institution qui posent problème, ceux-là on les a rattrapés, on les a piqués, mais ce sont ceux qui sont chez eux, qui ont beaucoup de mal à sortir, sans parler de comment faire pour utiliser Doctolib à 90 ans, il n’y a pas beaucoup de gens qui savent le faire. Les médecins qui font peu de visites à domicile ou de moins en moins ne sont pas la seule solution. La bonne solution c’est l’infirmière ou des équipes mobiles qui avec les listes municipales font le tour, parce qu’il nous reste plus de 10 % de plus de 85 ans non vaccinés et qui sont les cibles les plus fragiles.

Ensuite, à partir du moment où on a des vaccins RNA uniquement, nous nous sommes laissés enfermer dans ces vaccins RNA. Je crois qu’il faut tenir compte des effets secondaires, tenir compte des risques potentiels en troisième injection, qui vont probablement être quand même plus élevés qu’en seconde injection, et tenir compte des risques dans la population qui présente un niveau de coupure. En dehors des catégories à risque des obèses, des hypertendus, diabétiques, maladies neurologiques, déficits immunitaires, etc. en dehors de ces cas-là, l’âge est linéairement un facteur de risque, mais la cassure est à 30 ans. Avant 30 ans, il n’y a pas de risque, hors des facteurs classiques. Donc, si justement les complications des vaccins RNA sont surtout avant 30 ans, je ne vois aucune raison de s’exciter pour vacciner ces temps-ci dans ces catégories d’âge, a fortiori les gamins de 5 à 11 ans, même si à mon avis ils ont moins de risque qu’après la puberté. Nous n’avons pas les vaccins chinois ou indien en virus entier tué ou le Valneva, d’ailleurs, qui est de la même catégorie, et qui permettent aux Chinois de vacciner à partir de l’âge de 2 ans. Nous ne les avons pas et nous devons en tenir compte et mon opinion est que nous devrions vacciner soigneusement tout le monde à partir de 30 ans, et très soigneusement les vieux. Et comme l’effet de la vaccination diminue rapidement, c’est déjà trop tard pour vacciner ou faire une troisième dose à tous les plus de 30 ans en temps utile pour éviter la casse durant la vague de fin d’année. C’est dommage, car le virus qui circule n’échappe pas aux anticorps vaccinaux. Après le pic actuel, il y aura peut être des variants qui sachent le faire pour le tour suivant. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas et si nous avions vacciné et fait des rappels plus tôt, nous pourrions laisser filer un virus qui ne tuerait plus grand monde. Mais malheureusement, nous n’en sommes pas là

JC, vous évoquez cette coupure à 30 ans et vous nous avez déjà donné quelques éléments. Mais pourquoi spécifiquement cet âge de 30 ans ?

Parce que quand on regarde les courbes de mortalité, il n’y a pas de mortalité avant 30 ans qui ne soit lié à un facteur de risque. Et donc à partir du moment où on a des inconvénients à ces vaccins d’urgence, qui sont très utiles au-delà, bien sûr, qui sont indispensables, il ne s’agit pas d’arrêter ! Mais au-delà, il faut avoir une attitude responsable et adulte, on sait qu’il y a des ennuis, qu’il peut y avoir un peu de casse, mais par rapport à la casse de la maladie, la question ne se pose pas, la maladie fait plus de dégâts que le vaccin. Avant 30 ans ce n’est pas le cas ! Donc, le seul intérêt qu’il pourrait y avoir à vacciner avant 30 ans ce serait d’éradiquer la circulation virale, mais cette vaccination est un peu un tonneau des Danaïdes parce que sa protection redescend rapidement. On sait qu’on n’est pas capable d’éradiquer la circulation virale, donc si on ne peut pas éradiquer la circulation virale, il n’y a pas de justification à vacciner avant 30 ans en vaccin RNA. Quand on aura d’autres vaccins – parce que j’espère qu’on ne va pas continuer indéfiniment à être enfermés avec les RNA – là, la question se posera différemment.

JC, on peut aussi aborder dans cette chronique la question du pass sanitaire qui permet de sécuriser les rencontres entre les personnes qui normalement sont vaccinées, ce genre de chose, mais c’est vrai, qu’il y a certains lieux où il n’est pas utilisé de la même manière que dans un autre, etc. Alors la question du pass sanitaire, JC, qu’en pensez-vous ?

Et bien, non seulement je suis partisan du pass, mais je suis partisan de le renforcer, je suis partisan du pass partout ! C’est-à-dire que je ne vois pas pourquoi il faut un pass dans le TGV et pas dans le RER, qu’il en faut un à l’hôpital et pas à l’université, etc. Je suis pour que non seulement on étende les champs du pass et d’autre part, qu’on le fasse respecter parce que pour l’instant il n’y a pas de contrôle. Les restaurateurs, par exemple, demandent « vous avez le pass ? Bon, entrez » et bien, je crois qu’il faudrait prévoir deux choses :

  • que les gens qui ont oublié leur pass payent 135 €, ça, c’est classique et cela me parait banal,

  • que tous ceux qui sont hostiles à la vaccination et qui se promènent avec le pass du voisin, et bien, c’est une fraude et cela devrait taper lourd, cela devrait coûter 1500 balles au minimum et cela dissuaderait les gens assez rapidement.

Donc cela voudrait dire contrôle du pass sanitaire et de la carte d’identité en même temps ?

Par des contrôles de police, tout simplement. Des contrôles de police qui rentrent dans les restaurants ou les bistrots qui disent « bonjour monsieur, contrôle d’identité, contrôle de pass » ce n’est pas la peine de contrôler tout le monde, une fois que vous l’avez fait dans deux ou trois salles et que deux ou trois fraudeurs se sont fait coincer, les restaurateurs comprendront (puisqu’eux aussi vont avoir une amende s’ils ont des ressortissants à qui le pass n’a pas été demandé) et la population comprendra. À ce moment-là, ceux qui ne veulent pas être vaccinés comprendront qu’ils n’ont qu’à rester chez eux puisque nous ne sommes pour l’instant pas en situation de pouvoir leur imposer la vaccination. Mais il faut continuer, très honnêtement, de pourrir la vie de ceux qui ne veulent pas jouer le jeu collectif, même s’il y a des risques. Nous devons admettre que nous vivons en société. Autrefois on n’hésitait pas à demander aux jeunes au contraire de porter des flingots et d’aller se faire trouer la peau, maintenant on a le problème dans l’autre sens, on a une population de plusieurs millions de personnes non vaccinées d’âge moyen, – je ne parle pas seulement des vieux qui ont des problèmes d’accès au vaccin – qui ne veulent pas. Et bien, s’ils ne veulent pas il faut qu’ils aient des contreparties négatives à leur non-participation à la solidarité collective.

Et bien, merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés sur ce nouveau pic épidémique qui approche à l’occasion de cette fin d’année, et qui est même en cours. On aura l’occasion d’en reparler évidemment, sur les antennes de RCF dans la chronique d’actu et la chronique santé. À très bientôt, JC.

À très bientôt, au revoir.

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