Variole à Vannes 1954. Les leçons pour MKP

Jacques HM Cohen

5 juin 2022

Sur les ondes de RCF: Lien 

L’épidémie de MKP se développe à son pas lent mais inexorable habituel, dans l’indifférence du public,  et les affirmations rituelles des autorités de santé que tout est sous contrôle. Grâce à une campagne vaccinale infinitésimale.

MKP

 Variole ? non! MKP….

( NEJM accès libre )

Un peu d’histoire pas si ancienne:

En travaillant la cinétique des épidémies de variole, j’ai trouvé concernant la dernière épidémie française en 1954 plusieurs infos importantes. Comme leçons pour les autres pox.

= l’existence de formes non éruptives, surtout fébriles et neurologiques, qui semblent bien moins exceptionnelles que retenu classiquement. Les médecins anglais de l’époque de la route des Indes ( Sydenham, Morton, Webbs ) les auraient décrites ( in Goursolas F. ). Elles sont pourtant contagieuses, sans doute à partir de lésions muqueuses infra-cliniques ce qui est d’importance actuelle pour MKP. De même des formes typiques ont pu être contagieuses avant l’apparition de l’éruption, durant les 2 à 3 jours prodromiques d’énorme syndrome grippal.

= L’ampleur de la mortalité ( 22% et même 28% avant 10 ans ) en pays développé avec antibiotiques disponibles contre les surinfections, sans doute par encéphalite ou par variole hémorragique ( le seul médecin décédé ).

= A noter pour son cas que revacciné le 1 janvier il est hospitalisé le 17, ce qui colle pour une infection 3 semaines avant et une revaccination en pleine incubation déclenchant une hyper-réactivité. On peut d’ailleurs relever qu’il décéde en « coma urémique » c’est à dire d’une insuffisance rénale aigue, donc probablement d’une glomérulo-néphrite aigue  virale ou vaccinale. ( On peut aussi relever qu’à l’époque, un médecin inspecteur départemental de la santé quoiqu’épidémiologiste allait donc sur le terrain, ne pouvant se contenter de soigner des ordinateurs qui n’existaient pas ! Respect à la mémoire du Dr Grosse ).

L’épidémie dure environ 6 mois, malgré un rappel vaccinal massif ( 250 000 personnes ), qui avait peut-être négligé la maison de retraite. A moins que ses pensionnaires n’aient moins bien répondu..

La transmission par les squames des vésicules est attestée sous forme de vieux journaux pour les cas tardifs de la maison de retraite.

Les mesures de confinement sont strictes, le personnel du service d’infectieux, bien vacciné et revacciné qui fera largement des formes bénignes, est « consigné sur place ». Certains villages seront bouclés par la gendarmerie.

L’échelle de l’épidémie est importante à considérer: une centaine de cas, comme sa cinétique lente vu l’incubation de 3 semaines et la contagiosité assurée surtout par les vésicules et les squames. Soit un cycle d’un mois environ. On peut aussi remarquer que la vaccination s’est avérée efficace à partir du 11 éme jour comme classiquement.

Quelle politique vaccinale pour MKP ?

Vacciner le « milieu contact » et non les illusoires « cas contacts »

La politique vaccinale vis-à vis de MKP est un échec d’emblée à l’allure de parapluie en dentelle ajourée. On sait déjà qu’à partir d’une cinquantaine de malades en France, on n’a trouvé que moins de 30 « sujets contacts » à vacciner ! L’un des patients a même pu refuser de répondre à l’enquête épidémiologique sans s’attirer ce que la loi permet: une hospitalisation d’office en quarantaine et une mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui.

Le choix de politique vaccinale à Vannes avait été totalement différent: la vaccination totale du milieu contact et non pas celle illusoire des sujets contacts telle que mise en oeuvre actuellement.

Le milieu contact, défini comme la population concernée par les lieux de vie, le mode de vie, non seulement des cas index mais de leur environnement familial et professionnel secondaire represente très vite pas mal de monde. A Vannes pour 100 cas, 250 000 personnes vaccinées ou revaccinées.

Il y avait pour MKP 3 scenarios possibles. a) Un foyer limité faute de transmission hors d’un milieu de transmission sexuelle par partenaires multiples en sexualité de groupe. b) Une évolution de MST diffusant largement mais à la transmission limitée aux contacts étroits. c) une diffusion épidémique classique pour un pox faiblement éruptif.  L’hypothése « a » est déjà périmée. L’hypothèse « b » n’est pas encore éliminée mais la sortie du milieu contaminé initial en un seul cycle viral s’inscrit contre elle. Nous seront fixés dès la fin du second cycle viral dans 3 semaines environ. L’hypothèse épidémique classique « c » n’est pas encore certaine, mais sa prévention ou son endiguement devraient être dès maintenant l’objectif des pouvoirs publics.

En ayant perdu la première bataille de coiffer les premiers cas, nous risquons de  voir monter l’épidémie avec schématiquement un log 10 de malades par mois au moins pour les 3 premiers mois. 50, 500, 5000….  Vacciner sérieusement autour d’eux impliquerait de ressortir les stocks de vaccin anti variolique classique car les quantités disponibles de la souche MVA Ankara ne sont pas à cette échelle. On peut d’ailleurs penser avec mauvais esprit que le choix du périmètre vaccinal a été largement influencé soit par les doses disponibles, soit par le pari que le virus ne quitterait pas son milieu initial de diffusion au fond limité. La lenteur de montée de l’épidémie avec un cycle d’un mois ( contre moins de 8J par ex pour le sars-cov2 ) va donner un temps l’impression d’une épidémie modeste. Le peu de squames de formes muqueuses pures va certes limiter la diffusion mais la vitesse de diffusion se situant déjà à l’échelle classique d’une MST, l’illusion ne va pas durer longtemps qu’il suffira de désinfecter quelques backrooms pour en venir à bout.

Mais MKP, c’est beaucoup moins grave !

La bénignité de la souche MKP2 est très relative avec 10% de mortalité. Heureusement, nous avons affaire dans l’épidémie actuelle à MKP1 dont la mortalité est entre le 1% et le 1:1000. L’épidémie débutante actuelle n’a comporté en Europe qu’un décès sur 500 cas, mais elle n’a pas encore touché les enfants ni les immuno-déprimés.

On dispose des chiffres nationaux d’effets secondaires mortels de la vaccination anti variolique de 1955. Faite encore à l’époque d’un recueil du suc de scarifications sur le flanc d’une vache, recouvertes de compresses glycérinées. Pour 25 millions de vaccinés 13 décès. Neuf d’encéphalites ( sur 39 ) et 3 de vaccines généralisées ( sur 10 ).

La nature a horreur du vide

La niche écologique vacante depuis l’éradication de la variole, faute d’avoir continué la  vaccination, va inéluctablement être occupée par un autre pox, le MKP semblant le plus apte. Mais il y a d’autres candidats comme le camelpox par exemple. On voit aux chiffres cités plus haut que le vaccin classique n’était pas grévé d’une mortalité rédhibitoire, même vis-à-vis d’une mortalité qui serait entre 1% et 1/1000 pour MKP. Il faut bien sûr travailler vers des vaccins inertes: tués sub-unitaires ou RNA. Mais même si la pathologie induite par MVA  ( Modified Vaccinia Ankara ( strain ) ) utilisée dans les vaccins dits de 3 éme génération, dans la vraie vie, ne sera pas nulle, je pense qu’on ne pourra non seulement pas se passer de vacciner le plus largement possible en souche MVA, et non plus symboliquement. Mais que faute de doses on ne pourra pas se passer du vaccin classique si on atteint ou dépasse les 5 000 cas dans notre pays. L’incertitude critique étant qu’on peut craindre des expérimentations animales anciennes qu’il ne soit pas aussi efficace contre MKP que contre « notre  » variole.

Contre les Pox, une immunité bien particulière

Pour finir par une conclusion immunologique, il faut rappeler que la pathogénicité des souches de pox est définie par l’efficacité des leurres et contre-mesures du virus pour éviter l’activation du système du complément (spice). Et que la réponse immune efficace contre les pox est essentiellement cellulaire et de très longue mémoire. Ce que n’assure pas un vaccin qui ne soit pas un virus vivant replicatif. Comme le montre l’incapacité non seulement des vaccins tués ou RNA, mais aussi des adenovirus non replicatif à induire une immunité cellulaire et muqueuse  contre le Sars-cov2.

Il nous reste donc du travail à la suite de mes nombreux congénères qui ont tenté depuis 1954 ( dans le modèle Polio ) et jusqu’ici sans succès, de trouver comment obtenir, pour de nombreux pathogènes, sans agent infectieux, une réponse cellulaire, efficace et sans danger.

Cliquer pour accéder à HSMx2004x038x001x0099.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pid%C3%A9mie_de_variole_%C3%A0_Vannes_et_Brest

https://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/A-Vannes-la-toute-derniere-epidemie-de-variole-en-France-2015-08-24-1347437

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