Premier tour : quelques surprises cartographiques

CHRONIQUE du mercredi 26 avril 2017

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Bonjour à tous, chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques !

Bonjour.

Les enseignements du premier tour de l’élection présidentielle. Déjà un enseignement géographique, c’est vrai que l’on voit un certain nombre de cas pour comprendre un petit peu, comment on a voté ? Et, évidemment, on voit plusieurs distinctions, notamment une : Ouest, Est.

La première apparence de la carte, c’est Est contre Ouest, l’Est étant en faveur du FN et l’Ouest étant en faveur d’Emmanuel Macron.

C’est un peu plus compliqué parce que si l’on ne prend pas des cartes plates et géographiques, mais des cartes de populations avec l’anamorphose des villes, comme des effets de loupe, à ce moment-là, y compris dans l’Est, Macron est en tête dans les grandes villes. C’est le cas, par exemple à Reims, en pleine zone plutôt bleue et bleue nuit. La ville de Reims se manifeste de façon visible comme la métropole régionale et Macron est en tête, à peu près dans tous les cantons.  Lire la suite

Les ingérences étrangères dans l’élection présidentielle

Chronique du mercredi 19 avril 2017

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Chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques !

Bonjour.

On va s’intéresser aux ingérences étrangères dans les élections françaises. Parce que c’est vrai qu’on en parle. C’est un sujet qui est assez récurrent et on va faire un rappel historique, parce que finalement Jacques, vous allez nous dire que cela a toujours plus ou moins existé.

Cela a toujours existé, a pris de l’ampleur à certaines époques. Mais cela s’est modifié, vers sa modernisation. Les influences étrangères ont longtemps été simplement de l’argent, des mallettes, etc., etc. Cela a été des politiques d’Etat également. Par exemple, il y a un siècle, c’est l’ambassadeur de Russie qui a coordonné avec Poincaré la préparation belliciste et empêché toute solution pacifique pour conduire à la première Guerre mondiale. D’ailleurs, l’ambassadeur Izvolsky a dit lorsque la guerre a été déclarée : « C’est ma guerre ! », il avait réussi son coup. Dans les années 20, les rouges, les bolchéviques désormais au pouvoir, ont publié les archives de ce que son acolyte A. Raffalovitch avait distribué à tout le monde en France. Cela faisait 6 millions et demi de francs/or, ce qui fait approximativement dans les 25 millions d’euros, quelque chose de respectable. Lire la suite

Présidentielle : une seconde place en or ou cauchemardesque ?

CHRONIQUE du mercredi 12 avril 2017

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Bonjour à tous, chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques !

Bonjour.

AV : On va s’intéresser à l’élection présidentielle. La campagne a officiellement débuté et vous souhaitez évoquer, finalement, cette possibilité d’avoir un bon premier, un bon deuxième ou avoir un mauvais premier et un mauvais deuxième dans l’ordre d’arrivée.

Absolument. Les places de premier et second qualifient pour le second tour. Mais on peut être en situation désagréable comme premier, et surtout comme second.

Comme premier, il y a la course à part de Marine Le Pen. Elle peut être première, cela ne change rien au fait que tout le monde sera contre elle ensuite.

Si en revanche, un des autres candidats arrive premier, devant elle, même d’un cheveu, il aura une légitimité considérable, non seulement pour être élu Président, mais ensuite pour les législatives, comme on va le voir.

Pour la seconde place, l’attitude, j’allais dire simpliste serait de dire « Il suffit d’être second. Tous les seconds se valent. Une fois que l’on est qualifié, les autres sont bien obligés de voter, de faire voter pour moi contre Marine Le Pen ». Ce n’est pas si simple que cela ! Lire la suite

Un nouveau croissant fertile du terrorisme

CHRONIQUE du mercredi 5 avril 2017

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Bonjour à tous, chronique d’actualité avec Jacques Cohen, bonjour Jacques !

Bonjour.

AV : Nous allons nous intéresser à l’attentat perpétré à Saint-Pétersbourg dans le métro. Des auteurs ou en tout cas l’auteur, pour l’instant on ne sait pas. L’enquête avance, ce serait un Kirghize. Et on va s’intéresser justement à ce croissant du Sud pour mieux comprendre un petit peu les enjeux géopolitiques et pourquoi, finalement, une personne venant de ces régions est amenée à perpétrer un attentat à Saint-Pétersbourg. On rappelle 14 morts pour l’instant.

Toute la route de la soie, la Sibérie du Sud, le Caucase, est faite de population en majorité musulmane.

Tant que c’était dans le cadre de l’Empire russe puis de l’Union soviétique, c’était avec un contrôle relativement étroit au point de vue sécurité.

Depuis, il y a deux choses : l’autonomie naturelle des indépendances et d’autre part, une politique, à mon avis, extrêmement néfaste de certaines forces aux États-Unis à vouloir créer de l’instabilité, à vouloir mordre et rogner l’Empire russe par ses marges et à créer une situation de type moyen-orientale, un petit peu plus au Nord, situation qui serait calamiteuse.

Du point de vue des Russes, il y a une compréhension très nette du danger que cela représente et une attention particulière. On voit les efforts qu’ils ont faits en Tchétchénie. Mais il y a des combattants, par exemple de Daesh qui viennent de tous ces pays, que cela soit le Daghestan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan ou même le Kazakhstan, etc.

Donc toute la région comporte un risque de morcellement suivant l’idéologie islamiste. L’attitude des Russes, là-dessus, est d’une grande fermeté. Ils savent que c’est un danger mortel pour eux, car il ne s’agit pas comme on le pense vu d’ici, de contrées reculées où les gens se contentent d’élever trois yaks. C’est une zone d’échange économique, en particulier de l’agriculture pour tous les fruits et légumes de zone chaude, pour le coton etc…. Le Caucase n’est pas négligeable, le Caucase du Sud également, par exemple l’Abkhazie qui était la capitale mondiale de la mandarine autrefois et qui est une partie sécessionniste de la Géorgie aujourd’hui.

Pour les Russes, il n’est pas question de laisser une instabilité politique sérieuse dans cette zone et d’y voir se développer un islamisme plus ou moins larvé, ayant des relations avec une zone d’instabilité dans le Moyen-Orient.

La Russie l’a bloqué de façon extrêmement ferme, avec quelques difficultés lorsque c’était limité à la Tchétchénie. Cela a continué dans le Caucase du Nord à petit feu, si l’on peut dire, cela a été relancé par l’affaire irakienne et syrienne.  Et il semble donc qu’il y a un Kirghize qui s’est fait sauter, ou qui a sauté avec sa bombe, car il arrive que ce genre d’engin ne se déclenche pas au bon moment.

Il est relativement rare dans la tradition du terrorisme du Caucase, d’avoir affaire à des kamikazes. Les gens sont beaucoup plus rationnels, ils ont été contaminés, si je puis dire, par un certain temps de socialisme. Ils pensent qu’il vaut mieux que quelqu’un fasse plusieurs attentats que de monter directement au ciel. On verra si cette fois, c’est un retour plus moyenâgeux comme raisonnement ou si c’était un incident technique. A noter qu’il n’y a pas eu de revendication rapide de Daesh

Ensuite, les Russes ne sont pas les seuls à avoir ce problème, car ce croissant va jusqu’en Chine et les Chinois sont aussi préoccupés par le fait qu’il y ait un certain nombre d’Ouïghours en Syrie. Ils ont là-dessus, une théorie de raisonnement sur le retour qui est assez aux antipodes de la discussion française de savoir comment trier les récupérables et irrécupérables ou comment faire pour réinsérer, etc. Les Chinois ont une technique d’exérèse large.

La déradicalisation ne fait pas partie de leur vocabulaire.

Leur déradicalisation est radicale.

Est-ce que l’on peut s’attendre Jacques, non à des représailles, mais en tout cas à ce que Vladimir Poutine fasse quelque chose ?

Rassurer sa population, certainement. Faire quelque chose, il faut savoir vis-à-vis de qui? De toute façon, il y a peu de chance qu’il y ait une tolérance vis-à-vis de ces organisations, donc ce n’est pas une question d’équilibre, mais une question de remonter un réseau, de le détruire. Nous ne sommes pas dans une situation de représailles contre un pays sanctuaire.

La seule chose qui pourrait être pour lui très gênante c’est, s’il s’avérait que le sanctuaire soit la Turquie parce que son choix stratégique d’alliance avec Erdoğan implique également qu’il ne se passe rien en provenance de Turquie sinon les choses risquent d’être révisées. Soit révisées spectaculairement, changement d’alliance, etc. soit révisées par le fait de considérer que si la Turquie a une double action et un double langage, la Russie peut aussi allier une politique ouverte et une politique couverte. Ceci pourrait arriver.

Mais je ne suis pas sûr que cette opération vienne d’un double langage turc, quoi que ceci soit un jour ou l’autre, le risque maximal de la région.

Voilà pour ce point sur cette émission Jacques. Effectivement, cela arrive de temps en temps des attentats en Russie, on a des exemples comme dans les années 2000 : l’Opéra, le métro de Moscou je crois aussi en 2004.

Oui, mais d’abord, ils étaient confrontés à des attentats de taille inhabituelle comme la prise d’otage de Beslan ou comme l’affaire du théâtre Doubrovska avec 750 otages.

C’est beaucoup plus compliqué que d’avoir affaire à 20 personnes à Neuilly. Des attentats plus classiques ont eu lieu, qui ont conduit, d’une part à la répression par des méthodes policières classiques des filières correspondantes et d’autre part, à des mesures de sécurité qui sont considérables.

La Russie continue à avoir une fonction publique auxiliaire très importante et dans le métro de Moscou, non seulement, il y a des caméras, mais il y a quasiment une paire d’yeux pour deux ou trois caméras dans une petite cabine à la vue de tout le monde en train de surveiller. Les vieilles dames ont ceci comme métier parce que leur retraite, malheureusement, s’est bien effondrée et elle le font très sérieusement.

Simplement, il est totalement impossible d’empêcher tout attentat dans un métro, sauf à avoir des filtrages ultras détaillés de chaque passager. Les installations pour le faire sont en place dans les stations de métro. Elles ne sont pas utilisées pour l’instant, mais les filières, les portiques, etc. tout est en place, il suffit de décider du jour au lendemain que l’on ne passe plus dans le métro qu’avec une fouille détaillée, ce qui, bien sûr, changerait sérieusement les possibilités de flux dans ce métro, même si les couloirs sont immenses.

Merci, Jacques, on se retrouve la semaine prochaine !

L’indépendance militaire de la France, un lointain souvenir

CHRONIQUE DU MERCREDI 29 MARS 2017

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Jacques COHEN, bonjour !

Bonjour.

JPB: Une chronique un peu particulière et originale, parce que l’on évoque peu les questions militaires. Or, tout récemment à l’Assemblée nationale, le député de Haute-Marne, de Saint-Dizier, François Cornut-Gentille, a été auditionné pour évoquer les évolutions des transports militaires stratégiques dans l’avenir. Cest une porte d’entrée à votre chronique ?

C’est une porte d’entrée de la chronique parce que c’est aussi un fait qui permet de révéler une situation beaucoup plus générale. Le rapport de Cornut-Gentille découvre un petit peu, si j’ose dire, l’Amérique. C’est-à-dire cette fois-ci la Russie. Parce qu’il le souligne, notre transport stratégique est totalement dépendant de gros porteurs que l’on loue à la Russie et à l’Ukraine. C’est surtout que l’A400M, l’appareil d’Airbus militaire, n’est pas du tout fait pour ce genre de fret, il est fait pour la taille en dessous, pour des opérations ponctuelles et non pas pour des flux de matériels de formats atypiques. Il n’y a aucun appareil européen qui soit capable de faire ce genre de chose en dehors des Iliouchine 76 et des Antonov 124. Lire la suite