Pour qui votera le grand électeur Covid ?

Jacques Cohen  3 2 22

Sur les ondes de RCF: Lien 

Il est l’heure de retrouver le professeur Jacques COHEN. JC, bonjour !

Bonjour !

Aujourd’hui, votre chronique d’actualité va mêler à la fois actualité et santé : «  pour qui votera le grand électeur Covid ». Que voulez-vous dire par là, JC ?

Ce sujet est majeur, c’est une préoccupation majeure pour la population et la politique gouvernementale concernant la Covid, sera certainement un paramètre très important de l’élection présidentielle. L’appréciation va dépendre de cette politique, mais surtout du choix du virus, c’est-à-dire que s’il disparaît, tout le monde en sera très heureux et ce sera une situation extrêmement favorable au président sortant. Dans le cas contraire, la situation va être assez tangente pour lui et ce qui est inquiétant c’est que les autres candidats n’ont pas proposé de politiques alternatives réalistes depuis le début de l’épidémie et encore moins maintenant. Donc, cela laisse tout ouvert pour les consommateurs du café du commerce virtuel des extrêmes racontant n’importe quoi. La situation sera très déplaisante si le virus ne disparaît pas ou a la mauvaise idée de faire une nouvelle vague en avril. Le virus parrainant alors les extrêmes en leur donnant en quelque sorte sa signature. 

Ce que vous voulez dire en d’autres termes, JC, c’est que quelque part, les candidats à l’élection présidentielle de cette année disent finalement aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre, quelque part, que ce soit le gouvernement ou les autres candidats.

Exactement parce que comme tout le monde en a marre, c’est tellement plus simple de dire aux gens « vous avez raison, c’est fini ». L’attitude gouvernementale est passée du « on fait quoi qu’il en coûte » au « on ne fait rien quoi qu’il arrive » en renonçant récemment à toutes mesures sérieuses comme la distanciation sociale ou la question des masques. Au moment où l’on explique que pour les personnes fragiles, les masques FFP2 seront gratuits en pharmacie, on explique que ce n’est plus la peine de les porter et on ne distingue pas les catégories parce que ce serait discriminer, ce qui est complètement aberrant. La politique gouvernementale a été de choisir de tout mettre sur la vaccination, qui a une efficacité indiscutable, mais qui a également des limites comme politique, que ce soit une efficacité relative vis-à-vis du variant actuel et probablement des suivants ou que ce soit dans les effets secondaires qui ne sont pas négligeables ; même s’ils sont inférieurs chez les sujets à risques au risque de la maladie elle-même, ce qui fait qu’il faut absolument vacciner les gens de plus de 30 ans comme je l’avais proposé. En dessous, cela pourrait être discuté puisque si finalement on choisit de laisser circuler le virus , on aurait peut-être pu le faire avant.

Pour mémoire, j’avais défendu une vaccination obligatoire ou très contrainte à partir de 30 ans et limitée aux sujets à risque plus jeunes, ou à l’aide de vaccins protéiques ou virus entier chez ces derniers. Mais également, des tests génomiques sensibles généralisés  hebdomadaires ou bi-hebdomadaires selon la circulation virale. 

Le principal argument de la politique gouvernementale pour dire que c’est fini, c’est la diminution des hospitalisations en réanimation et en soins intensifs. Cela veut dire que le virus s’est atténué et finalement dire que ce n’est qu’une grippette. Ce que d’autres avaient raconté inconsidérément il y a plus d’un an et demi. Mais ce n’est pas plus vrai maintenant qu’à l’époque. Alors, certes, les mortalités ne suivent pas la courbe des cas détectés, le nombre des réanimations descend, quoi que, comme il était près du maximum de lits réellement disponibles, cela peut aussi être un problème d’artifice comptable. Quand c’est plein, on ne peut pas dire qu’il y en a plus dans les lits de réanimation. Mais il est exact qu’il y a moins proportionnellement de formes très graves qui conduisent en réanimation des gens qui ont une chance. Car le problème, c’est que l’on met en réanimation des gens qui ont une chance de s’en sortir et quand ce sont des populations très fragiles, souvent âgées avec plusieurs pathologies ou en soins pour des cancers ou en soin particulier en hématologie, on sait que ce n’est pas raisonnable du tout de les mettre sous respirateur, ils sont donc en médecine. Ceux-là, il y en a de plus en plus et malheureusement, on constate que l’on peut très bien mourir sans réanimation.

Quand vous nous dites ça, JC, ce que l’on pourrait dire c’est que le gouvernement veut nous cacher la réalité des chiffres et que les médias qui relayent cette courbe sont « des menteurs » quelque part.

Les médias manquent au minimum de curiosité et d’esprit critique. Le gouvernement ne cache pas, il présente ce qui lui est favorable, mais ne présente pas ce qui est défavorable à la politique suivie.

Donc quelle est la réalité des chiffres ? Vous qui travaillez en milieu hospitalier, JC, justement, que constatez-vous au quotidien  ?

nouvelles hospit 4 2 22

Admissions à l’hôpital covid+ depuis le début de l’épidémie

hospits 4 2 22

Stock des hospitalisés ( depuis novembre 2021 ).

décès hospitaliers 4 2 22

Une mortalité moindre mais encore non négligeable. Déjà à l’échelle du pic d’avril 2021, elle pourrait selon sa traînée dépasser celle du pic initial d’avril 2020, certes haut mais bref. Elle laisse sur place, celle de la vaguelette de l’été 2021 

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hospit totales 4 2 22

nombre total d’hospitalisations

taux de croissance des hospit

Taux de croissance des hospitalisations. Qui continuent à croître mais moins. Et fait prédire une montée pour encore au moins une dizaine de jours. enfonçant tous les records d’hospitalisation des vagues précédentes.

évolution des réas

Évolution des réa/soins intensifs. Après une phase de décroissance, celle-ci se réduit.

La réduction des nouveaux cas fait à tort penser que hospitalisations et décès vont suivre rapidement. On remarque que l’épidémie des jeunes se termine mais son passage chez les sujets plus âgés en vague plus plate est probable selon ce qui est tout à fait connu pour les épidémies de grippe. Sa mortalité devrait y être plus importante, même atténuée par les vaccinations. 

On a une avalanche de malades dont la plupart effectivement ne vont pas en réanimation, mais ceci à tel point que le système hospitalier globalement en est perturbé et bousculé. Non seulement nous avons du mal à soigner ces malades-là, mais on ne peut pas soigner les autres ! C’est-à-dire que l’ensemble de l’activité hospitalière est désorganisée et ceci va avoir une double conséquence : une sur les malades dont je viens de vous parler et une autre sur les autres malades. Des tas de parcours de soins sont interrompus, ce qui représente des pertes de chances, ce qui conduira à une mortalité pas immédiate pour une partie d’entre elles, mais non négligeable même si elle est difficile à quantifier. Or, nous sommes près du record du nombre d’hospitalisés toutes vagues confondues, même de la première vague. À ce niveau, au-delà de 30 000 hospitalisés, la désorganisation est tout à fait considérable avec des effets secondaires qui ne sont pas du tout négligeables. Ne serait-ce que la dégradation de la qualité des soins qui conduit elle même à des retards de diagnostics ou des traitements non optimaux, avec leur mortalité propre.

Le fait de dire des morts que ce sont des gens qui sont morts avec la Covid et non pas du fait du Covid est quelque chose d’assez spécieux parce que le plus souvent, la Covid achève des porteurs d’autres pathologies, mais il n’est pas totalement innocent puisqu’il les achève. Il est tout à fait déplorable de considérer que puisque tout le monde en a marre, on n’a qu’à laisser filer et ceux-là, comme ils étaient fragiles, on les passe à perte et profit. Évidemment, le gouvernement ne peut pas changer de cap. Il a vu les premiers indices de baisse de formes graves en réanimation et il ne regarde pas ou ne veut pas regarder la montée des hospitalisations qui désorganisent complètement le système de santé. Changer de politique en cours de route, en période électorale est, parait-il, totalement interdit, c’est très vilain d’un point de vue politique, et de revenir à une politique de tests – ce que le ministre de l’Éducation nationale a essayé – n’est pas possible, cela ne s’improvise pas. Cela a été un véritable fiasco dans l’Éducation nationale, il faut disposer d’une infrastructure pour des tests sensibles et rapides et d’une logistique derrière, ce à quoi nous avons renoncé tout de suite puisque là aussi, rien n’a été fait, car le gouvernement a cédé aux différents lobbies que ce soit celui des laboratoires de biologie de ville ou celui des pharmaciens qui font des tas de tests antigéniques qui ne servent à rien, car trop peu sensibles pour détecter quelque chose quand les gens ne sont pas symptomatiques. En prime, nous avons un très mauvais système de surveillance épidémiologique par sondage pour savoir ce qu’il se passe réellement et encore moins pour savoir quelles sont les souches qui circulent puisque notre système de séquençage est également un des plus mauvais d’Europe. Et que notre maillage des eaux usées est insuffisance et sous doté. Donc là, il y a un certain nombre d’échecs parce qu’on n’a pas osé bousculer les lobbies qui finalement se sont tous très bien défendus.

JC, vous nous donnez un certain nombre de nouvelles, il va bientôt être l’heure de se quitter dans cette chronique d’actualité santé. JC, on a quand même envie d’avoir des nouvelles un peu positives. Est-ce qu’il y a du positif à tirer de toute cette histoire ?

Il y a du positif, c’est l’arrivée des médicaments. Il y déjà des anticorps, un seul d’entre eux, pour schématiser, semble être efficace contre le variant actuel et ces anticorps peuvent être administrés aux sujets fragiles dont on sait que pour eux, cela reste une maladie à forme grave. Ça commence ! le Sotrovimab® est disponible partout en France, on n’en a pas de très grandes quantités, les gens n’ont pas très bien compris qu’ils peuvent le prescrire et donc beaucoup de malades qui en mériteraient n’en reçoivent pas, et il faudrait un peu se remuer pour que cela change. Puis, surtout, il y a l’arrivée des médicaments d’action directe antivirale, dont le plus connu et le premier à fonctionner sérieusement est le Paxlovid®. C’est un inhibiteur de protéase virale – excusez-moi du gros mot – que l’on associe à un médicament contre le VIH qui a le même principe d’action et qui fait que les deux marchent ensemble, pour schématiser. Ce médicament doit être donné le plus précocement possible, aux premiers signes. Cela implique donc d’avoir des diagnostics rapides et fiables. Ce médicament devrait réduire considérablement les formes graves. Pour l’instant, comme on a, je crois, 10 000 traitements, ce n’est pas pour tout le monde, mais il faudrait voir si on pourrait en avoir rapidement suffisamment et confirmer sur le terrain son efficacité. Lui, il pourrait changer la donne si le virus fait un deuxième pic en avril ou si le pic actuel a une traînée qui dure des semaines. C’est une nouvelle tout à fait positive, un grand espoir qu’il faut bien sûr confirmer sur le terrain parce que rien ne remplace la vraie vie. Mais on peut espérer avoir là le premier des « game changer » comme on dit en anglais, c’est-à-dire des choses qui changent les règles du jeu et qui modifient la partie, l’apparition de médicaments antiviraux.

Nous suivrons tout cela dans les prochains jours, dans les prochaines semaines. Merci, JC, de nous avoir éclairés. À très bientôt !

À très bientôt !

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