Covid-19, l’illusion du dernier quart d’heure !

Jacques HM Cohen 7 1 22

Sur les ondes de RCF: Lien 

On retrouve avec nous le professeur Jacques COHEN pour cette année 2022. Professeur, bonjour !

Bonjour !

Il n’y a pas eu de vacances pour vous, parce que pour les fidèles de votre blog jhmcohen.com, on a vu que même pendant la période des fêtes, vous avez continué à évoquer l’activité de la Covid-19. Une actualité toujours bien chargée d’ailleurs, JC puisqu’à l’heure où la cinquième vague bat son plein, où l’on met en place plusieurs tactiques pour essayer de combattre le pic Omicron, il est malgré tout très contagieux. On a l’impression que l’on va tous être immunisés et que l’on va enfin avoir cette immunité collective. Est-ce que l’on voit enfin le bout de cette épidémie, JC ? Ce serait de bonnes nouvelles pour commencer cette année 2022.

Oui, mais malheureusement, je ne crois pas beaucoup à cette éventualité. Je crois que nous sommes sur un raisonnement du « dernier quart d’heure », que la victoire finale est à portée de seringue et qu’il suffit de quelques immunisations de plus pour que l’on arrive à bout du virus. Malheureusement, cela parait mal barré. À long terme, nous avons le raisonnement qu’une souche atténuée finira par occuper le terrain et donc que l’épidémie, comme toutes les autres, se terminera par quelque chose d’acceptable pour l’espèce. Malheureusement, ce compromis acceptable pour l’espèce peut d’une part comporter un niveau de casse que nous pourrions trouver gênant et d’autre part, il est beaucoup plus probablement chaotique et oscillatoire que linéaire et irénique. Nous avons par rapport au vaccin et à Omicron une bonne nouvelle et une très mauvaise nouvelle.

Commencez par la bonne peut-être.

La bonne nouvelle c’est qu’Omicron est moins dangereux que les souches précédentes. Cela correspond bien à cette théorie que les souches d’un virus instable doivent finalement trouver un certain équilibre pour s’installer et sont donc atténuées. Mais il faut noter que la vague d’Omicron va tuer selon moi 4 ou 5 000 personnes en France, ce qui n’est pas totalement négligeable. Vous allez me dire que c’est ce que fait déjà la grippe ou d’autres virus de ce genre quand ils passent et qu’il se range finalement à faire à peu près comme tout le monde, mais c’est tout de même encore gênant.

Cependant, il y a une très mauvaise nouvelle, c’est la souris. Omicron est une souche humaine – j’insiste beaucoup – de la pandémie qui est allée se promener dans le monde animal et qui nous revient ensuite. Elle est allée se promener, semble-t-il, chez la souris et elle nous revient ensuite extrêmement différente des souches précédentes. Ce n’est pas une évolution linéaire des souches principales de l’épidémie, c’est quelque chose de très différent. Faut il rappeler que son spicule ( spike ) est en fait moins efficace pour se lier à son récepteur que celui de Delta par exemple. Et pourtant Omicron est bien plus contagieux. Ce n’est donc pas une petite amélioration du spike qui caractérise omicron mais un ensemble de mutations qui en fait un quasi nouveau virus dans la famille. Deux éléments confirment cette mauvaise nouvelle et vont dans le même sens. D’une part, nous avons une grotte chinoise où l’on a trouvé une bonne dizaine de virus qui se sont recombinés les uns aux autres. C’est le signe que ce virus en est parfaitement capable, qu’il peut y avoir cette marmite de bouillabaisse, dont je vous ai déjà parlé, dans laquelle ces virus s’échangent, y compris avec le cuisinier et qu’il en ressort des virus, très loin les uns des autres, et non pas des améliorations linéaires et modestes comme on peut le penser quand on se focalise sur l’évolution des souches principales et du Spike. Non seulement on a cette grotte, mais on a aussi la preuve par Omicron du passage par la souris.

Souris d’Afrique, qui nous aurait rendu Omicron en échange du Sars-cov2

Nous avons aussi une autre chose, je l’ai déjà indiqué parce que cela me parait beaucoup plus dangereux encore, nous avons d’autres souches déjà adaptées à l’Homme, comme la virus MERS en Arabie Saoudite qui est chez les chameaux sauvages, qui passe de temps en temps chez les dromadaires de compétition, et qui est parfaitement capable d’échanger avec la souche humaine, laquelle est certainement régulièrement fournie aux chameaux par les humains. Nous avons là un site de recombinaison potentielle pour des souches dangereuses, même très dangereuses puisque le MERS est lui-même très dangereux.

Le variant repéré à Forcalquier par l’équipe de l’IHU de Marseille sur un cluster d’une douzaine de cas, en provenance semble-t-il d’Afrique de l’Ouest est aussi très éloigné des souches standards de sars-cov2. Il n’a manifestement pas les performances d’omicron, et on ne sait pas encore dans quel espèce il a mijoté. Mais même s’il s’éteignait, il montre bien la grande capacité de changement de ces coronavirus.

Nous avons donc la perspective d’avoir des va-et-vient et des émergences de souches à partir non pas directement de notre pandémie, mais de ce que nous avons essaimé dans le monde animal et ces souches seront très loin des souches principales. Cela a une conséquence vaccinale immédiate, c’est que courir après les variations du Spike pour le vaccin n’est pas une solution efficace. Cela couvre plus ou moins bien, cela couvre un peu, mais des variants à fort changement passeront largement à travers. Je vous indique au passage qu’il faut aussi rappeler qu’Omicron est un mauvais virus côté Spike. Son Spike s’attache mal à son récepteur. Il est beaucoup moins bon que Delta et pourtant, il est parfaitement capable de prendre la place et de faire une épidémie. Il n’y a pas que le Spike dans ce virus, les équilibres permettant la diffusion et plus ou moins la gravité de ce virus sont mal connus et négligés par les gens qui se sont focalisés sur le Spike et le travail fait dessus. À terme, nous avons ainsi toute chance de devoir travailler à des vaccins larges, c’est-à-dire à des vaccins pour tout le groupe des coronavirus humains. Ce qui est loin d’être aussi facile et rapide que le développement des premiers vaccins.

Ce que vous nous dites, JC, c’est qu’au moment où l’on concentre toute notre énergie sur un variant Omicron, il serait peut-être bien d’anticiper et de voir plus loin.

Exactement, car continuer dans l’orientation des bricolages sur les vaccins Spike en ajoutant des Spikes différents ne nous emmènera pas très loin. On ne peut pas imaginer qu’il faille vacciner sans arrêt. Pour la grippe, nous pouvons le faire une fois par an, mais ici, nous sommes sur un raisonnement qui couvrirait correctement la population avec une injection par 3 mois, ce qui est totalement impraticable. C’est pourquoi il faut à terme s’orienter, si nous arrivons à le faire, sur des vaccins beaucoup plus larges.

Nous avons quelques indications. Vous savez que parmi les anticorps de protection, la plupart ne marchent plus contre Omicron, mais il y en a 2 qui marchent : l’Astrazeneca qui marche certes un peu moins bien, mais il marche, et le Sotrovimab de GSK qui vient d’être autorisé en curatif en France sous le nom de Xévudy qui couvre bien, sans aucun changement entre Omicron et les autres, tout simplement parce qu’il vient d’une cellule humaine de quelqu’un qui avait été immunisé par le premier SARS, celui de 2003. C’est un épitope qui lui, semble protecteur pour tout le groupe des sars-cov et c’est justement ce genre de chose qu’il faut travailler pour les futurs vaccins.

J’ajoute au passage qu’il est totalement ahurissant que l’on n’ait pas mis d’argent sur le développement de ces anticorps quand on l’a fait pour les vaccins. C’est la même question de façon plus critique et plus étonnante encore pour les médicaments.

Nous avons 2 médicaments, le Remdesivir® un analogue nucléotidique dont la marge d’inducteur potentiel de cancer est faible mais pour un traitement de 5 jours le risque ne me semble pas majeur, et le Paxlovid® en particulier un inhibiteur de protéase, pour lesquels malheureusement, nous n’avons pas autant développé la production que pour les vaccins et qui vont cruellement nous manquer. Car ces 2 médicaments le Remdesivir® et le Paxlovid® qui lui, est un inhibiteur de protéase un peu meilleur à mon avis que le premier, nous devrions en disposer en très grosses quantités parce que c’est beaucoup plus facile de fabriquer ces médicaments que de faire des anticorps et des vaccins. Malgré cela, on n’a pas mis d’argent dès le mois d’août dernier quand ils ont commencé à montrer qu’ils allaient fonctionner, nous n’avons pas pris le même risque que pour les vaccins qui est de payer des usines et de les faire tourner en se disant « si c’est bon, on a gagné, mais si finalement ces produits déçoivent, on mettra tout ça à la casse ».

Nous l’avons fait pour le vaccin, mais pas pour les médicaments. Et à mon avis, c’est une grosse erreur, car pour cette année 2022, le moyen de contrôler la maladie, peut-être même de manière définitive, c’est de l’atténuer en donnant des médicaments à tous les gens dès la première goutte au nez ou dès la première diarrhée. C’est ce que nous devrions faire, mais nous en sommes incapables parce que la production du Paxlovid® par exemple est très en retard, et que du moins pour Omicron c’est trop tard. Si on a beaucoup de chance, on commencera à avoir du Paxlovid® pour la vague de mars/avril dont nous ne savons pas très bien de quoi elle sera faite, mais pour le moment, nous en sommes encore très loin.

En attendant la sixième vague, JC, ce que je vous propose, c’est de se retrouver la semaine prochaine pour continuer à expliquer le développement de cette épidémie puisque le temps est toujours compté, même en 2022, sur les antennes de RCF. À très bientôt professeur !

Nous parlerons des dépistages où nous avons là aussi failli à développer de nouvelles structures et de nouveaux produits, indispensables au dépistage décentralisé comme aux usines à gros débit, à l’échantillonage de population et au séquençage large qui sera nécessaire dans le futur suivi.

À très bientôt !

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