Covid-19, vive la détection permanente !

JHM Cohen 24 04 2021

Sur les ondes de RCF: https://rcf.fr/embed/2630068

Aujourd’hui, vous allez nous parler de la détection permanente.

Ce sera ma conclusion, la détection permanente est la seule solution dans cette épidémie complexe. Tout d’abord, il faut regarder les mesures gouvernementales et nous avons vraiment l’impression que le pari est que le virus va en parlant vulgairement « se tailler tout seul » , qu’il en ait assez et qu’il veuille partir en vacances. Nous avions déjà des mesures que l’on pourrait dire tarabiscotées, nous allons les atténuer en quart de 32e de mesures, cela n’a de logique que si l’on considère que le virus fait ce qu’il veut, et que là il voudrait s’en aller.

Vous parlez de pic et de plateau, qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Vous avez une épidémie qui, depuis décembre, est en plateau avec des vagues. La première vague était une vague aiguë déferlante comme une vague de surf, c’était en mars dernier. Depuis, nous avons un fond continu sur lequel apparaissent des « mini-pics », des vagues ou des bosses dont la forme est quelquefois pointue, mais beaucoup plus souvent arrondie. De la houle en quelque sorte. Nous ne savons pas encore quand ce plateau, ce fond continu, va disparaître, car c’est lui qui manifestement nourrit la présence permanente du virus.

hospi Nice

Hospitalisés. Plateau Niçois au sommet du pic avec décroissance soudaine.

hospi occitanie

Hospitalisés En Occitanie, une forte houle avec un plateau à mi hauteur du pic de novembre

hospi Perpignan

Hospitalisés. Perpignan Un fort pic en février redescendu assez vite sans aucune mesure spécifique. Et un nouveau pic. Rien ne permet de prédire l’avenir au delà.

hospi Isére

Hospitalisés en Isère. Une très lente descente…

hospi Mulhouse

Tandis qu’à Mulhouse, la faible seconde vague qu’on espérait barrée par l’immunité acquise laisse la place à un plateau plutôt qu’une trainée..

hospi Moselle

hospitalisés en Moselle. Un très long plateau

réa Moselle

…. tandis les patients augmentent en soins intensifs en Moselle

hospi Somme

hospitalisés dans la Somme. Une montée lente….

Réa Somme

Tandis que les patients augmentent bien plus nettement en soins intensifs dans la Somme

hospi IDF

Hospitalisés IDF. C’est la courbe la plus médiatisée car elle concerne Paris. Si le sommet de pic semble atteint, rien n’indique jusqu’où il redescendra.

Hospi Nantes

Hospitalisés à Nantes. Difficile d’y voir un élément pronostic optimiste

Réa Nantes

… d’autant que les patients en soins intensifs à Nantes semblent proportionnellement croissants

L’évolution de l’épidémie semble encore en plateau. Le type de plateau peut être très variable en terme de hauteur comme de durée. Et nous ne pouvons pas le prédire, car les statistiques nationales sont faites d’un patchwork des statistiques locales. L’épidémie est extrêmement délocalisée, désynchronisée et de profils très différents. Quand vous regardez Nice par exemple, le plateau s’est situé exactement au sommet du pic pendant plus de 2 mois. Soit dit en passant, nous avons mis très longtemps avant de faire un confinement local et il ne s’est absolument rien passé en fonction de ce confinement. À l’inverse, la bonne nouvelle c’est qu’il s’est mis à dégringoler extrêmement vite depuis 15 jours, cela pourrait donc être une bonne nouvelle, mais il y a des régions où cela ne se passe pas comme ça. Mulhouse qui était le sommet du premier pic en mars 2020, a un second pic extrêmement plat qui est monté très lentement sur 4 mois, et qui redescendait avec à peu près la même allure. Malheureusement, depuis quinze jours/3 semaines, cela remonte. Soit l’immunité générale finit par diminuer au bout d’un an, soit parce qu’il y a des variants, mais nous avons là un autre profil. Nous ne pouvons donc pas savoir si l’épidémie va dégringoler, si nous allons passer en plateau à son sommet, en plateau à mi-hauteur – un peu comme nous le sommes depuis décembre – avec des vagues non pas déferlantes, mais avec de la houle, c’est-à-dire que par endroits, il y a un pic à un moment, etc. C’est une situation sur laquelle nous n’avons pas grande prise. Il semble aussi se dessiner des évolutions de la maladie dans certaines régions comme la Lorraine, avec moins de malades hospitalisés mais plus souvent en soins intensifs.

Une seule solution la vaccination ?

Le gouvernement mise sur autre chose, il mise sur la vaccination. Mais on peut émettre deux réserves sur ses chances de succès: une petite et une grosse. La première réserve, c’est que l’on va très lentement dans la vaccination. Nous sommes encore très loin et pour plusieurs mois d’avoir un taux de protection de la population qui permette d’influer significativement sur la cinétique de l’épidémie. Le deuxième bémol qui est beaucoup plus gênant c’est que la vaccination partielle favorise la diffusion des variants et que nous avons déjà des variants venant de l’étranger. Le variant Sud-Africain s’est maintenant installé en Moselle, car ses voisins au Luxembourg sont à 15 %, ce qui est très pessimiste puisque ce variant échappe à l’immunité acquise comme aux vaccins actuels. Il faudrait donc déjà avoir la deuxième génération de vaccin, alors que nous n’avons pas couvert le tiers de la population avec la première, ce qui est très ennuyeux.

D’autre part, nous pouvons très bien, nous aussi, produire nos propres variants, nous en sommes parfaitement capables même à l’échelle de notre population qui est plus petite que celle de l’Inde ou du Brésil. Nous pouvons donc craindre que ces variants puissent redonner, s’il y a une remise à zéro des compteurs d’immunité, toutes les bases d’une épidémie. La seule nuance positive c’est qu’il ne suffit pas qu’un variant soit capable de supplanter la souche sauvage ou un autre variant, il faut aussi qu’il puisse s’acclimater et ses conditions de vie en dépendent. Certains variants restent totalement locaux et ne se diffusent pas, d’autres sont trop mortels et s’écroulent très vite. Nous en avons eu un bien français à Chauny qui a disparu après avoir ratissé un tiers d’un EHPAD, mais il était trop mortel et ne s’est donc pas répandu. Tout cela reste donc absolument en suspens et malheureusement, nous voyons que pour la vaccination, nous risquons d’être pris en défaut en cours même de son premier déploiement.

Confiner ?

la deuxième grande arme après les vaccins, ce sont les confinements. Que nous n’utilisons pas sérieusement. Les seuls confinements sérieux, ce sont les confinements asiatiques –avec isolement des sujets dépistés.

Tester et isoler

La troisième chose, et c’est de loin la plus importante de nos jours, ce sont les tests. Nous devrions être capables de tester très largement, mais nous le faisons très mal puisque nous sommes restés sur une organisation archaïque et très coûteuse avec un recueil dans des laboratoires de biologie de ville.

Il faudrait ce que j’appelle la détection permanente, c’est-à-dire que tout le monde doit être testé deux fois par semaine, pas avec des tests antigéniques qui ne sont pas assez sensibles, mais avec des tests génomiques qui peuvent être décentralisés, voire même des autotests ayant une sensibilité suffisante. Il faut aussi abandonner l’écouvillon naso-pharyngé pour un auto-rinçage par une pipette nasale automatique à ressort comme une seringue à insuline ou à glipine, qui rince le cavum et la salive qu’on recrache dans un pot de prélèvement.

Ensuite, on isole toutes les personnes que nous dépistons et grâce à cela, nous ne faisons plus de quart de demi-confinement. Nous ouvrons tout, mais vous ne pouvez entrer que si vous avez un test de moins de 3 ou 4 jours. Et ce, en permanence que vous alliez à l’école, au spectacle ou dans une entreprise. Cette détection permanente décentralisée coûterait de l’argent, mais beaucoup moins que les mesures actuelles de soutien à l’économie. J’ai fait un petit calcul, nous en serions avec des tests à 5 € à 2 milliards par mois contre 11 milliards d’aide à l’économie, sans parler de ce que coûte la contraction du PIB et tout ce qui est non marchand dans les mesures actuelles. L’autre élément, c’est de recourir de façon massive aux tests de populations, guidés par le repérage des foyers. c’est-à-dire avoir un réseau sentinelle – le comble, c’est que nous n’avons toujours pas de réseau sentinelle en France. Pour étudier la cinétique de l’épidémie et des variants, il faut aussi séquencer beaucoup plus largement, c’est tout de même ahurissant que nous n’en soyons pas capables.

Puis, il y a les eaux usées. Nous devons généraliser la détection dans les eaux usées, être capables aussi de la descendre jusqu’à l’échelle d’un pâté de maisons quand on isole quelque chose quelque part.

Grâce à d’une part un dépistage généralisé de type autotest en détection permanente de la population et d’autre part au quadrillage géographique grâce aux eaux usées, nous devrions pouvoir éradiquer le virus. Ça, c’est ce qu’il faudrait que nous tentions de faire grâce à l’isolement de tous ceux que nous aurons dépisté.

Si nous n’entrons pas dans cette tactique, nous allons avoir des vagues virales, des vraies, qui se succéderont au rythme des variants pendant encore un certain temps. Car il faut être modeste, nous ne pouvons pas dire pour combien de temps (semaines, mois ou années) nous en avons encore.

Jacques Cohen, quel genre de test faudrait-il utiliser pour que ce soit plus efficace ?

Ce sont des tests génomiques sans gros appareil. Ce sont des tests génomiques que l’on dit isothermiques qui portent par exemple le nom de LAMP. Nous en avons développé en France les premiers, mais nous ne les avons toujours pas mis en grande diffusion parce que cela ne plaît pas au lobby qui tient actuellement les tests. Il faut dire que nous pouvons envisager que ces tests, à échelle de masse, seraient d’un coût divisé par 10 qui ne passerait plus par les laboratoires de biologie.

Merci, Jacques Cohen, de nous avoir éclairés. Nous vous retrouvons dès la semaine prochaine avec d’autres actualités santé. À très bientôt, Jacques Cohen !

À très bientôt ! Au revoir.

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