Covid19 : Le destin contrarié des autres vaccins

Chronique du 18 juin 2021

Sur les ondes de RCF:https://rcf.fr/embed/2669662

Jacques COHEN, bonjour.

Bonjour.

Vous vouliez parler aujourd’hui des vaccins, mais peut-être pas forcément des vaccins les plus classiques que l’on connaisse, si j’ose dire.

En matière de Covid, oui en effet, car il y a les vaccins ARN à comportement miraculeux et puis il y a les autres. Et j’allais dire, les autres qui sont, non pas des gens, mais des vaccins normaux, qui rencontrent des difficultés d’ajustement, des retards et dont le sort derrière les vaccins qui courent en tête, est très malheureusement, un sort extrêmement contrarié. Je voulais qu’on parle aujourd’hui de deux exemples principalement, CureVac et Novavax.

Pourquoi ces deux labos ?

Parce que le Novavax est un vaccin dit sub-unitaire, c’est-à-dire une protéine inerte et mise sur des particules lipidique comme adjuvant. C’est un adjuvant nouveau, donc cela comporte quelques incertitudes, et le développement a pris du temps, mais un temps qui est plus que normal, qui est même déjà un temps très rapide par rapport au temps géologique habituel des vaccins. Et maintenant que Novavax est au point, la FDA lui répond « vous savez, en gros, on n’a guère besoin de vous pour l’instant, soumettez non pas en autorisation d’urgence, une autorisation standard pour dans 2-3 ans quand on fera du vaccin Covid régulièrement tous les ans parmi les autres vaccins, mais en vaccin d’urgence ce n’est pas la peine ». Ceci dit aussi, la FDA leur dit aussi « n’hésitez pas, soumettez à l’étranger, si les autres en veulent ce sera parfait, mais nous on a pas besoin ». Donc cela fait quand même un gros coup derrière la tête pour Novavax qui est aussi une petite boite, dont la formule vaccinale avec un adjuvant nouveau était un grand risque. C’est pour cela qu’ils ont mis du temps à le développer. C’est finalement un succès avec un vaccin efficace à qui on dit « ce n’est plus l’heure ». C’est d’autant plus dommage que comme je vous ai dit à plusieurs reprises, les vaccins classiques vont certainement un jour ou l’autre revenir sur le devant de la scène parce que leur taux d’effets secondaires est très inférieur à celui des autres vaccins, ARN, bien sûr, compris. Donc, il s’agit là d’un exemple spectaculaire, on va voir ce que fera l’Europe sur ce vaccin Novavax. Va-t-on le prendre ou dire « de toute façon, nous on n’a pas besoin de vous, on attend Sanofi », etc… pour la même catégorie de vaccin.

L’autre vaccin, c’est une histoire beaucoup plus étrange ou intéressante de ce point de vue-là : c’est celui de CureVac. Parce que CureVac, c’est un vaccin RNA et c’est même l’équipe des gens qui étaient parmi les pionniers des essais infructueux sur le RNA, il y a plus de 20 ans. Et au tout début de la fabrication des vaccins pour la Covid, TRUMP a voulu racheter cette boite, carrément. Vraisemblablement, non pas tellement pour produire, mais pour dégager le terrain pour des firmes américaines qui allaient se préparer à produire. Cela a fait un clash, Angela MERKEL s’est fâchée devant une politique qui était purement et simplement de faire racheter la boite et qu’on n’en parle plus – c’est une boite allemande, j’ai oublié de le dire -, et le développement qu’ils font a quand même un énorme avantage, c’est que leur vaccin peut se conserver à température ambiante, il n’y a pas besoin de grands congélateurs, etc… Et ils ont pris du retard, parce que comme d’habitude pour tous les vaccins sauf ceux qui sont oints du Seigneur, ils sont confrontés à différentes difficultés pratiques et l’Union européenne en avait commandé 400 millions de doses.

Ce n’est pas rien.

Ce n’est pas rien. L’idée initiale, les allemands avaient insisté, c’est que ce serait celui-là qui serait le vaccin de base en RNA, puis finalement il sort en retard et il est confronté à une poisse qui est de faire ses essais maintenant, et non pas il y a un an quand il n’y avait que de la souche standard, et donc, il est confronté dans ces lieux d’essais à différents variants. Et comme ils ont la scoumoune, si je puis dire, leurs résultats tombent à 47 % de protection et non pas 50 %. 50 aurait conduit à l’OMS à considérer que c’était toujours cela et à valiser ce vaccin. Ils ont encore eu comme problème que leurs essais animaux étaient excellents au point de vue dose, et ils ont donc fait des doses humaines qui rétrospectivement sont trop faibles, il va falloir les augmenter, mais c’est trop tard. Dans un paysage et un monde vaccinal habituel, ce ne serait qu’un retard que de 3 à 6 mois, mais là dans la course actuelle, ceci les tue. Le vaccin CureVac va donc aller à la casse, alors que, il faut bien maintenant s’apercevoir que les taux de protections donnés par les uns et par les autres ne sont pas à prendre comme autrefois  le mètre étalon en platine iridié du Pavillon de Breteuil à Sèvres.

Cela dépend d’une part à quelle part de variants et à quel variants on est exposé dans les populations testées et ce qu’on prend comme critères. Si on prend comme critère que les gens ne soient pas infectés on tombe effectivement sur ces chiffres de l’ordre de 50 % pour CureVac, et c’est pareil pour Sinovac, mais il faut se rendre compte que c’est aussi pareil pour AstraZeneca ou J&J. Et que les RNA ont eu la grande chance de faire des tests sans être confrontés à des variants importants, et ils ont publiés depuis des tas de choses in-vitro, mais dans la vraie vie chez l’homme, je ne suis pas persuadé que leurs protections soient très élevées contre certains variants ou du moins dépasse les 60-70 %, je ne crois pas. Mais leur image est complètement différente, ils ont une protection primaire à 95 % ou 80 % chez les sujets vaccinés vis-à-vis de la souche standard. Le public croit en eux, alors qu’il s’est détourné massivement des adénovirus comme l’AstraZeneca ou J&J. Et donc ils tiennent le haut du pavé, et le pauvre CureVac si je puis dire, qui est pourtant un RNA se retrouve relégué avec les autres. Et comme en plus il arrive en retard il est probablement extrêmement mal barré.

Pourtant quand on regarde en Uruguay, Sinovac qui donne aussi 50 % de protection sur les critères de protection globale, en protection contre les formes graves a donné 90 %, donc c’est un vaccin utile, et Sinovac c’est un vaccin virus entier tué. Or, de ce résultat de 50 % de protection totale, le Costa Rica vient de décider que Sinovac il n’en voulait plus, qu’ils n’allaient pas l’utiliser alors que les données de l’Uruguay montraient que ce résultat était quand même tout à fait utile en santé publique. Donc il faut bien voir qu’on est confronté pour l’instant à une situation où deux vaccins courent en tête, Moderna et Pfizer, que leurs effets secondaires sont, non pas minimisés, mais scotomisés, on ne veut pas les voir parce qu’ils sont en tête et parce qu’ils sont utiles, que l’on va devoir faire des rappels assez rapidement, que tout le monde sait que les rappels devraient plutôt être faits avec des vaccins traditionnels, parce qu’on a de grandes incertitudes sur les effets secondaires au bout de la énième injection pour les vaccins RNA. Et pourtant, c’est l’orientation dans laquelle on va aller tout droit, de faire des vaccins RNA de façon itérative, en se disant « on verra bien si les effets secondaires ne montent pas trop ou si on se retrouve coincés ».

Les seuls à avoir lancé une étude raisonnable, ce sont les Britanniques qui ont lancé une étude de 7 vaccins différents comme booster derrière l’immunisation primaire, dont le virus entier de la firme franco-autrichienne Valneva. Et ils auront les résultats pour la fin de l’année, si tout va bien.

insee 18 06 21

Mortalité globale. Données Insee. La courbe jaune montre à la fois une surmortalité d’octobre à fin avril et une spectaculaire baisse en mai. Qui pourrait être due pour tout ou partie à la vaccination des sujets à risques ou à l’effet « fruits murs » de l’épuisement du réservoir de sujets à très courte espérance de vie. 

Et bien vraiment, Jacques Cohen, ce sera l’affaire à suivre et on la suivra certainement avec vous autour de la chronique d’actu, une chronique santé depuis plusieurs semaines, évidemment on suit l’évolution de la Covid19, du virus, de la vaccination. Merci, professeur, de nous avoir éclairés ce vendredi, on se retrouve très bientôt.

À bientôt.

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