Covid-19: devenu bénin sauf pour ceux qui en meurent

Chronique du 8 avril 2022

Sur les ondes de RCF: LIEN

Vous voulez aujourd’hui nous parler de santé dans votre chronique d’actualité et de la Covid-19, évidemment, avec ce titre que l’on va donner d’entrée « bénin, sauf pour ceux qui en meurent », parce que c’est vrai, la Covid-19 continue de tuer, JC.

Absolument. La maladie a évolué, et c’est ce que disait Charles NICOLE il y a fort longtemps, les épidémies évoluent sous nos yeux pendant que nous les regardons, elles changent. Elle a changé en ce sens que le virus est beaucoup plus contagieux, autrement dit tout le monde va l’attraper. Il est beaucoup plus bénin, c’est tout à fait exact, la plupart des gens n’auront rien ou un rhume, mais il a une sélectivité très particulière ce Sars-CoV-2 qui fait que sur les sujets fragiles, sur ces cibles, il tue encore. Donc il est assez regrettable qu’on ait levé toute mesure de distanciation sociale ou de protection parce que le virus va déferler sur ces sujets fragiles et on voit une remontée, non seulement des cas, mais des hospitalisations et même une remontée des admissions en réanimation, ce qui veut dire qu’il va y avoir encore de la casse.

evolution réa 8 4 22

évolution des admissions en soins critiques

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évolution de la variation des admissions en soins critiques. Ces admissions augmentent à nouveau

Le ministre de la Santé prend comme point d’optimisme que le pic des contaminations semble s’être passé il y a 5 jours, donc d’ici 15 jours cela devrait commencer à se calmer. Mais d’ici là, il va encore y avoir beaucoup de choses et surtout on a vu dans les vagues précédentes, en particulier dans celle de décembre qui s’est prolongée, qu’on peut avoir des variants successifs dans une vague et qu’on a plusieurs bosses et pas une seule. Et donc, dire que cela va être bientôt fini, ce n’est pas absolument certain. Cela c’est déjà un premier point ennuyeux, et il faut absolument voir que c’est une maladie qui reste grave chez tous les sujets à risque, en premier chef ceux qui ont des traitements immunosuppresseurs, mais également les vieux et les diabétiques, on l’a déjà vu.

Alors dans les évolutions de la maladie, il y a les formes cliniques, c’est-à-dire la façon dont elle se présente. Cette maladie qui était surtout respiratoire se présente maintenant, souvent, sous une autre forme, en particulier des formes digestives avec des douleurs abdominales importantes, avec des diarrhées profuses, qui quelques fois demandent des traitements en elles-mêmes et avec des formes neurologiques. Alors ces formes neurologiques, la principale d’entre elles c’est déjà le retour des troubles du goût. Pas seulement le fait de perdre l’odorat, mais d’avoir des troubles du goût, c’est-à-dire d’avoir un goût désagréable dans la bouche, difficile à définir, qui écœure de toute nourriture, que parfois les gens présentent comme un goût métallique, mais c’est quelque chose qui n’est pas négligeable. On voit aussi des céphalées très intenses qui simulent une méningoencéphalite, on voit des troubles de la conscience. C’est discret la plupart du temps. Ils conduisent les gens à continuer à vouloir travailler ou s’occuper, puis à faire des bêtises. Ils n’envoient pas les mails aux personnes qu’il faut, etc. Tout cela, c’est relativement -bénin, mais il faut se méfier parce que si la plupart des méningoencéphalites virales guérissent sans problème, certaines peuvent laisser des séquelles et éventuellement avoir des séquelles tardives.

Mais à quel moment, JC, on arrive à évaluer si cela va être quelque chose de bénin ou quelque chose qui va s’inscrire dans la durée ?

On ne sait pas bien, on n’a aucun moyen pour le savoir. Alors j’ai vu, par exemple, des douleurs migratrices à type de brûlures qui ressemblent beaucoup à ce que l’on voit dans certains cas de scléroses en plaques ou d’atteintes des cordons postérieurs. C’est inattendu de penser à le rattacher au Covid, mais il faut quand même y penser. Alors, généralement, tout cela passe. Ce que l’on a, c’est une interrogation métaphysique. On a eu dans les années 20, 3-4 ans après la grande grippe, dite espagnole, une épidémie neurologique étonnante, l’encéphalite de Von Economo qui a fait plusieurs dizaines de milliers de cas, dont on n’a jamais compris d’où elle venait. Et il n’est pas impossible qu’elle soit une séquelle tardive de grippe, mais il n’y en a aucune certitude. Donc là on peut aussi bien avoir ce genre de chose, ça c’est l’hypothèse pessimiste, comme tout peut très bien se passer, c’est-à-dire après quelques petites misères neurologiques, certes souvent désagréables (par exemple des névralgies faciales atypiques, c’est très désagréable), mais que tout rentre l’ordre et qu’on en parle plus, cela c’est l’hypothèse optimiste. On n’a pas de certitude, même si l’hypothèse optimiste est quand même légèrement la plus probable.

Alors JC, on parle de ce virus, vous nous avez déjà développé plusieurs éléments, vous nous dites qu’il continue de tuer, vous nous dites qu’il est très contagieux, vous parlez de ces symptômes qui évoluent avec, notamment, des gravités à une échelle plus ou moins importante notamment au niveau neurologique, et dans tout cela, on se dit « mais où en est l’immunité », JC ?

Alors il y a une très mauvaise nouvelle. La très mauvaise nouvelle c’est que l’immunité naturelle marche de moins en moins, c’est-à-dire que les gens qui ont été infectés, qui sont de plus en plus nombreux, la rattrapent. Et donc on a des gens qui ont fait deux fois, trois fois, quatre fois maintenant la Covid et surtout, on voit que des gens qui l’ont fait récemment, il y a deux-trois mois, rattrapent les nouveaux variants du variant. Donc, cela c’est mauvais signe parce que cela veut dire que l’immunité est incapable d’empêcher quoi que ce soit ou pas grand-chose.

Mais si l’immunité naturelle ne fonctionne pas, pourquoi l’immunité vaccinale fonctionnerait davantage à l’heure où on ouvre la 4e dose aux plus de 60 ans ?

Alors, on sait déjà que cette immunité vaccinale aura peut-être un effet, parce qu’il semble que l’association de la vaccination et de l’infection, justement, donne une meilleure protection, mais il s’agit d’après l’étude israélienne qui vient d’être faite, d’une immunité brève. La protection est assurée au bout de 3 semaines, 1 mois et dégringole sur le mois suivant.

4 éme dose

NEJM Un effet modeste et transitoire de la 4 éme dose de vaccin

Donc, c’est assez délicat de juger de quand faire ce rappel, si on le fait trop tôt cela ne sert à rien, si on le fait trop tard évidemment au contraire, on va avoir une réponse inflammatoire en plein milieu d’une infection, ce n’est pas terrible non plus. On est un peu dans le brouillard et le raisonnement c’est de faire ses rappels chez tous les sujets fragiles, c’est-à-dire âgés ou ayant les maladies qui conduisent à des formes graves. Et on peut les faire maintenant, quoi que ce soit déjà un peu tard par rapport à la vague en cours, il y a d’ailleurs une campagne pour les rappels qui est une campagne assez mollassonne puisque l’on a fermé les centres de vaccination qui prenaient les gens sans rendez-vous. Néanmoins, cela parait raisonnable de faire un peu de rappels, certainement pas chez les sujets jeunes. Parce que là, le rapport qualité/prix et le rapport coût/bénéfice ne sont pas du tout satisfaisants. Il ne semble pas non plus que les essais pilotes de vaccins dédiés à Omicron donnent des résultats très spectaculaires par rapport aux vaccins antérieurs. Vous savez que mon hypothèse est que cet effet hors immunité spécifique est un effet non spécifique de type adjuvant. C’est-à-dire que les vaccins qui vous secouent le plus sont ceux qui protègent le plus, non spécifiquement, contre les infections respiratoires. C’est un aspect qui devrait être creusé, mais malheureusement cela ne donnera pas de solution instantanée parce qu’il faut plusieurs mois pour comprendre et on ne peut pas encore dire qu’il suffit de faire triple dose d’adjuvant du vaccin antitétanique pour que cela marche.

En revanche, il faut quand même dire qu’il y a une piste actuelle ou du moins une orientation actuelle, validée: ce sont les débuts des médicaments anti rétroviraux d’action directe, pardon, anti viraux d’action directe (ce n’est pas un rétrovirus) – je suis contaminé par les souvenirs du VIH, et d’ailleurs l’un des produits comporte une association comprenant un produit anti VIH-. Ce qui en France est disponible, c’est le Paxlovid, et là je suis désolé de ne pas voir de campagne pour dire aux sujets fragiles « non seulement faites-vous faire un rappel, mais dès que vous avez les premiers signes, précipitez-vous pour être testés, et si vous êtes positif, précipitez-vous chez votre médecin pour obtenir du Paxlovid » qui doit être prescrit le plus tôt possible dès le début de l’infection, et qui semble sur les premiers cas traité, avoir une efficacité. Alors c’est encore anecdotique, moi aussi j’en ai vu, mais cela semble quand même réduire sérieusement la gravité. Donc, il faudrait absolument utiliser ce médicament beaucoup plus largement. L’absence de publicité est peut-être liée au fait qu’on n’en a pas forcément beaucoup, cela je n’en sais rien, mais c’est l’orientation actuelle, dans le pic actuel, quiconque est fragile, a un facteur de risque important, devrait recevoir du Paxlovid au plus vite, dès le début de son infection. C’est cela le message que je voudrais donner aujourd’hui.

Et bien, le message est passé sur l’antenne, JC. On espère qu’on va aller dans le bon sens, mais la Covid-19 cela fait déjà maintenant des années qu’on en parle et on a l’impression qu’on va encore en entendre parler pendant des années et qu’il va falloir vivre avec tout de même !

Ce n’est pas certain non plus, mais cette absence d’éradication par l’immunité collective laisse au virus le libre choix de décider de disparaître, de s’atténuer ou au contraire de donner de temps en temps une souche beaucoup plus méchante qui balayera à nouveau la planète. Donc pour l’instant on n’en sait rien. Historiquement les épidémies se terminent toujours un jour, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Mais cela peut prendre deux ans, mais cela peut prendre jusqu’à 7 ans dans les exemples historiques qu’on peut retrouver.

Et bien, affaire à suivre… combien d’années, on en parlera encore avec vous, Jacques Cohen ! À très bientôt professeur.

À bientôt.

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