Covid-19: Le pic oublié

Chronique du 01 avril 2022

Sur les ondes de RCF: LIEN

Chronique d’actu aujourd’hui vous voulez de nouveau parler de l’épidémie de Covid-19 parce que c’est vrai que ces derniers temps – même nous d’ailleurs à l’intérieur de la chronique d’actualité – on a beaucoup parlé de la guerre entre Russie et Ukraine et on a l’impression que la Covid est un peu tombée aux oubliettes. Mais finalement, si on fait une photographie de paysage, la Covid-19 est toujours là, JC ?

Le Covid-19 est toujours là parce qu’il y a même un pic, un pic oublié de contamination extrêmement important. Qui aboutit à des malades, certes moins nombreux proportionnellement comme cas graves qu’au tout début, mais de façon très significative parce qu’il y a beaucoup plus de contaminés. Le virus est de plus en plus contagieux. Et on a une situation qui est un peu embêtante en ce sens qu’on abandonne toute mesure de distanciation sociale. On dit aux gens que s’ils le veulent vraiment ils peuvent toujours se protéger voire même faire un rappel. Mais en fait en gros, on considère que cela suffit comme ça et que ceux qui vont claquer c’est la faute à pas de chance. C’est une très mauvaise chose parce qu’on aurait dû orienter effectivement la prévention d’une part et le traitement d’autre part en ciblant les catégories à risques.

Alors il y a deux grandes catégories à risques, il y a les vieux et puis il y a des gens qui ont des maladies. Que ce soit les déficits immunitaires, mais surtout tout ce qui est induit par les chimiothérapies, par les traitements de certains rhumatismes, par les traitements des transplantés et des cancéreux. De ce point de vue là, alors que nous commençons à avoir des médicaments que ce soit des anticorps en protection et des médicaments antiviraux d’action directe qu’il faudrait prendre dès le début de la maladie, et bien, nous ne sommes pas en situation de nous orienter comme il faut. En effet, on s’aperçoit par exemple, l’association des malades insuffisants rénaux de Renaloo l’a souligné récemment, qu’un quart des transplantés rénaux morts du Covid depuis 2020 le sont dans ces trois derniers mois.

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Transplantation d’organe. Des efforts considérables fauchés par le Sars-Cov2. Des traitements aujourd’hui disponibles. insuffisamment employés

Et que nous devrions nous orienter beaucoup plus sur les traitements puisqu’on commence à avoir des médicaments d’action antivirale directe avec la nécessité de faire des tests précoces et sensibles pour pouvoir traiter les gens. La généralisation et la banalisation du test antigénique, dont le rendement est extrêmement médiocre sur les variants actuels, ne sont pas du tout une bonne méthode de dépistage. Alors dans le même temps, il y a un peu de grippe, il semble que la grippe soit capable de retarder les épidémies de Covid, mais que dans l’autre sens le Covid ne soit pas totalement certain de pouvoir empêcher l’émergence des grippes ou peut-être l’a-t-il fait un certain temps, mais maintenant il y a des grippes qui, si je puis dire, trouvent le chemin. Alors, la coexistence des deux, donne des pathologies différentes dans les deux cas, il faut rappeler que les grippes graves sont rares, mais qu’elles concernent aussi les jeunes alors que pour le Covid c’est exceptionnel. Et on a sur la politique de prévention du Covid, donc déjà, je vous l’ai dit, un gros manque sur les traitements et de grosses interrogations sur le vaccin parce qu’on a des éléments qui montrent que le vaccin s’il n’annule pas les infections, réduit la gravité ou du moins réduisait la gravité sur les variants que l’on a eus jusque fin 2021. Maintenant on n’est pas très sûr de ce que cela donne, et l’autre problème, c’est qu’on n’est pas sûr non plus qu’il ne faille pas faire le rappel au bon moment, c’est-à-dire que l’effet ne soit bref. On pourrait se dire « il n’y a qu’à les multiplier tous les deux mois », ce n’est pas si simple. D’abord parce qu’il y a des effets secondaires dans certaines tranches d’âges et que là ce serait totalement déraisonnable et parce qu’on sait aussi que les rappels ne marchent pas pareil selon les délais par rapport aux infections précédentes et par rapport aux injections précédentes. Donc tout cela est assez compliqué et assez nébuleux parce qu’on n’a pas de certitude en la matière.

On peut même dire qu’il n’est pas impossible que les rappels de vaccins fonctionnent essentiellement comme effet adjuvant indépendamment de l’antigène. c’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’on fait un vaccin contre le Covid, mais que finalement toute simulation immune a un petit effet pour limiter la gravité de la maladie. Alors pas dans tous les cas, pas si on les répète sans arrêt, mais l’effet adjuvant non spécifique est quelque chose qu’il ne faudrait pas négliger. Au minimum comme sujet d’étude parce que finalement on a employé des adjuvants bien avant d’avoir des vaccins, tous les abcès de fixation, toutes les scarifications étaient des techniques d’adjuvant non spécifique permettant une stimulation immune contre certaines maladies chroniques. Autrefois la Tuberculose ou la Brucellose des choses comme cela. Donc on a des connaissances à faire progresser là-dessus et nous sommes obligés de faire des choix thérapeutiques un peu arbitraires parce qu’on n’a pas de grandes certitudes en la matière.  Ce qui est sûr c’est l’efficacité des traitements antiviraux directs et le fait qu’il faudrait se décider à se donner les moyens de les administrer rapidement.

JC, j’allais vous interrompre parce que j’allais dire on parle des vaccins, on voit aussi que les centres de vaccination ferment tous les uns après les autres. Alors qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Cela veut dire qu’on a renoncé à vacciner tout le monde plusieurs fois régulièrement, sinon on serait obligé de maintenir les centres. On en est à revenir à une politique différenciée de vaccination des sujets fragiles. On a aussi des vaccins non-RNA qui sont maintenant disponibles à condition que les gens les demandent et donc on revient sur une politique plus sélective que ce qui a été fait jusqu’à présent. Ce qui veut dire aussi qu’en creux, cela indique que les autres thérapeutiques devraient prendre le dessus ou le premier plan, mais que malheureusement là, nous avons un sérieux retard.

Et pourtant il y a toujours aussi les doses de rappels à effectuer, JC. Parce qu’on a l’impression que maintenant lorsqu’on a eu la Covid une fois, on peut l’avoir deux voire trois, voire quatre fois mêmes pour ceux qui l’on déjà attrapé le plus de fois cette maladie.

Alors ce qui est le spectaculaire dans l’évolution actuelle c’est que l’on voit par l’évolution de l’infection naturelle que l’immunité est très médiocre vis-à-vis des variants successifs et qu’actuellement on voit des gens qui le rattrapent deux mois à peine après la vague précédente. Donc on est dans une situation d’une maladie où la dynamique propre du virus conduit à une atténuation, mais où l’immunité générale ne doit pas avoir un grand rôle puisqu’on voit que cela peut se rattraper régulièrement. Alors pour le futur cela peut être également quelque chose d’inquiétant parce que le taux élevé d’infection à chaque fois donne des taux de mutations élevé et on peut avoir un point de vue optimiste ou un point de vue pessimiste. Le point de vue optimiste c’est de dire qu’à force de muter comme cela, le virus va trouver la combine du variant atténué qui s’installera sur la planète, qui laissera une immunité durable ou du moins une persistance durable d’une souche pas trop méchante. L’autre éventualité, c’est qu’à force de muter, effectivement, on va avoir des tas de variants et de temps en temps il y en aura un qui puisse être beaucoup plus méchant que ceux que l’on voit actuellement et qui fera à nouveau un balayage de la planète. Ce n’est pas non plus totalement exclu, c’est même aussi plausible que l’émergence rapide d’un variant pacifiste.

Mais à partir de toutes ces hypothèses JC, pour conclure votre chronique aujourd’hui, quelle position doit-on adopter en fait ? Finalement que doit-on faire ?

Et bien, il y a ce qu’on devrait faire, c’est-à-dire d’insister sur les traitements antiviraux et de prophylaxie ou de traitement pour les sujets fragiles – et cela c’est vraiment très dommage qu’on le fasse assez mal – et puis d’autre part, pour la population générale ce sont les mesures de prophylaxie qu’on a abandonné de distanciation sociale qui pourraient protéger paradoxalement les plus fragiles si les autres ne leur communiquent pas obligeamment du virus chaque fois qu’ils passent auprès d’eux ou qu’ils vont les voir à la maison.

Et bien, merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés à l’intérieur de votre chronique d’actualité. Une chronique santé aujourd’hui et on vous dit à très bientôt.

À très bientôt.

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