Covid-19 : réponses anticorps, réponses cellulaires,… Back to basic !

Chronique du 29 octobre 2021

Sur les ondes de RCF: Lien

Il est l’heure de retrouver Jacques Cohen pour une chronique santé. Jacques, bonjour.

Bonjour.

Et vous voulez aujourd’hui, nous apporter un peu de théorie concernant la Covid-19. C’est vrai que c’est une maladie que l’on découvre et que l’on apprend à connaître, mais on peut aussi faire des comparaisons avec d’autres maladies, et notamment, en ce moment on remarque une nouvelle augmentation de la maladie après vaccination. C’est quelque chose qui peut paraître assez paradoxal tout de même professeur.

Alors il y a deux choses complètement distinctes. Qu’une partie des gens ne répondent pas au vaccin est établi depuis quelque temps déjà, que la réponse liée au vaccin ne soit que transitoire, cela se confirme malheureusement. Donc si j’ose dire, le virus finit par passer à travers, d’autre part le virus tente toujours de s’adapter. Et donc c’est toujours la même chose, vous avez un mur, si le mur est étanche le virus se fracasse dessus, tant qu’il y a des trous dans le mur le virus se faufile et à la limite il coule encore plus vite que quand il n’y a pas de trous, puisque la pression de l’eau, elle, ne bouge pas. Donc cela c’est un problème que l’on reverra bien en détail, mais ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui c’est de l’ADE (Antibody-dependant Enhancement), c’est-à-dire l’exacerbation paradoxale de la maladie quand il y a des anticorps. Je vous le dis tout de suite, ce n’est pas le cas du SARS-CoV-2 pour l’instant.

 Je dis bien pour l’instant, mais il y a de fortes chances que ce ne soit jamais son cas. Alors cet ADE, cette exacerbation paradoxale est liée à des anticorps qui au lieu de bloquer le virus, l’aident. Ils l’aident à rentrer dans certaines cellules, ils l’aident à déclencher une réaction inflammatoire par différents mécanismes que l’on ne verra pas aujourd’hui. Mais c’est très connu pour la Dengue, je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, il y a 4 sous-types de Dengue, si vous en avez fait une et que vous faites de nouveau un autre sous type à côté, vous avez un peu plus de risque de faire une forme grave. C’est connu pour des Coronavirus chez l’animal. On connaît des exemples d’un vaccin réussi contre des Coronavirus animaux comme celui contre la diarrhée épidémique bovine, et puis des exemples de désastres, c’est-à-dire des vaccins qui ont conduits à ce que les volailles soient plus malades lorsqu’elles rencontrent le virus. Quand on a eu l’arrivée du SARS-CoV-2 et qu’on a commencé à préparer des vaccins, c’était une inquiétude considérable, on s’est dit, il faut absolument qu’on évite cela. Alors il y a des gens qui ont commencé à travailler pour ne pas prendre les zones du virus qui risquaient de déclencher ce type d’anticorps et puis finalement ils ont été quelque peu frustrés, parce que ceux qui ne se sont pas posé la question et qui ont fait des anticorps anti Spike ou antivirus entiers n’ont pas eu de problèmes puisque le vaccin marche. Donc il y a une certaine injustice, mais c’est comme cela. On peut néanmoins dire que la question n’est pas totalement et définitivement réglée, parce qu’il y a une balance entre les anticorps bloquants et les anticorps éventuellement d’exacerbation et que dans certains variants, on peut imaginer que les anticorps bloquants dégringolent, qu’ils ne soient plus capables de bloquer et que les autres persistent. Alors pour l’instant ce n’est pas arrivé, mais c’est une chose qu’on doit surveiller parce que c’est une éventualité qui déclencherait, à ce moment-là, la nécessité de modifier rapidement les vaccins, de refaire des injections avec des vaccins qui là soient des vaccins qui couvrent bien les épitopes bloquants de tel ou tel variant ou qui évitent les sites des anticorps d’exacerbation. Mais enfin, nous n’en sommes pas là, ce n’est qu’un risque théorique dans la mesure où pour l’instant on a eu la chance que cela ne s’est pas produit avec le SARS-CoV-2.

JC, c’est aussi peut-être l’occasion de parler des antigènes. Qu’est-ce qui fait qu’on reconnait un antigène ou pas, que l’on répond ou pas ?

mot virus

Les lettres sont aux mots ce que les épitopes sont aux antigènes. Le mot transcende ses lettres en un nouveau sens. l’antigène est fait de même par ses épitopes.

Alors là, je vais essayer de vous faire en très peu de temps, parce que je crois qu’il nous reste 4 minutes, un cours d’immunologie express. On a l’habitude de dire que l’antigène arrive et que l’on fait des anticorps et que ces anticorps peuvent bloquer ou pas le virus. C’est vrai, mais c’est un peu simpliste. Car déjà, cela peut paraître paradoxal, mais on ne reconnaît que ce qu’on connaît ! C’est-à-dire ce qu’on a dans notre répertoire. Nous avons des millions d’antigènes possibles que nous savons reconnaître et ceux qu’on ne sait pas reconnaître, et bien, si par hasard ils viennent de l’extérieur, et bien, il ne les reconnaîtra pas. Il ne faut pas croire que c’est parce que c’est étranger que l’on reconnaît forcément, et en plus on a deux répertoires. On a un répertoire pour les anticorps et on a un répertoire pour les réponses cellulaires, ces deux répertoires ne fonctionnent pas pareil, ce qui permet d’avoir un système immunitaire qui est à recouvrement. Pour les anticorps, lorsque l’antigène est reconnu, le clone, c’est-à-dire les cellules qui répondent contre lui sont amplifiées. On en fabrique des milliers et des milliers très vite, et puis d’autre part, on va faire mûrir ce site anticorps, on va le rendre de plus en plus efficace. Et cela, on sait le détecter. Si un site anticorps est en configuration d’origine ou s’il a été amélioré par une réponse, et ensuite quand on rencontre à nouveau l’antigène, et bien, la réponse va aller beaucoup plus vite avec de meilleurs anticorps et ainsi de suite.

Alors pour la réponse cellulaire, c’est un peu plus compliqué, parce que pour le cellulaire d’abord on ne reconnaît pas l’antigène tel qu’il se présente, par exemple un virus tel qu’il arrive dans l’organisme. Il faut qu’il soit capté par des cellules qu’on dit présentatrices professionnelles et qu’il soit mis en petits morceaux, et que ces petits morceaux soient présentés à des lymphocytes pour qu’ils répondent. Et là les lymphocytes ils ont été sélectionnés, ceux qui répondent trop bien ont été éliminés, ont été gardés ceux qui répondent, mais pas trop, c’est-à-dire ceux qui vont répondre sous le contrôle des autres cellules du système immunitaire. Il faut pouvoir distinguer la reconnaissance et la réponse, car la plupart du temps pour des tas de choses on reconnaît et on ne répond pas. On dit « bon on a vu, ça va, on n’en fait pas plus ». Donc vous voyez que pour déterminer les réponses cellulaires c’est déjà beaucoup plus compliqué, parce qu’on ne sait pas distinguer par un épitope, c’est-à-dire un motf élémentaire reconnu, si un lymphocyte a ou pas déjà travaillé parce que l’épitope ne changera pas, le nombre de cellules va changer, mais pas l’épitope lui-même, et en plus on a beaucoup de mal à déterminer cette amplification, c’est-à-dire le nombre de cellules répondeuses. Et donc ainsi, on a du mal à voir si quand on détecte une réponse, par exemple croisée entre les Coronavirus historiques et le dernier sorti, c’est parce que c’est protecteur et que le sujet a été auparavant immunisés par un premier coronavirus où est-ce que c’est par hasard parce qu’on a en quelque sorte touché le gros lot et sorti le lymphocyte gardé parmi des millions pour répondre contre cet antigène au cas où. Vous voyez, c’est assez compliqué, mais j’espère que je ne vous ai pas lassé en vous racontant tout cela.

Non, JC, il n’y a pas de soucis. On est toujours là, bien attentif, et au contraire on est très content de prendre ce cours de théorie avec vous, à tel point que je vais même vous accorder une bonne minute voire 2 supplémentaires dans cette chronique aujourd’hui, parce que je sais que vous vouliez aussi parler du répertoire, c’est-à-dire la façon dont le système immunitaire reconnaît les objets. Alors peut-être qu’on n’aura pas l’occasion de tout présenter en détail, mais cela peut-être l’occasion de présenter les grandes lignes et de commencer un teasing pour une prochaine chronique, JC.

Bien. Donc, je vous ai dit que les répertoires étaient différents entre les lymphocytes B et T et que nous ne reconnaissons que ce que nous connaissons. Car en fait, tout individu est une cosmogonie, le monde est en lui, sinon il ne pourrait pas répondre. C’est ce que j’appelle le paradoxe du lapin et du crocodile. Dans l’évolution, pendant des centaines de milliers d’années, les lapins et les crocodiles se rencontrent rarement et quand les lapins rencontrent des crocodiles ils ont rarement le temps de faire des anticorps. Et bien, pourtant le lapin garde dans son répertoire, dans son génome, la possibilité qui ne lui sert à rien de répondre contre par exemple l’albumine de crocodile. Or, le lapin mange très rarement des crocodiles. Et bien, il garde cette possibilité parce que la réponse immune n’est pas faite de mots entiers, elle est faite de lettres et il y a une lettre qui est présente chez le crocodile – qui peut être présente dans des tas d’autres choses que le lapin possède, ce qui va lui permettre de répondre contre l’albumine de crocodile. Quand nous avons l’idée curieuse de lui administrer de l’albumine de crocodile et de voir s’il répond. Donc le lapin répond contre le crocodile parce que le crocodile est dans le lapin.

Et bien, merci Jacques Cohen, de nous avoir présenté ces grandes lignes sur le répertoire, on aura l’occasion d’y revenir prochainement. La chronique santé qui fera son retour non pas la semaine prochaine, puisque vous le savez peut-être, le magasine régional prend quelques jours de repos et Jean Pierre Benoit animera un magasine local, peut-être qu’il vous sollicitera. Cela sera à voir directement avec lui ! Nous on vous retrouvera ensuite, de fait, dans le magasine régional pour une nouvelle chronique santé. À bientôt, JC.

À bientôt.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s